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En brefOGM

Arnaud Apoteker, pivot de la bataille contre les OGM, est mort

Arnaud Apoteker, scientifique et militant écologiste, est décédé le 9 janvier 2026.

Avec son allure d’étudiant et sa tête de savant Cosinus, Arnaud Apoteker n’en imposait pas. Sa parole était précise mais affable, le sourire revenait sans cesse sur son visage, mais la douceur de l’homme recouvrait une détermination sans faille. Il a été dans les années 1990 et 2000 un pivot de la bataille — remportée en Europe — contre les OGM.

Né en 1956, il avait grandi au Vésinet (Yvelines) dans un des rares immeubles populaires de cette banlieue chic. Il découvrit l’environnement en 1972 par la lecture du Rapport au Club de Rome, et après le bac, en 1973, il choisit d’étudier l’écologie à l’université Paris 7. Il allait aussi participer à la campagne présidentielle de René Dumont, puis à un rassemblement pour fonder un parti écologiste à Montargis. Mais plus que la politique, la science l’intéressait, et tout autant la musique et la moto, qu’il enfourchait pour faire des virées au Maroc ou en Grèce.

En 1981, son parcours d’études scientifiques était couronné par une thèse de troisième cycle décrivant « l’influence de l’élévation de la température sur les réactions de biodégradation ». Doté d’une bourse de recherche, il partit alors à l’université d’Arizona, aux États-Unis, faire un postdoctorat — et de là voyager en Amérique centrale et au Brésil pendant huit mois, avant de s’installer plusieurs années en Bolivie.

Les OGM, une bataille environnementale majeure

La vie familiale le fit revenir en France, où il trouva un travail à Greenpeace France, et le voilà embarqué en 1991 dans l’organisation écologiste, comme chargé de campagne sur les pesticides, puis en 1993 sur la vie marine. Il participa à la campagne contre les essais nucléaires, en 1995 — l’occasion de rencontrer José Bové, dans le Pacifique.

À cette époque, Arnaud Apoteker avait repéré l’émergence des OGM, dont la culture commençait aux États-Unis, les premières importations devant arriver en Europe à l’automne 1996. Avec d’autres militants persuadés de l’importance du sujet, il convainquit Greenpeace de se mettre en branle pour s’opposer à cette technologie. L’opération, lancée en novembre par une multiplication d’actions spectaculaires, se révéla un succès, et les plantes transgéniques devinrent l’enjeu d’une bataille environnementale majeure.

Elle allait durer plusieurs années, animée par une coalition d’écologistes, de paysans (notamment la Confédération paysanne) et de citoyens (avec les Faucheurs volontaires), et se conclure en 2005 par l’abandon de facto en Europe (sauf en Espagne) des cultures transgéniques. Une victoire dans laquelle le talent stratégique et pédagogique d’Arnaud Apoteker avait joué un rôle majeur.

Il continua ensuite à travailler chez Greenpeace, qu’il quitta en 2011 pour devenir conseiller du groupe écologiste au Parlement européen sur la question des pesticides et des OGM, puis en 2016 coordinateur du Tribunal international Monsanto. Il restait depuis actif, en tant que membre du conseil d’administration de plusieurs associations écologistes.

Il est décédé le 9 janvier 2026, à 69 ans. Arnaud Apoteker laisse le souvenir d’un combattant pacifique pour la cause humaine. Et l’histoire à laquelle il a participé rappelle en notre sombre temps que, même face à la ligue des puissances économiques et politiques, des hommes et des femmes déterminées peuvent empêcher la destruction du monde.

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