Trump attaque des Européens luttant contre la désinformation climatique
Le président des États-Unis Donald Trump en Floride, le 24 décembre 2025. - © Andrew Caballero-Reynolds / AFP)
Le président des États-Unis Donald Trump en Floride, le 24 décembre 2025. - © Andrew Caballero-Reynolds / AFP)
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Cinq Européens ont été interdits de séjour aux États-Unis, le 23 décembre, par l’administration Trump. Parmi eux, deux sont responsables d’associations luttant contre la désinformation, notamment sur le climat.
Cinq personnalités européennes privées d’entrée aux États-Unis parce qu’elles ont eu maille à partir avec l’administration Trump ou ses proches : l’annonce du département étasunien, le 23 décembre, est une nouvelle attaque contre la liberté d’informer. Parmi les personnes ciblées figurent deux responsables d’associations britanniques luttant contre la désinformation, Imran Ahmed, qui dirige le Centre de lutte contre la haine numérique, et Clare Melford, cofondatrice du Global Disinformation Index (GDI), qui étudie notamment la désinformation climatique. À leurs côtés : le Français Thierry Breton, ancien commissaire européen en faveur de la régulation des géants du numérique ; Anna-Lena von Hodenberg, fondatrice de HateAid, une ONG allemande luttant contre les violences en ligne ; et Josephine Ballon, de la même association.
Contacté par Reporterre, un porte-parole du GDI, qui tient à préserver son anonymat « par mesure de sécurité personnelle », fait remarquer : « Nous combattons la parole par la parole. Si seulement le gouvernement [étasunien] était assez courageux pour faire de même. »
L’administration étasunienne ne se contente donc plus seulement d’interdire à ses employés l’utilisation de certains mots, tels que « climat », « changement climatique » ou « transition énergétique ». Ces mesures marquent une nouvelle étape dans le contrôle des discours, avec une méthode plus simple : rendre la parole tout simplement impossible.
Dans sa déclaration, le secrétaire d’État Marco Rubio a accusé les cinq personnalités « d’efforts organisés pour contraindre les plateformes américaines à censurer, démonétiser et supprimer les points de vue américains ». Si le Global Disinformation Index a été ciblé, c’est potentiellement pour avoir publié récemment des rapports sur l’état de la désinformation climatique au Canada ou sur les stratégies de désinformation à l’œuvre lors des élections européennes de 2024.
Combattre les financements de la désinformation
Clare Melford, âgée de 52 ans, a cofondé le Global Disinformation Index après un parcours qui l’a rompue aux arcanes des négociations internationales, tantôt au Forum économique mondial, tantôt dans les médias. C’est d’ailleurs son expérience de manageuse à l’antenne régionale scandinave de la chaîne de télévision MTV qui a précipité sa conversion : elle raconte s’être rendu compte que ces médias créent une atmosphère promouvant la surconsommation et des modes de vie non soutenables. Cette expérience lui a permis d’ébaucher une stratégie pour s’opposer à la désinformation, climatique ou politique : « Notre but est de combattre les financements de la désinformation », explique-t-elle à l’ONG EU DisinfoLab.
Pour ce faire, le GDI a mis en place un index permettant d’évaluer la fiabilité des sites diffusant les publicités et d’étiqueter les sites douteux. L’ONG espère ainsi que les entreprises qui paient pour diffuser leur publicité se détourneront de ces relais de désinformation, et les priveront de leur principale source de financement : moins de revenus publicitaires, c’est moins de capacité à propager des fake news. Cette stratégie a par exemple contribué à ce que Google décide de ne plus financer les sites propageant des théories complotistes sur le Covid-19.
L’ONG met aussi en évidence des campagnes pour créer un discours dominant présentant la transition écologique comme illégitime, autoritaire, destructrice pour l’économie, amplifiée par des puissances étrangères. Face à l’abondance de ces discours, le GDI défend une régulation plus stricte des contenus publiés en ligne par les grandes plateformes. Le GDI propose notamment de renforcer le Digital Services Act, l’une des régulations européennes en matière de numérique. Le Français Thierry Breton, l’un des grands artisans de cette régulation européenne, a également été privé de séjour aux États-Unis.
Imran Ahmed, l’une des cinq personnalités visées, à la tête du Centre contre la haine en ligne, a annoncé porter plainte contre plusieurs proches de Trump, dont le secrétaire d’État Marco Rubio, en remarquant que la sanction dont il est victime serait une transgression du premier amendement des États-Unis, qui garantit la liberté d’expression.