Pour François Hollande, le succès de la COP 21 dépend de l’accord sur les financements

Durée de lecture : 5 minutes

5 juin 2015 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Inaugurant à Marseille la conférence MedCop sur le climat, le président de la République a manifesté son inquiétude sur le succès de la COP 21 à la fin de l’année.


- Marseille, reportage

« La COP 21 commence à Marseille ». François Hollande a joué une note d’humour sur la traditionnelle rivalité entre la cité phocéenne et la capitale - « Ici, vous voulez toujours tout faire avant Paris », mais c’est sur un ton grave qu’il s’est exprimé sur l’état d’avancement des négociations climatiques.

Le président de la République est venu jeudi 4 juin inaugurer MedCOP, le Forum méditerranéen sur le climat. A six mois de la conférence internationale sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre, le président de la République a rappelé l’urgence de la situation, évoquant les derniers événements climatiques : sécheresse en Californie, canicule en Inde ou inondations en Asie : « Il n’y a plus de débat aujourd’hui, le réchauffement climatique est incontestable. Et la Méditerranée est particulièrement concernée ».

François Hollande a salué le Maroc, qui vient de publier sa contribution nationale contre les émissions de gaz à effet de serre. Mais il a déploré le retard pris par la communauté internationale : « Seuls 39 pays sur les presque 200 Etats concernés" ont publié leurs contributions.

Sans notes, il a prononcé un discours d’une quinzaine de minutes, concentré sur les enjeux de l’accord de Paris. Evoquant la réunion de négociation en cours à Bonn depuis lundi, il s’est montré soucieux des « points épineux [qui sont] toujours là ».

Lesquels ? Le niveau d’ambition de l’accord, sa forme juridique – simple déclaration ou accord contraignant ? – la différenciation, ou non, des plans d’action selon les pays, et enfin la question du financement, hissée au rang de priorité : « Il n’y aura d’accord à Paris que s’il y a des financements ».

Alors que le Fonds vert pour le climat, destiné à aider les pays pauvres à faire face au changement climatique n’a reçu qu’une dizaine de milliards d’euros, François Hollande a rappelé l’objectif : 100 milliards par an à partir de 2020 - engagement pris par les pays riches lors de la conférence de Cancun en 2010.

« C’est à la fois une condition pour l’accord, mais également un formidable levier pour la croissance verte » a-t-il expliqué

Le président a conclu sur « l’agenda des solutions » : « Le dernier sujet, c’est vous, la société civile – même si je n’ai jamais trop su ce que voulait dire ce terme ».

Parlant de la « nécessité de mobilisation sur le terrain, par exemple sur le charbon » - référence à la campagne de différentes organisations écologistes, M. Hollande en a appelé « aux mobilisations positives », « celles qui portent des solutions ».

« La COP 21 est encore une abstraction pour beaucoup de nos compatriotes » estime-t-il, lançant son nouveau slogan : « L’indifférence, c’est l’ennemi contemporain, l’ennemi anonyme ».

Société civile ou société technologique ?

Le « village des solutions », censé représenter la société civile

Mais à la sortie de la Villa Méditerranée, jeune bâtiment de deux ans où se tient la MEDCOP 21, difficile de trouver trace de cette société civile mobilisée. Le « village des solutions » donne surtout la place à des entreprises qui se sont lancées sur le marché des énergies renouvelables et de ses déclinaisons.

Sur les transports, on peut ainsi discuter autour du projet MS Tûranor Planet Solar, « le plus grand bateau solaire du monde », ou bien écouter Emmanuelle Champaud, fondatrice de Totem Mobi faire la promotion de son nouveau modèle de voiture électrique en auto-partage, financé principalement par… la publicité :

Totem mobi : une « solution » peut-elle être financée par la publicité ?

- Ecouter Emmanuelle Champaud :

A côté du pôle de compétitivité-risques, l’entreprise Thassalia, filiale d’Engie, présente de son côté le concept qui s’implante dans l’écoquartier Euromed : un réseau de chaud et de froid relié à l’eau de mer, sorte de géothermie marine qui permet de raccorder directement aux habitations.

Certes, des associations comme Les Petits débrouillards-PACA ou le GERES sont représentées, mais l’absence des grands mouvements écologistes ou de structures du collectif pour une transition citoyenne interroge : la préparation de l’accord de Paris, et pis encore, sa signature, peuvent-elles se suffire des négociations institutionnelles et des innovations technologiques ?


REPORTERRE PERSONA NON GRATA ?

A l’entrée de l’amphithéâtre où François Hollande devait prononcer son discours, le service de presse a tenté d’empêcher le journaliste de Reporterre de rentrer, alors qu’il était muni d’une accréditation en bonne et due forme. "Un filtrage a été fait car la salle a un nombre de places limitées, et que pour des questions de sécurité…", est-il dit. Qui a choisi ? « L’Elysée a donné des consignes ». On insiste, arguant que sur un tel sujet, si l’on écarte un média travaillant sur l’écologie… Réponse : « Nous ne sommes pas responsables, c’est l’Elysée qui a fait le tri ». Après de longues minutes de négociations, le service de presse finit par laisser l’accès à la salle de 400 places où une soixantaine de journalistes ont pris place.

Rappelons que Reporterre, le quotidien de l’écologie, est un Service de presse en ligne d’information politique et générale, reconnu en application de l’article 1er de la loi n°86-187 du 1er août 1986. Et qu’il reçoit plus de vingt mille visites par jour.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : Nicolas Hulot : « Contre le changement climatique, il faut la taxe sur les transactions financières »

Source et photos : Barnabé Binctin pour Reporterre.



Documents disponibles

  Sans titre
DOSSIER    Climat : de COP en COP

19 septembre 2019
Week-end féministe à Bure : « Le nucléaire est un monstre du patriarcat »
Entretien
20 septembre 2019
Les simulations françaises décrivent un avenir catastrophique
Info
20 septembre 2019
À Paris comme dans le monde, la jeunesse en grève pour le climat
Reportage


Dans les mêmes dossiers       Climat : de COP en COP





Du même auteur       Barnabé Binctin (Reporterre)