Pour refroidir la Terre, posons des lignes rouges à la COP21

Durée de lecture : 5 minutes

10 novembre 2015 / Geneviève Azam

Les négociations de Paris sur le climat, telles qu’elles s’annoncent, ne suffiront pas à maintenir la limite du réchauffement sous les 2 °C. Il revient aux citoyens d’agir et de poser les « lignes rouges » aux actes des gouvernements. Attac publie un guide pour y contribuer.

Geneviève Azam est membre du conseil scientifique et porte-parole d’Attac.


Les résultats de près de quatre ans de négociations internationales pour parvenir à un accord à Paris en 2015 en vue de la réduction des émissions de gaz à effet de serre sont désormais connus pour l’essentiel. Après l’abandon de la perspective d’un accord international contraignant et après avoir confié aux États le soin de déclarer leur contributions « volontaires » à la réduction des émissions, les additions sont douloureuses : les promesses de réduction cumulées conduiront à des émissions en équivalent CO2 de 55,5 gigatonnes (Gt) en 2025 et de 56,7 Gt en 2030. Or un rapport de 2014 du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), construit à partir des données du 5e rapport du GIEC, concluait que pour avoir une chance de rester en dessous des 2 °C, les émissions devaient se situer dans une fourchette entre 40 Gt et 48 Gt pour 2025, 30 et 44 Gt en 2030, 18 et 25 Gt en 2050.

C’est un premier pas, nous dit-on, qui pourra être corrigé après 2020, date de mise en œuvre de l’accord. Or, nous avons appris aussi bien des travaux du GIEC que de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), que les dix prochaines années sont déterminantes pour avoir quelque chance de contenir la hausse de la température terrestre en dessous des 2 °C, limite qui ne doit pas être considérée comme un objectif mais comme « une ligne de défense » dont il faudrait se tenir éloignés le plus possible [1]. Le réchauffement climatique est en effet irréversible et non linéaire : les émissions annuelles se concentrent dans l’atmosphère et cette concentration accélère le réchauffement climatique. C’est pourquoi le dépassement des budgets carbone dans les dix prochaines années, programmé par le futur accord, est un pas de plus vers la non-maîtrise du réchauffement climatique. À moins d’attendre le miracle des projets de capture et de séquestration du carbone, comme l’indique la déclaration commune France-Chine !

Fixer le cadre d’une justice climatique

Nombre de citoyens, informés et lucides, ont décidé de ne pas attendre et de se passer de ces projets souvent délirants. Ils sont engagés dans un processus de transition qui révèle une prise de conscience de l’effondrement d’une civilisation dévastée par des choix économiques à court terme et par la croyance en la maîtrise absolue de la nature. Des millions d’initiatives concrètes dessinent d’ores et déjà un post-productivisme et une démocratie fondée sur l’horizontalité des coalitions et des prises de décision. Cependant, ces transitions locales, pour s’étendre, se relier, et aboutir à des basculements globaux significatifs ont aussi besoin d’une perspective globale, d’un cadre juridique et politique qui les protège, les renforce, d’un accord international qui réponde concrètement aux risques d’écocide et fixe le cadre d’une justice climatique.

Le guide militant face aux crimes climatiques, publié par Attac, est un outil pour s’inscrire dans ce mouvement, pendant la COP21, à Paris et ailleurs, après la COP21. Il analyse les enjeux actuels de la crise climatique, énonce neuf lignes rouges pour un accord à la hauteur des enjeux et fondé sur la solidarité et la coopération, il examine les défaillances des négociations en cours et appelle les citoyennes et les citoyens à participer massivement aux manifestations, au Sommet citoyen pour le climat, au Village mondial des alternatives, aux actions de désobéissance non-violente face à la poursuite de la destruction légale des sociétés et de la Terre.

L’éviction des lobbies industriels et financiers

Ces lignes rouges sont dessinées à partir des limites mises en évidence par des rapports scientifiques répétés, des choix de justice et de solidarité, des aspirations au bien vivre. Les limites géophysiques, notamment le budget global des émissions de CO2 pour maintenir le réchauffement sous la barre des 2 °C, ne sont pas négociables. Elles devraient être le pivot d’un accord international. Elles tracent nos lignes rouges et en particulier :
- l’arrêt des subventions aux énergies fossiles et l’organisation du désinvestissement dans ce secteur ;
- des mesures significatives et contraignantes avant 2020,
- un moratoire sur les projets de géo-ingénierie et bio-ingénierie qui freinent les engagements en laissant miroiter des « solutions » non-maîtrisées comme les projets de Bioénergie avec capture et stockage du carbone (BECCS) ;
- la priorité à la relocalisation des activités au lieu du libre-échange généralisé ;
- la sobriété et la décentralisation énergétique et l’abandon du nucléaire,
- un financement public et multilatéral de la lutte contre le réchauffement servant notamment à l’adaptation à ses effets, déjà très sensibles dans nombre de pays pauvres, - la mise en place de taxes carbone au lieu de l’extension des marchés du carbone,
- la reconnaissance des droits des déplacés environnementaux.

Pour cela, nous avons besoin d’un accord légalement contraignant au lieu du laisser-faire et de l’éviction des lobbies industriels et financiers colonisant les négociations.

Les lignes rouges guideront nos engagements pendant les deux semaines de la COP 21. Après avoir marché le 29 novembre, après avoir désigné par nos actions les multinationales et les groupes financiers responsables des choix qui accélèrent le changement climatique, le 12 décembre, à l’aube, nous marcherons tous ensemble vers le Bourget pour encercler le centre de conférence. Nos corps dessineront les lignes rouges, qui représentent les besoins minimaux nécessaires pour une planète juste et vivable.


- Petit guide militant face aux crimes climatiques, Stoppons la machine à réchauffer la planète, Attac France



[1Jean Jouzel, in Crimes climatiques, Stop ! L’appel de la société civile, Le Seuil, 2015.


Lire aussi : DOSSIER : COP 21

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photo :
. Chapô : « Laissons-les manger du carbone », campagne de l’ONG Oxfam International. Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

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