Tribune —
Présidentielle 2012 : l’écologiste recueille 37 % des voix
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Même quand elle réussit, l’écologie disparait des radars médiatiques. Ils voudraient tant qu’elle disparaisse pour de vrai...
L’article de Dominique Allan Michaud - centré sur le premier tour de l’élection présidentielle finlandaise - a été écrit avant le second tour de l’élection présidentielle finlandaise, qui a eu lieu dimanche 5 février. Le candidat écologiste Pekka Haavisto y a recueilli 37,4 % des voix, il a été battu par le candidat conservateur Sauli Niinistö. (AFP)
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« Eva Joly disparaît des radars de la présidentielle, l’écologie aussi » : ainsi titrait Le Monde des 29/30 janvier 2012 en première page. Les raisons avancées ? La crise économique, la personnalité de la candidate des Verts, et même le mécontentement des Français après la promesse non tenue de centaines de milliers d’emplois du Grenelle de l’environnement. On ne voit pas très bien le rapport, surtout dans le dernier cas (à moins de confondre Eva Joly avec Jean-Louis Borloo ?), après l’évidence (supposée) de la prise de conscience dictée par une crise écologique doublée d’une crise sociale et économique. Dans d’autres journaux, la personnalisation de la politique fait incriminer l’ancienne magistrate en lui reprochant son accent, ses lunettes, ses habits… Le souvenir semble s’être perdu d’une autre élection présidentielle où le candidat des Verts Antoine Waechter fut moqué tant et plus… jusqu’à un résultat inattendu (du moins pour les moqueurs).
Les Français craindraient-ils que l’écologie, ou plutôt l’écologisme, conduise à la remise en cause de la société de consommation ? Diverses explications sont envisageables bien que non envisagées par les moyens d’information. Faut-il insister sur le fait que ces derniers présentent quasiment en permanence des preuves de la crise écologique (ce qui était autrefois la raison d’être de la presse militante) ? Il pourrait y avoir un effet de saturation, risque que nous évoquions déjà en 1979 dans Le Discours écologique.
Ensuite on pourrait se demander si une cause de fluctuation de l’opinion ne pourrait avoir parmi ses origines la confusion qui règne dans le discours entre conservationnisme, environnementalisme, écologie et écologisme. Qui explique de quoi il s’agit ? Pas même les Verts, et d’ailleurs le discours écologique lui-même a pu être fluctuant selon les époques, selon les circonstances : forcément moins riche dans un débat électoral largement tributaire des choix des autres partis. Pourtant la présence écologiste dans une campagne présidentielle ne vise pas réellement à l’élection, elle impose plutôt le témoignage et la pression. En fait la pression joue dans les deux sens, au détriment de l’écologisme.
Serait-ce la fin de la mode écologiste ? Il y a déjà eu dans le passé de grandes périodes de mode écologiste : à la fin des années 60, des années 70, des années 80, des années 90. Toujours la mode est retombée, et l’écologisme a été renvoyé au cimetière des illusions perdues. La dernière mode, de la fin du 20e siècle au début du 21e siècle, a été jusqu’ici la plus longue. Certains la jugeaient « définitive » étant donné l’accélération et l’aggravation de la crise écologique, du fait notamment du changement climatique. Ne faut-il pas envisager l’hypothèse d’un amoindrissement voire d’une nouvelle fin pour la nouvelle mode, au lieu d’une prise de conscience ?
Le sentiment que l’écologisme « disparaît des radars de la présidentielle » est surtout basé sur le risque d’un résultat inférieur à 5 % des voix, comme il semble dans quelques sondages ; mais dans le système électoral, 5 % des inscrits ne font pas 5 % des exprimés, le résultat en pourcentage étant en fait conditionné par le pourcentage des abstentions. Cela rend difficile toute prévision s’agissant du petit pourcentage d’un petit parti lequel peut selon l’importance de l’abstention, avoir 5 % ou 10 % des exprimés… avec le même nombre de votants. Il paraît banal de le répéter, mais un sondage n’est pas une élection (surtout quand on ignore les conditions du magique « redressement », avec la marge d’erreur d’autant plus grande que l’échantillon est petit).
Ce n’est pas encore forcément la fin de la mode écologiste. Un chiffre frappant le fait penser, qui tranche sur les sondages précédemment évoqués : plus de 18 % pour l’écologiste qui, en deuxième position au premier tour, le sera encore au deuxième tour. Une remarque toutefois : ce n’est pas en France. Une autre remarque : ce n’est pas un sondage. C’est en Finlande que le candidat Vert sera au second tour de l’élection présidentielle, le 5 février 2012, ayant obtenu 18,8 % des suffrages au premier tour, le 22 janvier dernier, derrière le candidat conservateur (37 % des voix). Autre résultat marquant de ce scrutin, le candidat populiste, « eurosceptique » et « anti-immigrés » comme on dit, du Parti des Finlandais, n’a obtenu que 9,4 % des voix, contre 19,1 % aux législatives d’avril 2011.
Curieusement, cette information n’a guère été diffusée : on pouvait la trouver dans les dix lignes publiées par Le Monde daté du 24 janvier 2012 en bas de sa page 6. Que ceux qui l’auraient trouvée ailleurs le signalent. Heureusement, les médias, frappés par l’intérêt de ce double résultat, de l’écologisme et de l’extrême droite, alors qu’ils ne cessent de nous parler de la faiblesse du premier et de la force grandissante de la seconde, ont sans doute dépêché en Finlande leurs meilleurs envoyés spéciaux afin d’éclairer les Français sur cette anomalie avant la présidentielle.
Curieusement, ce peu d’importance accordé au résultat avait pourtant été précédé par un article plus long du Monde, dans son édition daté du 21 janvier. Signé Olivier Truc, apparemment le correspondant du journal à Stockholm, l’article insistait sur l’importance de ce « pays modèle » dans l’Union européenne, et sur son refus de contribuer au Fonds européen de stabilité financière (FESF) au-delà des 14 milliards d’euros prévus. En Finlande où « la crise de la zone euro aura largement dominé le débat », l’écologisme n’en a pas souffert.
Revenons en France. Et répétons le titre déjà cité : « Eva Joly disparaît des radars de la présidentielle, l’écologie aussi. » Apparemment l’écologie, ou mieux l’écologisme, disparaît aussi des « radars » médiatiques dans le cas d’un succès qui est le premier au monde de ce genre pour un parti Vert : être au second tour d’une élection présidentielle.
Une question se pose : les « radars » fonctionnent-ils bien ?