Faire un don
54315 € récoltés
OBJECTIF : 80 000 €
68 %
Pour une presse libre comme l'air ! Soutenir reporterre

Quand José Bové crie haro sur le loup

Durée de lecture : 3 minutes

3 août 2012 / Hervé Kempf


« Oui, on peut tirer le loup ! » José Bové persiste et signe. Il confirme au Monde et accentue sa position exprimée sur Radio Totem, une radio lozérienne, le 17 juillet. Ce pavé dans la mare écologiste a suscité une plainte pour « incitation à la destruction d’espèce protégée », déposée le 1er août auprès du tribunal de Mende par l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas).

La déclaration du député européen EELV (Europe Ecologie-Les Verts) intervient alors qu’un vif débat agite la Lozère depuis que des photos de loups y ont été prises en juin. Les éleveurs de moutons craignent que le canidé s’installe durablement dans le département. Une centaine d’entre eux ont manifesté le 22 juillet à Florac sous la banderole « Non au loup ».

Le prédateur a une tendance à manger les brebis, une proie plus facile à saisir que les chevreuils ou les sangliers. Le 1er août, la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence a ainsi annoncé que les loups présents dans ce département avaient mené dans l’année écoulée 63 attaques de troupeaux, tuant 305 ovins (des chiffres respectivement en baisse de 22 % et 32 % sur l’année précédente).

Comme le loup est une espèce protégée par la convention de Berne, des mesures doivent être prises dans les départements où il est présent : clôtures électriques, chiens patous, éclairage nocturne, mise à l’étable des troupeaux. Par ailleurs, l’indemnisation des ovins dévorés nécessite un dossier administratif fastidieux. Et les tirs d’effarouchement, éventuellement létaux, autorisés par les préfets, sont une complication supplémentaire.

Arrêter la langue de bois

Les éleveurs lozériens craignent que l’installation de loups dans leur département entraîne la mise en place de ces mesures, qui compliquent leur travail. Pour André Baret, éleveur et maire de Hures-la-Parade, « nos exploitations sont fragiles. Le loup n’est pas responsable de la crise, mais il est la goutte qui fait déborder le vase ». M. Baret qui, comme de nombreux éleveurs du causse Méjean, s’est investi contre l’exploitation des gaz de schiste ou des projets immobiliers, souligne que la situation est différente de celles des Alpes : « Ici, les troupeaux sont plus petits – de 100 à 200 têtes contre plus d’un millier –, et ils mangent la nuit, dehors, quand il fait moins chaud. C’est plutôt la nuit que le loup attaque. »

La Lozère abrite pourtant le Parc des loups du Gévaudan, une attraction touristique populaire. Pour son responsable zootechnique, Sylvain Macchi, « la présence du loup est indéniablement une difficulté pour les éleveurs. Mais on ne peut pas dire que la cohabitation est impossible ». Et d’observer que si l’on recense 200 loups en France, il y en a plus de 2 000 en Espagne, et 1 000 en Italie.

Mais pour José Bové, « il faut que nous, les écolos, on arrête la langue de bois : on ne peut être à la fois contre la désertification des campagnes et l’extension urbaine à l’infini, et en même temps créer à la campagne des espaces où les agriculteurs ne peuvent pas vivre ». Et d’insister : « On peut tirer le loup, parce que la priorité est de maintenir les paysans dans les zones de montagne. »

Cette position indigne Pierre Athanaze, président de l’Aspas : « Dans l’écologie, il y a la biodiversité. Si M. Bové n’est pas d’accord, il faut qu’il quitte EE-LV. » L’Aspas incrimine aussi les nombreux arrêtés préfectoraux permettant les tirs au loup. L’association a engagé des recours contre l’Etat français auprès de la Commission européenne et du Conseil de l’Europe. De son côté, la ministre de l’écologie, Delphine Batho, a annoncé, le 26 juillet, une prochaine concertation sur le loup.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Le Monde

13 décembre 2019
Qu’est-ce que l’opération « Rien de neuf » ?
1 minute, 1 question
14 décembre 2019
Un Noël emballant, avec Pakékado, maître en furoshiki
Chronique
13 décembre 2019
Face au changement climatique, des jardiniers et maraîchers cultivent les semences paysannes
Alternative




Du même auteur       Hervé Kempf