Retour sur Cancun

Durée de lecture : 4 minutes

28 décembre 2010 / Jean Sireyjol


On peut se réjouir du résultat des négociations de Cancun redonnant l’espoir que l’ensemble des pays s’entendent pour résoudre la crise climatique qui nous menace tous. C’est probablement un sursaut dans la bonne direction, mais il reste beaucoup d’obstacles à surmonter jusqu’à l’accord qui nous permettrait de rester en dessous des 2°C d’augmentation de température.

Certainement les évènements climatiques de 2010 ont-ils joué un rôle dans ce nouvel état d’esprit des négociateurs. 2010, qui pour la NASA va inscrire le nouveau record de température sur l’ensemble de l’année, a été marquée par de multiples événements climatiques exceptionnels (sécheresse en Russie, inondations au Pakistan, et plus prés de nous à une bien moindre échelle, la tempête Xynthia et l’inondation de Draguignan). En décembre, c’est Israël, qui a dû lutter, avec l’aide de ses voisins, contre les feux de forets les plus importants de son histoire, ce qui a amené, lors de l’enterrement d’un jeune pompier, Shimon Peres à la vision suivante : « Sur cette terre, les Juifs, les Arabes et les Druzes partagent le même destin ».

Pour revenir à Cancun, la déclaration finale se propose de continuer à faire vivre le protocole de Kyoto qui normalement doit se terminer en 2012. Ce protocole, le premier de ce genre, a le mérite d’exister (depuis 2005) et de concerner en priorité les pays riches, de très loin les principaux émetteurs de carbone par habitant.

Cependant ce protocole est fondamentalement vicié par la façon de comptabiliser les émissions de carbone. On a retenu la simplicité de la comptabilisation des émissions attribuées au producteur alors que la comptabilisation juste est celle des émissions attribuées au consommateur, comme le montre l’exemple suivant : Quand dans les années 80 la famille Dupont achète un ensemble de mobilier de jardin en plastique, les émissions de carbone sont comptabilisées en France car c’est l’entreprise Franceplast qui a fabriqué ces produits. Quand dans les années 2000 le couple Dupont offre un mobilier de jardin à sa fille, les émissions de carbone ne sont plus comptabilisées en France, mais en Chine, producteur mondial de ces articles. A votre avis, pour les gaz à effet de serre qui nous réchauffent le climat, quelle différence que ces mobiliers soient produits en France ou en Chine ? (Réponse : aucune !)

Avec cette façon de comptabiliser « à la Kyoto », les délocalisations massives depuis 1990, qui sont une très mauvaise nouvelle pour l’emploi en France, deviennent une excellente nouvelle pour la tenue de nos engagements de Kyoto. Notre gouvernement, comme les autres en Europe, ne se prive pas du plaisir de présenter la France (et l’Europe) comme le bon élève en matière de climat. Facile pour la France de se vanter d’avoir baissé de 2% ses émissions de carbone par rapport à 1990, alors qu’on oublie les 33% d’émissions de carbone délocalisées mais dont on est pourtant parfaitement responsable (1) ! Si nous voulons vraiment rester sous les 2°C d’augmentation de température, nous devons réduire nos émissions de carbone, pas les délocaliser.

On ne peut pas négocier avec le climat, ces réductions d’émissions nous sont imposées par les lois de la physique qui régissent notre planète. Les objectifs à atteindre sont gigantesques, pour nous en France ce n’est pas l’affaire de quelques %, c’est diviser par 4 (soit 75% de réduction) ! Tant qu’il n’y aura pas un prix, régulièrement croissant, sur le carbone, comment peut on espérer y arriver ? Alors oui, il faut mettre une taxe sur le carbone, appelons-la contribution climat si le mot taxe fait peur, et cette contribution doit être redistribuée égalitairement entre chacun pour protéger financièrement les plus modestes contre ce surcoût carbone qui ne doit pas pénaliser ceux qui émettent peu de carbone.

Aller au-delà de Kyoto, c’est explorer les solutions nouvelles. Nous avons un destin commun. Quand le prenons-nous en main ?

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Note :

(1) Etude du Commissariat général au développement durable, août 2010, CO2 et activités économiques de la France - Tendances 1990-2007 et facteurs d’évolution




Source : Courriel à Reporterre.

Jean Sireyjol est président de l’association Taca.

Contact : http://taca.asso-web.com

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