Rire accablé

25 novembre 2012 / Hervé Kempf


Dans une époque où l’on rit de tout pour n’avoir à penser à rien, où toute idée qui s’écarte du dogme néolibéral est disqualifiée comme « militante », où les mots de « transition écologique » et de « démocratie » sont travestis en leurs opposés par la langue dominante, l’observateur hésite entre le rire désespéré et l’accablement. Alors qu’à Doha, au Qatar, va s’ouvrir la Conférence des Nations unies sur le changement climatique, on noie en France le bocage nantais sous les grenades lacrymogènes pour y construire un aéroport.

Il est nécessaire ici de faire de la vulgarisation scientifique, sur un sujet des plus difficiles, à l’intention du premier ministre, à qui j’adresse mes salutations les plus infiniment respectueuses, eu égard à l’admirable hauteur de vue qu’il manifeste en toutes circonstances. En principe, un aéroport sert à recevoir des avions. En décollant et en atterrissant, les avions consomment du carburant, dont la combustion provoque des émissions de gaz à effet de serre. Celles-ci alimentent le changement climatique. Celui-ci, selon ce que la communauté scientifique s’accorde à penser, aura des conséquences fort dommageables sur le bien-être de la société humaine.

Une des premières raisons de l’opposition au projet aéroportuaire situé à Notre-Dame-des-Landes est l’effet néfaste qu’il aurait sur les émissions de gaz carbonique. Car on voit mal comment, si le trafic y augmentait selon les espoirs de ses promoteurs, les effets pourraient en être compatibles avec la réduction par quatre à l’horizon 2050 des émissions de gaz à effet de serre. Par quatre ? Eh oui, mes amis, cet objectif est inscrit dans la loi du 13 juillet 2005 sur l’énergie. Elle indique que « la France soutient l’objectif d’une division par quatre ou cinq de ces émissions dans les pays développés ». Pourquoi diable, dans les arguments avancés en faveur de ce projet par le gouvernement et par ses relais, la question du climat est-elle alors ignorée ?

C’est avec le plus immense intérêt que l’on écoutera le discours de l’incomparable ministre de l’écologie, Delphine Batho, à Doha. Gageons qu’elle ne manquera pas de souligner combien la France est en pointe dans la lutte contre le changement climatique. Elle proposera d’organiser à Paris la conférence de 2015 sur le changement climatique : n’est-ce pas la preuve de la volonté inflexible de notre pays de tout faire pour opérer la transition écologique ? Vive la France, vive l’écologie !





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Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 25 novembre et posté sur lemonde.fr

Photo : www.lexpress.fr

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