Séralini répond aux critiques de son étude sur les OGM

Durée de lecture : 2 minutes

21 septembre 2012 / Louis-Gilles Francoeur (Le Devoir)


L’étude de Gilles-Eric Séralini et de ses collègues venait à peine d’être publiée dans la revue Food and Chemical Toxicology que plusieurs chercheurs, britanniques et australiens, la bombardaient de critiques méthodologiques. Pas un seul n’en a salué l’intérêt. Ils mettaient plutôt de l’avant des failles alléguées à propos des méthodes d’échantillonnage retenues, de l’analyse statistique, voire à propos de la revue scientifique choisie, même s’il s’agit de celle où Monsanto publie ses propres résultats.

L’équipe Séralini a répondu à neuf de ces critiques jeudi 20 septembre.

À ceux qui lui reprochent d’avoir retenu un « faible » échantillon de 200 rats, les auteurs répliquent que des lots de 20 rats sont exactement ceux qu’utilise Monsanto, mais dans des études de 90 jours plutôt que de 730 jours. Ils ajoutent que le budget de 3,2 millions d’euros, glanés difficilement, ne permettait pas davantage à une équipe indépendante.

À ceux qui contestent l’utilisation de rats Spraque-Dawley, qui développent facilement des tumeurs, le Dr Joël Spiroux, coauteur de l’étude, répond que c’est précisément la lignée qu’utilisent les producteurs d’OGM, y compris Monsanto. « Et, ajoute le chercheur, les faits sont là : ceux qui ont été nourris au maïs OGM, avec ou sans Roundup, développent plus de pathologies et beaucoup plus vite. »

Dans les trois groupes de rats traités, les tumeurs et affections des reins et du foie interviennent dès le 4e mois, dit-il, et ils explosent au 11e et 12e mois, ce qui correspond à l’âge d’un humain de 35 à 40ans. Dans le groupe témoin, les tumeurs surviennent vers le 23e et le 24e mois. Chercheur biaisé ?

D’autres chercheurs ont critiqué la diète à base de croquettes, mais, réplique l’équipe française, ce sont les mêmes qu’utilisent les producteurs d’OGM.

Quant à l’idée que les rats de cette expérience auraient absorbé plus de maïs OGM que des humains en proportion, les chercheurs français répliquent que la dose correspond à ce que mangent les Nord-Américains à leur insu.

À ceux qui reprochent à Séralini d’être un « anti-OGM », le chercheur répond : « faux ». Séralini se dit favorable à plusieurs techniques transgéniques, dont la fabrication de médicaments. Mais « en revanche, ajoute le Dr Spiroux, Gilles-Éric Séralini et nous sommes contre les OGM agricoles, mal étiquetés et dont la toxicité au long cours est mal étudiée », notamment avec des protocoles scientifiques qui ont été élaborés sous la dictée de politiciens et de représentants de l’industrie, comme l’a démontré Marie-Monique Robin dans son livre percutant, Le monde selon Monsanto.



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Source : Le Devoir

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