Si ! Marie-Monique Robin a fait un bon livre

Durée de lecture : 5 minutes

28 août 2011 / Jean-Yves Proulx



« Notre poison quotidien » est une enquête approfondie et utile


Vous êtes-vous déjà demandé d’où pouvait provenir cette prolifération de cas de cancer que nous semblons connaître depuis quelques décennies ?
Serait-ce la conséquence directe du fait que nous vivons plus longtemps ? Peut être qu’autrefois autant de gens en mouraient, mais nous étions alors incapables d’identifier la cause de leur décès ?

« Pas du tout ! » nous répond Marie-Monique Robin. Cela n’a rien à voir avec l’allongement de l’espérance de vie. La preuve ? Le cancer ne fait pas dans l’âgisme, il frappe n’importe qui, peu importe l’âge ! Et le cancer est une maladie connue depuis l’Antiquité : « la plus ancienne description écrite d’un cancer date approximativement de 1600 avant Jésus-Christ » peut-on trouver sur le site de la Société américaine du cancer. Le mot « cancer » a d’ailleurs été inventé par Hippocrate (460-370 av. J.-C.)
Mais alors ?

Si le livre et le film Le monde selon Monsanto, signés Marie-Monique Robin vous ont fait sursauter, il vous faut lire ce nouveau rapport de recherche : Notre poison quotidien, La responsabilité de l’industrie chimique dans l’épidémie des maladies chroniques. L’auteur n’affirme rien. Elle donne plutôt la parole aux responsables des plus grands centres de recherche en santé de la Norvège au Chili, en passant par les grandes capitales européennes et américaines. Elle donne la parole aux décideurs gouvernementaux en matière d’approbation (ou de désapprobation) des produits de l’industrie chimique que nous ingurgitons quotidiennement, le plus souvent à notre insu. Elle donne la parole aux victimes démunies des multinationales de la chimie.

Voici, dans les lignes qui suivent quelques citations qui devraient vous inciter à lire Notre poison quotidien.

Des faits ?

- En 1996, on estimait que 2,5 millions de tonnes de pesticides sont appliquées chaque année sur les cultures de la planète. Moins de 0,1 % des pesticides appliqués atteignent leur cible. Plus de 99,9 % des pesticides utilisés migrent dans l’environnement, où ils affectent la santé publique et les biotopes bénéfiques, en contaminant les sols, l’eau et l’atmosphère de l’écosystème.

- En 2009, dans le quatrième rapport mis en ligne par le Center for Disease Control d’Atlanta, l’organisme chargé de la veille sanitaire aux États-Unis, on apprend que les 212 molécules chimiques recherchées avaient toutes été retrouvées chez la quasi-totalité des 2400 volontaires testés dans leur urine ou dans leur sang : le bisphénol A figurait largement en tête, devant le polybromodiphényléther, un retardateur de flammes, le PFOA (revêtement des poêles antiadhésives) et bon nombre de pesticides, comme le Lasso, l’atrazine, le chlorpyriphos, mais aussi les insecticides organochlorés comme le DDT, toujours bien présents malgré leur interdiction.

- Deux spécialistes français de la santé reproductive et fondateurs des CECOS décidèrent d’analyser et de comparer les éjaculats des 1750 donateurs de sperme parisiens entre 1973 et 1992. En deux décennies, la quantité de spermatozoïdes avait chuté d’un quart, soit une baisse de la concentration d’environ 2% par an. De plus, la chute quantitative s’accompagnait d’une baisse de la qualité des spermatozoïdes, qui présentaient une mobilité réduite et des anomalies de forme, entraînant une réduction de la fertilité. Shanna Swan, une épidémiologiste américaine, entreprit en 2000 une étude semblable. Elle constata une baisse annuelle moyenne de la densité spermatique de 1,5 % aux États-Unis et de 3 % en Europe et en Australie sur la période 1934-1996.

- Plusieurs études concernent les migrants japonais qui se sont installés à Hawaï. Elles montrent qu’en une ou deux générations les immigrés « adoptent » le profil des cancers des États-Unis dont l’incidence est nettement plus faible au Japon : « ce n’est pas leur patrimoine génétique qui change, mais leur environnement ».
- ...

Des explications ?

- L’aromatisation d’une tonne de crème glacée avec de la vanille naturelle coûte 780 euros, mais seulement 4 euros avec l’éthyl-vanilline, un arôme chimique artificiel, on devine la suite...

- Prenons le cas de l’aspartame... Sur 166 études, 74 avaient été financées par l’industrie (Searle, Ajinomoto ou l’ILSI) et 92, par des organismes de recherche indépendants (des universités ou la Food and Drug Administration). Cent pour cent des études financées par l’industrie concluaient que l’aspartame était sans danger. Sur les 92 études indépendantes, 85 concluaient que l’édulcorant posait un ou plusieurs problèmes sanitaires. Et vous pouvez toujours trouver l’aspartame dans votre gomme à mâcher, dans votre boisson gazeuse diète...

- Notez en passant que si la saccharine, suspectée d’induire des cancers, est interdite au Canada depuis 1977, elle est toujours utilisée en Europe.

- ...

Des solutions ?

- 2003, une étude a été conduite par des chercheurs des universités de Washington et de Seattle qui ont analysé l’urine de dix-huit enfants de deux à cinq ans nourris exclusivement avec des aliments issus de l’agriculture biologique, et de vingt et un enfants du même âge dont les parents s’approvisionnent dans des supermarchés conventionnels. Les scientifiques ont recherché la présence de cinq pesticides organophosphorés et ont constaté que les enfants du second groupe présentaient un niveau moyen de résidus six fois plus élevé que ceux du premier.
Dans une autre étude publiée trois ans plus tard, on a mis vingt-trois enfants d’une école primaire au régime bio pendant cinq jours. Résultat : leur taux de résidus de pesticides organophosphorés, dont le malathion et le chlorpyriphos, était descendu à un niveau qui n’était pratiquement plus détectable au bout de dix jours.

- Certains végétaux contiennent des molécules qui pharmacologiquement ont le même effet que certains médicaments de chimiothérapie grâce à leurs composants phytochimiques...

- …

En guise de conclusion

Notre poison quotidien est une excellente illustration de ce que dénonce L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie d’Hervé Kempf. Parce que des sommes colossales sont en jeu, même les organismes gouvernementaux, sensés nous protéger, peuvent être manipulés. D’où l’importance de la vigilance citoyenne. D’où l’importance de lire les deux ouvrages précités...






Source : Courriel à Reporterre.

Jean-Yves Proulx vit à Trois Rivières, au Québec.

Son article répond à celui-ci : Et si Marie-Monique Robin avait fait un mauvais film ?

Complément : Le blog de Marie-Monique Robin

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