Tchernobyl : dix millions de personnes affectées par dépressions, angoisses et suicides

Durée de lecture : 6 minutes

2 mai 2013 / Green Cross

L’accident de Tchernobyl a aussi entraîné des séquelles neuropsychologiques durables touchant près de dix millions de personnes, selon des études scientifiques récentes.


Étude Green Cross sur les conséquences à long terme de la catastrophe
du réacteur de Tchernobyl

Le 26 avril 1986, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl avait lieu, contaminant une vaste partie de l’Ukraine actuelle, de la Biélorussie, de la Moldavie ainsi que de la Russie. Outre l’exposition aux radiations et le risque de cancer qui en découle, cette catastrophe déclencha chez les personnes différents facteurs de stress sévères et chroniques. Sur le plan médical, les séquelles ont principalement des conséquences psychologiques telles qu’un stress psychique permanent, des troubles de stress post-traumatique, une santé fragile, qui se traduisent par de la dépression, des angoisses, et des idées suicidaires.

Ces chiffres sont le résultat de l’étude Green Cross menée en Russie, Biélorussie, Ukraine et Moldavie sous la houlette du professeur Jonathan M. Samet, directeur de l’Institut de Santé Globale à l’Université de Californie du Sud (USA), en collaboration avec des partenaires locaux.

27 ans après la catastrophe de Tchernobyl, les personnes concernées continuent d’en endurer les séquelles neuropsychologiques, qu’elles aient été ou non évacuées. D’un point de vue médical et de santé publique, ces séquelles demeurent considérables. Afin de mesurer les séquelles neuropsychologiques à long terme entraînées par la catastrophe de Tchernobyl, deux sources font foi : les résultats de recherches publiés dans la littérature scientifique, et les informations recueillies lors des débats organisés en mars 2011 à Kiev et en juillet 2012 à Bila Tserkva par l’Institut de sociologie international de Kiev (KIIS) avec des groupes de discussion composés, entre autres, d’habitants évacués ou non de Bila Tserkva.

10 millions de personnes sont affectées par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl

En résumé, les groupes de discussion ont montré que la catastrophe de Tchernobyl a eu un impact sur la vie de l’ensemble des groupes d’habitants représentés (aussi bien les personnes évacuées que celles restées sur place). Même si les questions de santé étaient au centre des préoccupations, les participants aux groupes de discussion ont accueilli avec prudence voire méfiance l’aide mise à disposition.

Ils ont également exprimé leur inquiétude concernant la stigmatisation découlant de la stupeur créée par la catastrophe de Tchernobyl et de ses conséquences sur leurs enfants et petits-enfants.

Évaluer le nombre d’habitants concernés en fonction de l’étendue de l’exposition suite à la catastrophe nucléaire s’avère une tâche compliquée. L’accent a été mis sur l’exposition aux radiations, sans pour autant oublier les facteurs de stress résultant de cette catastrophe : évacuation, manque de nourriture, perte d’emploi, et stigmatisation. On a alors formulé la supposition que tous ces facteurs affectent des groupes différents, mais se recoupant.

Ainsi, certains ont pu être soumis au stress à cause de la perte de leur travail et de leur évacuation, bien qu’ayant échappé à une exposition considérable aux radiations. Les enfants nés après la catastrophe et dont les parents ont été évacués, risquent d’être stigmatisés et de subir la rigueur socio-économique. C’est pourquoi, il existe différents types de populations concernées avec différentes combinaisons d’exposition. En impliquant toutes les combinaisons d’exposition, les auteurs des études sur Tchernobyl arrivent à la conclusion qu’énormément de personnes sont concernées. La barre des 10 millions a ainsi été atteinte.

La présente étude Green Cross sur les conséquences neuropsychologiques de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl chez l’enfant, l’adulte et le travailleur montre des effets logiquement négatifs, rendant inutiles d’autres recherches dans ce sens. Parmi les autres conséquences sur la santé, la plupart des études relèvent un risque accru de maladies cardiovasculaires, de problèmes liés au sang et de malformations.

Introduction de méthodes de dépistage précoce d’idées suicidaires

Selon Maria Vitagliano, responsable du programme international de médecine sociale, les résultats des recherches de l’étude de Green Cross ont permis de lancer des mesures thérapeutiques et d’amélioration des conditions de vie de la population touchée.

« Dépression, angoisse et suicide sont des éléments critiques relevés chez les populations vivant dans les zones contaminées ou évacuées », explique Maria Vitagliano. « Nous mettons en place des méthodes de dépistage précoce d’idées suicidaires dans les clubs de familles et les camps thérapeutiques ainsi que des partenariats stratégiques avec les administrations locales pour la prise en charge des cas de dépression », précise-t-elle.

Les mesures nutritionnelles visant à réduire les radionucléides dans l’alimentation sont complétées par la mise à disposition de plus de vitamines et de minéraux pour la population. On a par exemple constaté que l’absorption d’acide folique réduisait les malformations du tube neural et que les déficits nutritionnels augmentaient le risque de problèmes liés au sang comme l’anémie. Pour combattre le problème de stigmatisation, les représentants Green Cross prennent contact avec les leaders d’opinion connus, comme les sportifs de familles concernées, pour changer ensemble la perception publique.

Démarche

L’étude regroupe principalement des études transversales en lien avec plusieurs études longitudinales. Dans une première étape 50 publications ont été examinées en tenant compte de leurs conclusions relatives aux angoisses, à la dépression, aux troubles de stress post-traumatiques (TSPT), au bien-être et à la cognition. Sur plus de 800 études concernant la catastrophe de Tchernobyl et des maladies diverses, 18 ont été retenues pour un contrôle plus approfondi.

Près de dix millions de personnes sont exposées de leur vivant à la pollution radioactive. À l’heure actuelle, les faibles retombées radioactives qui persistent parviennent dans les organismes via les aliments consommés au quotidien. Avec les programmes internationaux de médecine sociale et de désarmement, Green Cross Suisse s’engage pour la maîtrise des dommages consécutifs aux catastrophes industrielles et militaires, et celle des déchets toxiques datant de l’époque de la guerre froide.

L’amélioration de la qualité de vie des personnes contaminées chimiquement, irradiées et autres se situe au premier plan de notre action, de même que la promotion d’un développement durable allant dans le sens de la coopération plutôt que de la confrontation. Les objectifs de l’organisation environnementale certifiée ZEWO sont soutenus par le groupe parlementaire Green Cross. Il se compose de 32 Conseillers/Conseillères aux États et de 104 Conseillers/Conseillères nationaux de tous partis.

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Fondée par Mikhaïl Gorbatchev, Green Cross International (GCI) est une organisation non gouvernementale indépendante d’utilité publique qui s’efforce, en représentant les intérêts à un haut niveau et grâce à des projets locaux, de relever les défis mondiaux, liés entre eux, relatifs à la sécurité, au combat contre la pauvreté et à la dégradation de l’environnement. Sise à Genève, GCI entretient un réseau croissant d’organisations nationales dans plus de 30 pays.



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Source et photo : Courriel à Reporterre de Green Cross

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