Un gâchis économique et écologique pour le contournement de Strasbourg
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La société Vinci serait la concessionnaire du Grand contournement ouest de Strasbourg.
Depuis plus de six ans, notre association, au sein d’un collectif, analyse le projet du Grand Contournement de Strasbourg et relève les conséquences prévisibles de cet investissement ainsi que son bilan négatif.
Un rappel succinct de ce bilan :
• Le projet, tel qu’il est décrit dans le dossier d’enquête publique, ne résout pas les problèmes de circulation au voisinage de Strasbourg, de l’aveu même de la Présidente de l’enquête publique.
• Les insuffisances de ce projet ont été explicitées dans le rapport rédigé par l’expert indépendant TTK à la demande du Préfet de Région. Selon ce document, les points noirs du schéma routier persistent avec ce projet
• L’impact environnemental est lourd : Pertes de terres agricoles et fragmentation du territoire portant atteinte à la biodiversité, pollution supplémentaire (même diluée).
• La dégradation du patrimoine est particulièrement ressentie au niveau du domaine de Kolbsheim, de la Bruche, des collines du Kochersberg et de l’arrière-pays d’Eckwersheim et de Vendenheim, ceinture verte qui constitue une vraie richesse et une caractéristique originale de Strasbourg
• Les effets pervers du projet sont nombreux : augmentation des terres imperméables, diminution des surfaces vertes, développement de l’urbanisation au voisinage de ce nouvel axe de circulation.
• La réalisation du GCO ne supprimera pas les bouchons autour de Strasbourg et ne réalisera toujours pas la liaison entre les autoroutes françaises et allemandes.
Nous tenons à votre disposition, une rédaction détaillée de ces différents points.
Ce bilan négatif est largement partagé par tous les habitants de la région qui ont étudié le dossier. Ils ne comprennent pas la nécessité d’une dépense qui ne développe pas la qualité de vie et n’apporte pas une solution durable aux
problèmes économiques réels.
La participation de plusieurs membres de l’association aux sous-commissions d’aménagement rural, destinées à préparer le remembrement lié à ce projet, nous a permis de constater que le bilan brut de cette opération est une perte de terres végétalisées avec une parcellisation des terres pour la faune et une réduction des possibilités de trames vertes ou bleues.
Dans toutes ces discussions, il s’agissait d’un investissement de l’ordre de 400 M€, à la charge du concessionnaire. Une situation nouvelle apparait en 2012 avec un coût (frais financiers et charges d’exploitation inclus) de 750 M€, (1) ainsi qu’une une contribution des collectivités à l’investissement.
Deux faits importants interviennent depuis quelques années qui n’ont pas été pris en compte ni dans les délibérations du Conseil Régional et du Conseil Général consacrés au GCO ni dans le dossier d’enquête publique de 2006. Il s’agit de la crise économique et financière d’une part et des signes avérés de l’évolution du climat d’autre part.
La crise économique et le projet GCO
Parmi les causes de la crise, le prix des matières premières et le niveau d’endettement des collectivités, ainsi que celui des particuliers, sont déterminants. Le coût de l’investissement GCO, récemment publié, s’élève à 750 Millions €. Il représente un endettement important, qui s’ajoute à celui du concessionnaire et à celui des collectivités locales par le jeu des garanties et des subventions d’équilibre. Cet endettement est sans visibilité d’avenir car l’évolution du prix du pétrole (orienté à la hausse) et celle du trafic (orienté à la baisse) sont difficilement prévisibles mais compromettent la rentabilité de l’investissement et rendent fort probable la nécessité d’une aide financière publique supplémentaire.
L’amortissement de l’investissement se fera par une ponction sur les entreprises locales et sur le niveau de vie des particuliers par le péage. Elle sera au niveau de la dépense : 750 M€.
Les difficultés de financement du tunnel Lemaire de Sainte-Marie ont conduit à une extension importante de la durée de la concession. Pour le GCO, il n’est pas réaliste d’étendre le remboursement dans un futur lointain, au-delà de quarante ans, quand l’essentiel des réserves conventionnelles de pétrole auront été épuisées.
La crise climatique et le projet GCO
Depuis dix ans, le réchauffement climatique est en œuvre et les prévisions pessimistes de cette évolution ne sont plus exclues (Note 2). Ce n’est pas la construction de cette surface bitumée qui va aggraver la crise climatique d’une façon significative mais l’évolution actuelle de la concentration en gaz à effet de serre, GES, est préoccupante et nous incite à des mesures appropriées. Donnons deux chiffres, à l’échelle de notre vie et de celle de nos enfants :
- en 1960, concentration moyenne de CO2 : 315 ppm (parties par million)
- en 2012, concentration moyenne de CO2 : > 390 ppm, soit une augmentation de 24 % en 52 ans
Dans ces conditions, pourquoi développer les investissements routiers et réduire les surfaces végétalisées qui absorbent du CO2 et permettront d’atténuer les effets des augmentations de température à venir ?
La ceinture verte de Strasbourg est un atout à conserver.
En conclusion, nous vous demandons, Monsieur le Conseiller de la Région Alsace, de refuser toute participation et tout soutien à un projet qui entraine des charges financières lourdes, un bénéfice économique non démontré et une dégradation irréversible du territoire et des conditions de vie.
En restant à votre disposition, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments
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Notes :
(2) Bernard Perret, administrateur de l’INSEE,
dans « L’urgence occultée de la crise climatique », revue [Etudes février 2012, p.153.
« Quelles que soient les incertitudes sur le climat futur de la planète, il est peu vraisemblable que l’homme puisse continuer à modifier les caractéristiques physiques de l’atmosphère sans que cela finisse par altérer les équilibres nécessaires à la vie. Le dernier rapport de L’Agence Internationale de l’Energie, organisme peu suspect d’être noyauté par les écologistes, formule un avertissement sans ambiguïté : l’objectif de limiter à 2°C la hausse moyenne des températures (objet officiel de la communauté internationale) ne sera pas atteint si des efforts drastiques d’énergie ne sont pas entrepris avant 2017. En restant sur la trajectoire actuelle, la hausse pourrait atteindre 3,5°C d’ici la fin du siècle, voire 6°C si les pays ne tiennent pas les engagements déjà pris (ce qui, au vu de l’actualité, n’est pas une hypothèse d’école). Qui peut dire comment vivront nos descendants si cette sombre prédiction se réalise ? »