Un témoignage de Notre Dame des Landes

Durée de lecture : 4 minutes

22 octobre 2012 / Geneviève Coifard-Grosdoy




Tous médias confondus, sauf ceux de la région, qui ne pouvaient pas faire totalement l’impasse, le silence sur les expulsions/destructions sur la Zad a été assourdissant. Tous ceux d’entre vous qui ont suivi ces dernières sur le net, ont pu partager notre écœurement et notre révolte. Mais ce n’est pas des dégâts que je veux parler, mais de colère, de résistance, et de solidarité !

Depuis mercredi [17 octobre], il y a tous les soirs des déambulations « sauvages » dans Nantes, très déterminées, où les gens hurlent leur colère. Un slogan de la lutte a toujours posé problème, ici, entre les opposants « historiques » et certains des nouveaux habitants : c’est « Vinci, dégage ! Résistance et sabotage ! »

Tout le monde est d’accord sur le début, « Vinci dégage ! » Certains s’arrêtent là, d’autres à « résistance ». Vendredi soir, j’en ai vu beaucoup crier le slogan jusqu’à la fin, et hurler « sabotage », qui ne l’avaient jamais fait jusque là...

Le préfet a déclaré mardi à 10H30 que tout était terminé et s’était admirablement passé. Les faits l’ont fait mentir très rapidement, puisque différents lieux ont pu résister, utiliser les chemins creux pour y construire des barricades, et bloquer les gendarmes (qui ne veulent avancer que lorsque le terrain est totalement « sécurisé », comme ils disent).

Au lieu-dit Les Sabots (potager collectif, défriché collectivement au printemps 2011), mercredi soir, les militants ont essayé de sauver le maximum de légumes, un tsunami de lacrymos a répondu à quelques jets de carottes, tant et si bien que les légumes restants sont devenus inconsommables.

Sous des trombes d’eau permanentes depuis le début de la semaine, les conditions sont assez difficiles : sentiers impraticables, champs trempés et glissants, fossés pleins... et il faut passer à travers champs pour rejoindre les différents lieux, les dizaines de véhicules bleus nous barrant routes et carrefours. Et il n’est pratiquement pas possible pour les militants sur place d’avoir une vue d’ensemble.

Dès le premier jour, mardi [16 octobre], le nombre de lieux attaqués simultanément a été plus élevé que prévu, ce qui a compliqué les opérations de repli. Pourtant, dès mardi soir, la Vache Rit, notre lieu de lutte, s’est transformée, grâce à l’accord des paysans qui l’ont mis à disposition, en lieu d’accueil où s’organisent réunions, cuisine, repas, dortoirs...

Les quelques vêtements propres et secs sauvés de la destruction et de la noyade y sont proprement classés et mis en tas à la disposition de tous, dans ce qui est joliment appelé une « free-shop ». Des habitants viennent (re)cueillir les chaussettes sales, pour les rapporter propres et sèches (ma voisine de droite soupire : ça risque d’être la mutualisation des champignons... elle en souffre... et lavera donc elle-même ses chaussettes...).

La cuisine est prise en charge, le ravitaillement assuré (y compris pour les veilleurs des barricades). Les vélos sont mis en commun. Pour les quelques voitures qui ont pu entrer dans la zone bouclée militairement, aucun déplacement ne se fait sans proposer le co-voiturage à la cantonade.

La solidarité s’organise davantage : les expulsés manquent de tout (ils n’ont pas tout sauvé de leurs maigres possessions), et d’abord de chaussettes, bottes et chaussures, cirés, vêtements (pulls, pantalons), lampes frontales, piles électriques, radios... mais aussi matelas et couvertures, qui commencent à arriver massivement à la Vache Rit. Légumes et fruits, féculents... fromages et pain de producteurs locaux, sont arrivés spontanément, avant même tout appel.

Vendredi après-midi, le préfet a cru pouvoir dire que les objectifs de la semaine en termes d’expulsions et destructions étaient atteints, tout en reconnaissant que « ça » n’était pas fini, puisque de nouvelles maisons sont expulsables à partir du 27 octobre. La période de résistance non plus n’est pas terminée, elle est capitale, et nous permet entre autres de développer l’information et la solidarité.

Il parait que les gens de la ZAD puent des pieds : nous sommes fiers de le faire avec eux, dans la poursuite de notre lutte. Nos chaussettes continueront à voir le parfum de la solidarité, qui n’a rien à voir avec la puanteur de Jean-Marc Ayrault et de tous ceux qui ont commandité et couvrent l’ignominie du saccage.






Source : courriel à Reporterre

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