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Tribune —

Une lettre à propos du jardin familial de Fleury-Mérogis

Cortège des jardiniers de Fleury partant protester sur le parvis de la mairie. © Emmanuel Clévenot/Reporterre

Nous avons reçu un courrier de M. Olivier Corzani, maire de Fleury-Mérogis, à propos du jardin familial de cette commune de l’Essonne.

À Fleury-Mérogis, on agit pour le collège et les jardins

Le jeudi 09 décembre 2021, a paru un article de Monsieur Emmanuel Clévenot intitulé « Dans les quartiers populaires, les jardins familiaux disparaissent sous le béton » traitant notamment des jardins familiaux de Fleury-Mérogis.

Je souhaite porter à la connaissance des lecteurs les raisons exactes qui ont amené la Ville de Fleury-Mérogis à retenir le terrain communal utilisé par des jardins familiaux pour y construire un collège.

La nouvelle municipalité, élue en 2019, a hérité d’une situation très délicate en matière de foncier, disposant de peu de marges de manœuvres pour répondre aux besoins de la population en termes de services et d’équipements publics. Entre 2012 et 2018, l’ancienne majorité municipale s’était lancée dans l’aménagement d’un nouveau quartier de 1 700 logements, sans les équipements nécessaires. De plus, la commune a été victime, courant 2017, d’un trafic de déchets de chantiers et de terres polluées de grande ampleur : 300 000 tonnes de déchets furent enfouies sur un terrain communal de 7 hectares, faisant de Fleury-Mérogis l’une des plus grandes décharges sauvages d’Ile-de-France. Ce terrain était historiquement dédié à la construction d’un collège, mais il devenait irresponsable d’envisager la construction d’un collège sur une décharge polluée à l’amiante et au mercure.

La nouvelle municipalité a saisi la justice pour faire payer les réseaux mafieux à l’origine de ce saccage. Par ailleurs, il faut conserver les preuves de ce délit avant que la justice se soit prononcée. C’est pour cette raison que ce site n’a pu être mobilisé. Il s’agit là d’un véritable enjeu de justice écologique qui mériterait d’être davantage médiatisé.

Bien évidemment, la municipalité est consciente de ce que représente la pratique des jardins familiaux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle s’est engagée auprès des jardiniers à les reconstituer sur un autre site. Ce sujet est parfaitement connu des locataires de parcelles, qui ont été rencontrés et concertés à de nombreuses occasions.

Il convient également d’indiquer que l’immense majorité des locataires de parcelles approuve le projet de collège, qu’ils considèrent comme un objectif prioritaire.

Seule une infime minorité, emmenée par des personnes n’habitant pas la commune, s’y oppose. L’article ne présente que ce point de vue, il aurait été intéressant de mettre en perspective les conditions dans lesquelles les enfants de la commune doivent se rendre au collège.

La Ville de Fleury-Mérogis est à ce jour la seule commune de plus de 10 000 habitants à ne pas disposer de collège, alors même que tous les collèges où sont scolarisés les enfants de Fleury-Mérogis, situés à l’extérieur de la ville, sont aujourd’hui saturés.

Fleury-Mérogis est une ville jeune, 50 % de sa population a moins de 40 ans, et elle présente des fragilités tant scolaire que sociale importantes. Dès sa prise de fonction, la nouvelle municipalité a créé les conditions pour permettre l’arrivée d’un collège et ainsi mettre fin à cette inégalité flagrante, pour un territoire éminemment populaire.

Rien ne garantissait un tel aboutissement. C’est bien la mise à disposition du département, rapide, d’un terrain communal, qui permettra aux générations futures d’étudier dans de meilleures conditions. Considérer l’éducation et l’avenir des enfants des villes populaires comme une priorité est un objectif assumé et partagé par la municipalité et l’immense majorité de la population.

Considérant cet enjeu comme urgent et prioritaire, la municipalité y dédie donc les moyens nécessaires, en mettant à disposition le seul terrain immédiatement disponible et apte à recevoir un tel équipement public.

Un collège dans une ville populaire qui en est dépourvue, n’est pas un projet nuisible. Il ne peut être mis sur le même plan qu’un entrepôt Amazon ou encore un centre commercial. La situation de Fleury-Mérogis est, de fait, sans rapport avec celle d’Aubervilliers ou du triangle de Gonesse. Il est ici avant tout question d’un service public d’éducation fondamental, dans une ville qui en manque cruellement.

Loin de « bétonner » la ville à outrance, comme le suggère cet article, la municipalité s’est résolument engagée en faveur de l’écologie populaire, conciliant impératifs environnementaux et justice sociale : outre la reconstitution des jardins familiaux pour laquelle elle est pleinement engagée, elle initie une politique de la nature en ville ambitieuse. Constitué de forêts pour un tiers de son territoire, nous sommes loin du « tout béton » énoncé dans l’article.

Cette politique de la nature en ville se traduit par la préservation et la valorisation de ce patrimoine boisé et forestier. Par la création de nids pour les oiseaux et d’hôtels à insectes. Par l’installation de ruches. Par la création de trois jardins partagés, au cœur des quartiers populaires. Ces actes concrets traduisent l’attention et la volonté de connecter les enjeux autour de la nature avec la création de lien social, de solidarité entre les habitants.

Plus globalement, c’est une politique d’écologie populaire, globale, qui est travaillée, avec l’arrivée prochaine de la géothermie à Fleury-Mérogis qui permettra de chauffer les habitants avec une énergie produite localement, renouvelable, tout en réduisant l’empreinte carbone globale.

La municipalité porte donc une approche équilibrée dans le développement de son territoire, où la recherche de l’égalité se conjugue avec la préservation de l’environnement.

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