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Une lettre à propos du téléphérique de Saint-Véran

Durée de lecture : 10 minutes

6 juin 2019

Nous avons reçu un courrier de MM. Taris, Guignard et Signoret, à propos du téléphérique de Saint-Véran.

Nous venons de lire avec attention votre article intitulé « À Saint-Véran, plus haut village d’Europe, un téléphérique géant pourrait balafrer la montagne ». Cet article a été publié le 31 mai dernier et nous souhaitons y apporter quelques rectifications qui pourront éclairer le public concernant le projet dont il est question.

Ce projet est un projet 4 saisons (donc pas seulement d’hiver) qui doit redynamiser l’économie du village, en particulier en créant des emplois pérennes. Il permet donc d’anticiper la période de réchauffement climatique dont nous commençons seulement à entrevoir les effets dramatiques sur l’ensemble de notre planète (sans même parler de déforestation ou de perte de biodiversité puisque ce n’est pas l’objet de cet article).

À l’aune de cet argument, l’utilité du téléporté envisagé n’est évidemment pas la seule facilitation de l’accès à l’observatoire. L’intérêt profond du projet est d’être un projet de tourisme scientifique comme il en existe un dans le Parc national des Pyrénées (PNP) depuis une vingtaine d’années (http://picdumidi.com/ et http://www.obs-mip.fr/pic-du-midi). On notera au passage que les contraintes environnementales y sont aussi fortes que dans le Parc naturel régional du Queyras (PNRQ). Ce projet prévoit, outre un aspect purement scientifique (construction d’un télescope robotique en appui à trois missions spatiales avec une implication forte dans plusieurs collaborations internationales), des aspects d’enseignement, dans les établissements primaires, secondaires et supérieurs et de diffusion des connaissances en astrophysique pour tous les publics.

Se rendre du village de Saint-Véran au site de l’observatoire à 2.930 m ne doit pas relever que d’un simple transport public mais bien d’un début du voyage vers les étoiles… Le téléporté est donc un élément majeur d’OSV2930. Il est un élément original que les touristes souhaiteront emprunter pour commencer leur voyage dans l’univers. Sans ce dernier, la rentabilité économique du projet pourrait être remise en question si, comme cela est parfois évoqué, on rassemblait les infrastructures de diffusions des connaissances près de la « Maison du soleil ». Quel serait alors l’intérêt de venir à Saint-Véran pour voir un énième planétarium ou un énième espace de diffusion des connaissances en astronomie ?

Le téléporté semble cristalliser à lui seul les oppositions de quelques personnes qui n’habitent d’ailleurs pas toujours le village. L’étude de faisabilité qui a démarré en août 2018 a été rendue publique au mois d’avril. Il y est clairement indiqué que la capacité maximale du téléporté serait de 600 personnes par heure (cf. p. 49/105 de l’étude de faisabilité). Dans le même temps, il est clairement écrit que le nombre de personnes venant au Pic serait de 400 personnes par jour (cf. p. 103/105, 100000 personnes/an en 250 jours/an), ce qui est bien moins que les 480 personnes par jour du Pic du Midi ! Ces 400 personnes par jour (soit 50 personnes par heure en considérant une journée de 8h) se répartiront sur environ 15 km2 (soit entre 25 et 30 personne par km2 alors que la densité de population de Saint-Véran est d’environ 200 habitants sur 45 hectares…). Ces personnes resteront peut-être à l’Observatoire, iront peut-être au sommet du Pic de Châteaurenard, randonneront peut-être aux alentours… Est-ce du tourisme de masse avec une surdensité de population sur le site de l’observatoire ? La pétition en ligne, signée par une vingtaine d’habitants de Saint-Véran, reprend d’ailleurs d’autres chiffres tout aussi erronés puisqu’il y est question de voir 4000 personnes par jour au Pic de Châteaurenard ! Le résultat de cette pétition, le nombre total de signatures, est donc biaisé par un texte de présentation qui contient des erreurs factuelles.

Du point de vue du projet scientifique ce moyen de transport est une sécurité pour un matériel de haute technologie représentant un coût d’environ 1 million d’euros de crédits publics. Il permettrait également l’acheminement de personnels et de matériels en toute sécurité, ce qui serait évidemment impossible par d’autres moyens. Même dans le cas d’un instrument robotique, dont l’avantage est sa rapidité d’utilisation, et pas seulement le fait qu’il soit utilisable à distance, les pannes et la maintenance peuvent être quasi-quotidiennes. L’hélicoptère est parfois évoqué par certains écologistes ce qui, au-delà du coût de l’heure de vol, est un non-sens écologique (voir par exemple le projet de loi LOM qui propose d’interdire les vols intérieurs pour lesquels le même trajet est réalisable en 5 heures de train) !

Le projet actuel de téléporté prévoit un pylône de 35m et six autres de 25m (cf. p.65/105 de l’étude), et non pas six pylônes de 35m comme il est dit dans votre article.

Des voix s’élèvent parfois pour opposer le pastoralisme au tourisme et/ou à l’astronomie. Le président de l’Association foncière pastorale menace par exemple d’interdire tout accès routier à l’observatoire en été. Il parle donc implicitement, au final, de la fermeture de l’observatoire de Saint-Véran... Certes la cohabitation est parfois difficile entre les bergers et les touristes mais chacun doit partager la montagne. Tout le monde doit évoluer, les alpages autant que le tourisme. Tout organisme qui n’évolue pas est condamné à mourir. C’est le rôle du PNRQ de faire œuvre de pédagogie. Il doit baliser les sentiers et éduquer le public en visite à Saint-Véran et plus largement sur le territoire du PNRQ pour que tout le monde partage la montagne en bonne intelligence. Il faut aussi noter que le téléporté permet de canaliser le flux des touristes, tant à la montée qu’à la descente… Il y aurait donc moins de « divagation » dans les alpages. Quant à la piste qui relie le village à l’observatoire, construite dans les années 1970, elle verrait sa fréquentation très réduite par l’utilisation d’un téléporté, d’où bien sûr moins de CO2 dans l’atmosphère. Sans même parler de la sécurité des personnels (impraticabilité en hiver) et de leur rapidité d’intervention (moins de dix minutes avec un téléporté en toute saison contre une heure, seulement en été, par la piste) qui peut être un élément déterminant pour certaines observations.

Le coût des nuitées dans la nouvelle infrastructure est en retrait par rapport à ce qui se pratique au Pic du Midi, 450 € pour les nuitées plus 40 € pour l’accès aller/retour contre 300 € (hors repas) plus 29 € à Saint-Véran. De plus l’Association SVCD (https://www.saintveran-astronomie.com/reservation.html) propose actuellement des nuits de découverte entre 75 € et 86 €. Les observations depuis l’observatoire de Saint-Véran seront donc accessibles au plus grand nombre. C’est d’ailleurs une caractéristique du projet OSV2930 : Rendre un site de haute montagne et l’observation astronomique accessibles à tous. La montagne est certes un milieu difficile, isolé, « sélectif », où les personnes âgées ou à mobilité réduite, les familles, les scolaires ne se rendent pas habituellement. OSV2930 est une réponse à cette demande légitime de ces différents publics de pouvoir se rendre dans des lieux inhabituels pour, en plus, y observer les étoiles. Ce projet est donc en cohérence de phase par rapport aux trois missions de l’Observatoire de Paris : Recherche, enseignement et diffusion des connaissances. Il n’est évidemment pas question de construire un téléphérique et de réaliser un projet comme OSV2930 sur chacun des sommets du Queyras. Il existe déjà un tel site dans le PNP, un autre est prévu dans le PNRQ.

OSV2930 est parfaitement compatible avec la recherche scientifique puisque le projet a été construit en partenariat avec l’Observatoire de Paris. Depuis plus de vingt ans, les touristes et les astronomes, professionnels ou amateurs, se côtoient sans le moindre problème au Pic du Midi. Tous les grands observatoires du monde (Chili…) possèdent des chambres pour les chercheurs ainsi que des espaces de restauration (comment faire autrement en plein milieu du désert d’Atacama ?) qui, bien implantés, ne présentent pas la moindre gène pour les observations.

Enfin, s’il est absolument vrai qu’initialement le projet aurait pu permettre l’extension du domaine skiable, cette option a très rapidement été abandonnée vue l’évolution du tourisme de montagne. De plus le respect de la charte du PNRQ était incompatible avec un tel projet.

Le respect de l’environnement est évidemment une préoccupation importante. Afin de gagner du temps et d’avoir une vision globale sur la faune et la flore endémiques, une étude préliminaire a été engagée dans le cadre de l’étude de faisabilité. Elle sera évidemment complétée par une étude d’impact plus conséquente ! Mais il est vrai que les évidences doivent parfois être dites… Aucun risque sur l’environnement n’a pour l’instant été pointé.

L’ensemble des interlocuteurs rencontrés était semble-t-il soit sceptiques, soit opposants. Il eut été intéressant d’entendre des personnes favorables au projet car, rappelons-le, seulement une vingtaine d’habitants de Saint-Véran a signé la pétition contre ce projet… Rappelons encore que l’étude de faisabilité a démarré en août 2018. Une première réunion avec le PNRQ et les services de l’état a eu lieu en décembre. Une version préliminaire de cette étude a été transmise au Sous-Préfet des Hautes-Alpes à Briançon en janvier 2019. La version définitive de l’étude a été rendue publique en avril de cette même année. Une réunion publique a été organisée en mai 2019. Il n’était donc pas possible de faire plus vite, le débat ne pouvant commencer qu’à la condition que l’étude soit finalisée.

L’objet d’une étude de faisabilité est de proposer un scénario de réalisation plausible d’un projet. Une telle étude s’attache à vérifier que le projet est techniquement faisable et économiquement viable. Il est toujours possible de décider de réaliser le projet ou de le rejeter. Il est aussi possible de procéder à des démarches additionnelles ou de proposer des modifications au dit projet. Rien n’est donc définitif, comme l’a rappelé D. Guignard à de nombreuses reprises.

Nous sommes maintenant entrés dans une période d’échange depuis le mois de décembre dernier. Cette période doit être mise à profit afin que tous les acteurs du Queyras (habitants, élus, astronomes, touristes…) trouvent un intérêt dans ce projet. Mais il est bien entendu que les intérêts économiques ne doivent pas entrer en collision avec les aspects environnementaux qui sont la richesse et l’une des spécificités de ce merveilleux territoire du Queyras. OSV2930 est un projet de tourisme raisonnable et raisonné, bien loin des projets de tourisme de masse qui existent encore à notre époque de transition écologique et de grandes mutations sociétales. Puissent ces quelques commentaires faire comprendre les enjeux de ce projet.

F. Taris, Observatoire de Paris, responsable du projet de construction d’un télescope robotique à l’observatoire de Saint-Véran
D. Guignard, maire de Saint-Véran
P. Signoret, NGE, responsable de l’étude de faisabilité



Lire aussi : À Saint-Véran, plus haut village d’Europe, un téléphérique géant pourrait balafrer la montagne

Source : Courriel à Reporterre

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