Une manifestation pour retrouver l’air pur en montagne

Durée de lecture : 3 minutes

20 novembre 2012 / Laurent Blondaz (Reporterre)



C’était samedi 17 novembre la manifestation la plus haute de France, près du tunnel du Mont-Blanc, pour protester contre la pollution atmosphérique. Celle-ci est très importante entre Chamonix et Genève.


Samedi 17 novembre, journée de mobilisation écologiste. Entre Passy et Servoz (Haute-Savoie), 500 manifestants ont occupé durant trois heures l’axe montant de l’autoroute qui mène au tunnel du Mont-Blanc, avançant sur l’impressionnant Viaduc des Égratz, ouvrage de 68 mètres de haut et d’une longueur totale de 2,7 kilomètres.

La « marche des respects », c’est ainsi qu’a été dénommée cette manifestation, était organisée par l’Association du Respect du Site du Mont-Blanc (ARSMB), association qui s’est illustrée tout particulièrement au moment de la réouverture du tunnel du Mont-Blanc aux camions.

Créée au début des années 1990 pour contrer en particulier un projet de doublement du tunnel, l’association milite aujourd’hui pour que l’air de cette vallée emblématique devienne respirable !

Car ce n’est malheureusement pas le cas : la vallée de l’Arve, de Chamonix à Genève est contrairement à ce que l’on pourrait croire l’un des territoires les plus pollués de France. Selon la règlementation européenne sur la qualité de l’air, le seuil sur les PM10 [particules mesurant moins de dix microns] de 50 microgrammes par mètre cube ne doit pas être dépassé plus de 35 jours dans l’année.

Il l’est, dans cette vallée, pour 70 jours ou plus chaque année. Chiffre impressionnant : la mortalité due à la pollution de l’air est estimée à 42 000 cas de décès en France, selon le ministère de l’Ecologie.

En hiver, il suffit d’une semaine de beau temps pour que l’air se détériore jusqu’à atteindre les seuils d’alerte. L’effet du relief et du phénomène d’inversion des températures concentre la pollution.

Depuis une cinquantaine d’années, cette vallée encaissée n’a cessé d’être urbanisée. Elle recueille l’autoroute du Tunnel du Mont-Blanc, qui amène le trafic de transport international routier à plus de 1200m d’altitude, avec tout le surplus de dégagements polluants que cela implique.

L’accès aux stations de ski, malgré l’existence d’une ligne ferroviaire, n’a été conçu que dans une logique d’utilisation de l’automobile.

En outre, cette vallée ne possède pas moins de deux incinérateurs d’ordures ménagères et bien sûr aussi, les cheminées des habitations, pour une population, si l’on considère le seul Pays du Mont-Blanc, qui passe de 60 000 habitants permanents à 230 000 résidents en période de vacances.

Au début de l’année 2012, sous la pression de l’ARSMB et d’autres associations citoyennes, un Plan de Prévention de l’Air (PPA) a été mis en place pour inverser la situation. Aujourd’hui, les arrêtés préfectoraux pris récemment veillent bien à ne surtout pas gêner les pollueurs.

Par exemple, les camions Euro 2 (ndlr : norme allant de 1 à 5, du plus au moins polluant) seront interdits dans le tunnel, mais ceux-ci ne représentent que 1,7% des poids lourds franchissant actuellement le Mont-Blanc.

Ce samedi était l’occasion de marcher au pied du Mont-Blanc pour tous les Respects, Respect de l’Air, de l’Eau, de la santé humaine, des Espaces, des Sites, du Silence, et des Engagements.

Lors des prises de parole, on parla des problèmes de pollution, mais aussi des gaz de schiste, de l’absurdité du projet de TGV Lyon-Turin à « 30 milliards d’euros », de la ligne de ferroutage du Mont-Cenis, récemment rénovée et pourtant ignorée dans sa capacité à absorber une grande partie du fret de marchandises France-Italie.

On parla aussi de Notre-Dame-Des-Landes, et beaucoup de démocratie locale, dans ce coin de Savoie, où le citoyen local a bien du mal à se faire entendre, tant ce territoire représente un terrain de jeu privilégié pour les affaires de l’oligarchie nationale.






Source et photos : Laurent Blondaz pour Reporterre

Laurent Blondaz est militant à l’Association du Respect du Site du Mont-Blanc (ARSMB), membre d’EELV et du Mouvement Région Savoie.

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