Une question de culture

Durée de lecture : 2 minutes

14 mai 2012 / Hervé Kempf


J’interroge une collègue algérienne, Fatiha Chara : « Quels sont les principaux problèmes de l’environnement en Algérie ? » Je m’attends à ce qu’elle me parle d’eau, de changement climatique, de désertification. Mais non. « Tous les problèmes commencent par l’éducation, dit-elle. Il y a un manque terrible d’éducation environnementale. On avait une très bonne culture, adaptée aux conditions de notre environnement, elle est devenue une culture de consommation, et l’on tombe maintenant dans les erreurs que les autres cherchent à résoudre. »

Je crois que Fatiha a raison, et pas seulement pour l’Algérie : le problème écologique le plus crucial dans le monde est celui de la culture. Pas la culture de la Joconde, d’Ibn Khaldoun ou de Mozart. Non, la culture quotidienne de la consommation, des comportements, des désirs. Par exemple, le niveau de vie des 36 millions d’Algériens s’est élevé depuis plusieurs décennies et, par la télévision et les contacts avec l’Europe, le mode de vie d’outre Méditerranée est devenu le modèle de référence, même s’il est loin de se réaliser pour tous.

On peut généraliser l’observation : si à l’échelle mondiale, les pauvres restent majoritaires, une « classe moyenne mondiale » s’est développée. Selon une étude menée en 2010 par Homi Karas pour l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), les pays du sud comptent déjà 850 millions de membres des classes moyennes, c’est-à-dire disposant d’un revenu allant de 10 à 100 dollars par jour et par tête en parité de pouvoir d’achat (un indice tenant compte de la variation des échelles de prix selon les pays).

Autant de personnes qui visent le mode de vie érigé en référence de la modernité depuis l’avènement de la « société de consommation » - voitures automobiles, consommation quotidienne de viande, possession de multiples gadgets électroniques, etc. - et qui se traduit par un gaspillage élevé de matières, et un impact sur la biosphère de plus en plus destructeur. La rivalité ostentatoire – qui pousse chacun à vouloir imiter le mode de consommation des plus prestigieux – s’exerce maintenant à l’échelle mondiale.

Peut-on changer la culture, afin de réduire l’impact écologique ? Pas simplement. Mais le mode de consommation projeté par les Occidentaux doit être mis en cause. Et la télévision et la publicité, qui alimentent la frustration et le désir planétaires, doivent devenir des enjeux de la lutte pour l’écologie.




Source : Cet article a été publié dans Le Monde daté du 13 mai 2012.

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