Une « usine à bébés » va voir le jour en Inde

Durée de lecture : 3 minutes

16 octobre 2013 / Sud-Ouest.fr

28 000 dollars le bébé : le marché de la gestation pour autrui s’installe en Inde.


Autorisée depuis 2002 en Inde, la gestation pour autrui est devenue une gigantesque industrie et attire de plus en plus de convoitises.

La gestation pour autrui et le recours aux mères porteuses sont encore beaucoup discutés en France, mais certains pays du monde sont déjà passés à la vitesse supérieure. En Inde, une immense clinique est en train de sortir de terre à Anand, dans la province du Gurajat, sous l’impulsion de Nayna Patel, une femme médecin, spécialiste de la fécondation in vitro, formée à Singapour, en Angleterre et en Corée du Sud. L’établissement abritera des centaines de mères porteuses qui aideront des couples occidentaux infertiles à concevoir un enfant.

Selon BBC news, le marché indien de la gestation pour autrui est estimé à plus d’un milliard de dollars par an, dans un pays où un tiers de la population vit avec moins de 0,6 dollar par jour. Pour porter un enfant, une femme pourra espérer toucher jusqu’à 8 000 dollars.

Interrogée par la BBC, Ashok, le mari de l’une de ces mères porteuses, se réjouit de pouvoir acheter une maison avec l’argent gagné : « Mes parents seront heureux que leur fils et sa femme aient réussi à construire une maison. Notre statut social va s’améliorer, ce sera une bonne chose ».

Le médecin reçoit énormément de demandes, et a établi des critères de sélection stricts. « Les femmes doivent avoir moins de 45 ans, être en bonne santé et avoir déjà eu au moins un enfant, pour éviter qu’elles ne s’attachent au bébé » explique-t-elle dans un reportage de la National Geographic Channel.

Nayna Patel demande tout de même 28 000 dollars aux parents souhaitant concevoir un enfant, une marge plus que confortable mais toujours inférieure aux tarifs pratiqués aux Etats-Unis.

Contre les critiques qui l’accusent d’exploiter la pauvreté et le corps de ces femmes, le médecin se défend : « Ces femmes réalisent un travail physique et elles sont rémunérées pour cela. Elles savent qu’on n’obtient rien sans peine. Font-elles quelque chose de mal ? Ont-elles tué quelqu’un ? (...) Commettent-elles un acte immoral ? Non. Que font-elles ? Elles font une bonne action en offrant un bébé à quelqu’un. »

Depuis le début du projet, Nayna Patel aurait déjà accompagné la naissance de plus de 500 bébés. Les couples viennent de partout : Angleterre, Allemagne, Canada, et beaucoup des Etats-Unis, occultant les dérives du système par le bonheur d’être enfin parents.

« Vous ne savez pas ce que c’est de ne pas pouvoir avoir d’enfant. Vous ne savez pas ce que c’est de ne pas pouvoir... s’occuper d’une famille. Ensemble (avec la mère porteuse), nous nous sommes offert l’opportunité de commencer une vie que nous n’arrivions pas à construire seule », expliquait il y a quelques années l’une de ces mères américaines dans le célèbre programme d’Oprah Winfrey.

Mais voir de riches étrangers payer des Indiennes pauvres pour avoir un enfant soulève des questions éthiques chez beaucoup d’Indiens. Interrogée par l’Express, l’association pour le droit des femmes All India Democratic Women’s s’inquiète de « la pratique même de la gestation pour autrui dans un pays où les femmes n’ont pas de ressources financières ».

Après l’interdiction du recours aux mères porteuses pour les célibataires et couples gays en début d’année, le gouvernement indien pourrait de nouveau opérer des régulations dans les mois à venir.



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Source : Sud-Ouest.fr

Photo : BBC

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