Yves Paccalet quitte Europe-Écologie-les Verts

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25 octobre 2013 / Yves Paccalet

« Lettre ouverte à mes amis écologistes (ou non), dans laquelle j’explique pourquoi, écologiste de plume et de terrain depuis quarante ans, et plus convaincu que jamais de l’urgence du combat pour la Terre et les hommes, je quitte Europe-Écologie-les-Verts (EELV) ».


Un ami me le disait dans un soupir : « EELV démontre qu’il est un véritable parti écologiste : il est train de se biodégrader. »

Je quitte aujourd’hui ce parti avec lequel j’ai eu plaisir à travailler, avec lequel j’ai fait avancer certains dossiers, mais dont j’ai cessé de comprendre la stratégie et la tactique.

Europe-Écologie-les-Verts se transforme en un groupuscule dévolu aux intérêts d’un clan.

Un petit groupe de dirigeants, méchamment surnommé « la Firme » par Noël Mamère et quelques autres, a mis la main sur l’ancien parti Vert. Cécile Duflot, Jean-Vincent Placé et leur cénacle utilisent EELV comme un outil pour leur carrière.

J’avais adhéré à Europe-Écologie en 2010, dans la dynamique du remue-ménage et du remue-méninges lancée par Daniel Cohn-Bendit. J’espérais une ruche bourdonnante. L’essaim s’est rétracté. Le parti s’est changé en une structure bardée de règlements intérieurs et ponctuée de « motions » langue de bois. Hostile, même, aux « coopérateurs », ces marginaux que Dany avait inventés…

Europe-Écologie-les-Verts voudrait « faire de la politique autrement », mais se borne à donner des coups de menton à propos de symboles.

Europe-Écologie-les-Verts noue des alliances politiques, notamment avec le PS. Cela lui vaut des élus (j’en suis), des ministres ou des vice-présidents régionaux. Dans l’autre plateau de la balance, le parti écologiste émet des revendications sur lesquelles il se dit intransigeant, et qu’il illustre par des symboles. Le symbole est utile – sauf quand il occupe tout l’espace. Fessenheim, le diesel ou Notre-Dame des Landes remplacent désormais les débats sur le nucléaire, l’automobile ou l’artificialisation des terres. EELV menace le gouvernement d’un clash tous les quinze jours à propos de l’un de ces « marqueurs ». Avant de rentrer dans le rang…

Cette pseudo-intransigeance pousse les militants à des conduites peu scientifiques. EELV ne regarde plus les OGM en cherchant à trier les mauvais des bons (notamment dans le domaine médical) : ce seul sigle déchaîne son hystérie. Idem pour les nanotechnologies, dont beaucoup seraient profitables à l’humanité, pourvu que nous respections le principe de précaution et l’avis de commissions scientifiques indépendantes. Je n’aime pas que les écologistes troquent la raison contre le slogan teinté d’obscurantisme. L’écologie est d’abord une science.

EELV hésite entre l’action au gouvernement et la protestation au dehors, alors que la solidarité à gauche s’impose face au Front national.

Il va falloir choisir… La menace Le Pen a changé la donne. Le Front national à 25 % d’intentions de vote, ce n’est plus un jeu de rôles.

Les responsables d’EELV avaient négocié un accord de gouvernement avec le Parti socialiste. Mais les dirigeants verts se trouvent aujourd’hui soumis à la pression de leur base, qui désire majoritairement déglinguer François Hollande. Je vois triompher, dans les rangs écologistes, les mots d’ordre gauchistes et anti-européens (oui, à Europe-Écologie !), dans la veine des délires de Jean-Luc Mélenchon. Je n’imagine pas un instant m’allier avec ce démagogue qui fait de l’Élysée « le principal pourvoyeur de voix du Front national », et qui joue la politique du pire en refusant de voter UMP quand il existe une menace FN au second tour…

Après les présidentielles de 2012, j’étais contre l’entrée d’EELV au gouvernement. J’étais minoritaire. Aujourd’hui, je prétends que, pour combattre le FN, la solidarité à gauche est vitale, que les Verts doivent rester au gouvernement. Une fois de plus, je suis en minorité sur un sujet décisif.

J’ajoute que, si ma philosophie écologiste est intransigeante, ma philosophie économique est social-démocrate. Depuis Mai 68 et mes expériences maoïstes ou trotskistes, j’ai cessé de croire au dirigisme, aux nationalisations et à la Révolution prolétarienne.

Je déplore qu’Europe-Écologie-les-Verts se réclame de l’écologie, mais n’en parle quasiment jamais.

Dernier épisode en date : l’autre jour, le GIEC rend son rapport sur le réchauffement climatique. Un désastre pour la biosphère et l’espèce humaine. Les dirigeants d’EELV regardent ailleurs.

Le sénateur Jean-Vincent Placé divague devant les caméras sur la question du diesel en laissant entendre que le supercarburant est propre ! Puis il assène qu’il ne votera pas le budget de la Nation parce que celui du ministère de l’Écologie est mauvais.

Dans le même temps, la ministre Cécile Duflot attaque Manuel Valls sur la question des Roms. Non qu’elle ait tort sur le fond : mais, une fois de plus, les Verts marchent à côté des chemins sur lesquels on leur reconnaît une compétence et sur lesquels on voudrait qu’ils bataillent.

J’ai pris la plume ou la parole à maintes reprises sur ce chapitre. Durant la campagne d’Eva Joly à la présidentielle, je n’ai cessé d’alerter les écolos pour leur dire que notre championne parlait justice et paradis fiscaux, ce qui est utile, mais presque jamais de ce qui constitue le cœur de notre message. Quelques phrases incantatoires sur les symboles (OGM, Fessenheim, diesel, Notre-Dame des Landes…) ; et l’essentiel, à la trappe !

Oubliés, les polluants de l’air, de l’eau et de la terre ; les gaz à effet de serre ; le mitage de la couche d’ozone ; la crise de l’eau ; les famines et les maladies émergentes ; la destruction des forêts ; le pillage des océans ; et tant d’autres catastrophes en cours ! Disparus, la biodiversité, le loup, l’ours ou la baleine ! Je n’ai pas souvenir d’avoir entendu Cécile Duflot ou Jean-Vincent Placé prononcer les mots de « parc naturel » ou d’« espèce en danger ».

Lorsque la question de la Vanoise s’est posée (elle se pose encore), j’ai lancé ma pétition. Je n’ai pas reçu le moindre e-mail, ni le moindre coup de fil de soutien de la part du « national ». Les écolos dans mon genre, forts de leur expérience autour du monde et de leurs quarante années de combats, n’intéressent pas les chefs et cheftaines d’EELV.

Conclusion

Je reprends ma liberté, que je n’avais pas perdue, mais parfois bridée. Je travaillerai, chaque fois que je le pourrai, avec les nombreux amis que je compte et que j’entends bien garder dans les rangs d’EELV.

Je continue la bagarre quotidienne – y compris politique – face au péril environnemental et au danger fasciste. J’ai prétendu, pendant des décennies, que l’écologie devait aller polluer tous les partis. J’en reviens à ce slogan, plutôt que d’incarner ce que je suis devenu : un Vert mal dans sa peau, malheureux de constater que ses priorités ne sont pas partagées par ceux qui parlent et décident en son nom.



Source : Blog d’Yves Paccalet

Photo : EELV

Lire aussi : L’écologie politique sans Europe Ecologie Les Verts, une utopie concrète ?

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