2009, le vrai début du XXI siècle

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9 avril 2009 / Jean Vogel

Crise financière, crise économique, crise idéologique, mais,et surtout, crise sociétale, l’année 2009 marque non seulement une rupture, mais plus encore, le véritable début du XXIe siècle.

Contrairement aux apparences, les changements qui s’amorcent ne seront pas seulement liés à l’ampleur de cette crise, dans son évolution, et son intensité, mais à une véritable révolution dont nous prenons à peine conscience.

Nous sommes dans un monde que l’on pourrait qualifier de « fini », où tout est inter-dépendant : presque tout sur la planète est exploré, connu, répertorié et évalué. Nous n’en n’avons pas de rechange ni les moyens d’en partir.

Ainsi, progressivement, nous prenons conscience que les énergies fossiles sont appelées à disparaître, peut-être sur une durée de vie d’homme ; que si nos besoins continuent de croître à la dimension de certaine mégalopoles, il faudra plusieurs planètes « Terre » pour satisfaire les besoins engendrés ; que l’eau est une ressource épuisable. Enfin, chaque maire sait qu’une fois son territoire avalé par l’urbanisme, les espaces naturels auront disparus. Même le milliardaire réfugié sur un atoll paradisiaque sait que le réchauffement climatique aura raison de son rêve.

Les dégâts occasionnés par l’homme sont désormais visibles partout avec la pollution et la montée des niveaux des mers, la fonte des glaciers et l’avancée des déserts.

Le mythe de l’argent facile, dont les tristes conséquences se développent comme un cauchemar, s’effondre, engloutissant le monde virtuel qui semblait destiné à devenir réalité.

Devant ce mur sinistre qui semble s’élever inexorablement, pierre après pierre, la petite flamme « Espérance » serait-elle entrain de s’éteindre ?

Je ne le pense pas, bien au contraire, car l’avenir n’a jamais été aussi porteur de perspectives nouvelles avec comme socle pour l’humanité tout entière une prise de conscience de tout ce qui nous a conduit aux problèmes actuels : raréfaction des ressources, excès de consommation, limites et insuffisances des idéologies en place, déséquilibres climatiques, politiques égoïstes et à courte vue..

Nous avons, par le truchement de nos dirigeants, une chance unique de construire un nouveau et véritable projet pour une société plus juste, plus fraternelle ; un projet capable de motiver, de fédérer les énergies, de redonner espoir et confiance à une jeunesse confrontée à des défis passionnants même si la transition, et l’Histoire nous l’enseigne, sera difficile.

Car, n’en doutons pas, un monde se meurt et tout ce qui nous est familier sera disposé autrement, voire rayé, sur l’échiquier qui prend forme progressivement. Toutes les structures en place seront appelées à évoluer et seuls les responsables en place qui sauront appréhender à temps les nouvelles donnes assureront leur développement et leur réussite.

Même l’industrie automobile, aujourd’hui en première ligne des reconversions indispensables, aura son rôle à jouer, comme d’ailleurs tous les responsables de la circulation et des transports, dans la recherche de nouvelles solutions en matière de déplacements urbains, de transports en commun, d’énergie. L’agriculture, dont on n’estime pas toujours le rôle éminent à sa juste valeur, va connaître une révolution passionnante dans sa mission de suffisance alimentaire sur une planète dont la démographie reste en expansion, dans l’exigence d’une diminution drastique des pesticides et son pourvoi en matières premières pour l’industrie. L’on peut en dire tout autant de l’industrie chimique que la nocivité d’un nombre croissant de molécules conduira inéluctablement vers une chimie verte ; de l’industrie du bâtiment qui devra conjuguer qualité du bâti, matériaux sains, économies d’énergie, espaces limités et maîtrise des coûts.

La gestion optimalisée des déchets, les services inhérents aux aides à la personne dans le cadre de nouvelles solidarités, les micro-entreprises... autant de domaines créateurs d’emplois et de solidarités à développer.

Celui des économies d’énergies et des énergies nouvelles s’avère comme un des secteurs économiques les plus porteurs pour les trente années à venir. A court terme, il constitue le plus fort gisement d’emplois. Concrètement, en deux ans, l’intégralité du parc immobilier français devrait faire l’objet d’un recensement et d’un diagnostic énergétique. Les premiers tests effectués font état d’économies potentielles induisant des retours sur investissement souvent inférieurs à cinq ans.

Ceux qui ne prendront pas la juste mesure des défis lancés risquent d’exploser en plein vol.

Alors, que faire, comment prendre le tournant qui s’amorce ?

. Plus que jamais notre vigilance citoyenne devra se manifester pour qu’une orchestration souple, réactive et pragmatique se mette en place sans prééminence de la lourde machine administrative jacobine trop imbue de son centralisme et de son savoir ;

.Une coopération européenne exemplaire faisant fi de nationalismes dépassés et d’égoïsmes à courte vue ;

. Une économie de marché plus encadrée et moins spéculative, soucieuse de transversalité et de plus de justice ;

. Le souci de la dignité humaine par la place qui revient à la formation porteuse d’espoirs pour les jeunes et ceux contraints aux reconversions, à l’économie sociale et solidaire notamment dans le domaine agricole.

. Une meilleure répartition des richesses privilégiant le travail à la finance.

Nous entrons dans une période aux perspectives fantastiques qui va révolutionner notre vision du monde, période basée sur l’imagination, l’innovation, les échanges, la volonté, l’audace et le courage. Les jeunes, en premier lieu, devraient y trouver un souffle, une espérance nouveaux.

Ces souhaits, que je qualifierai même d’impératifs, ne se limitent pas uniquement à notre pays mais devraient s’imposer sur tous les continents car, et l’actualité nous en rend conscients chaque jour, les principales causes produisent les mêmes effets dans le monde entier.



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Jean Vogel est maire de Saales, dans le Bas-Rhin.

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