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ReportagePolitique

« Victimes d’un arbitrage politique », ces associations essentielles à la transition écologique pourraient disparaître

Mobilisation le 16 juin 2026 à Bordeaux contre le démantèlement des CAUE.

Avec 60 % d’effectifs en moins en un an, le CAUE de la Gironde se mobilise pour lutter contre son démantèlement. Un exemple révélateur du destin réservé à ces structures dédiées à la transition écologique locale.

Bordeaux (Gironde), reportage

Ce 16 juin au matin, le bâtiment du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) de la Gironde, à Bordeaux, est une vraie fourmilière. Au sein des murs végétalisés de ce bâtiment d’architecte se sont regroupés une quarantaine de salariés venus de l’Aude, de l’Aveyron, de la Haute-Vienne... Au total, douze structures extérieures au département sont représentées pour cette journée de mobilisation.

Car l’heure est grave : après une première vague de six licenciements en 2025, le CAUE de la Gironde — le plus important en France avant 2025 — s’apprête à devoir se séparer de dix salariés supplémentaires cette année. La mission de la structure est notamment de conseiller gratuitement les collectivités et les particuliers pour les aider à intégrer les questions environnementales dans leurs projets de construction.

Rassemblement devant la préfecture de Gironde contre le démantèlement des CAUE. © Alban Dejong / Reporterre

Si la situation girondine est alarmante, l’enjeu est national : les CAUE sont en cours de démantèlement. Celui de la Manche a déjà fermé, et celui de l’Eure suit le même chemin. Entre 2023 et 2026, les 92 structures départementales du pays ont vu leur nombre de salariés passer de 1 200 à 900. La faute, notamment, à un problème de collecte de la taxe d’aménagement, qui représente leur principale source de financement. La réforme du prélèvement de cette taxe, déjà décryptée par Reporterre, provoque un manque à gagner de l’ordre de 40 millions d’euros pour les CAUE en 2026. « Le budget des CAUE en France, en moyenne, c’est 110 millions d’euros », alerte Étienne Lesage, architecte au CAUE de la Gironde et syndiqué CGT.

François Junjaud, urbaniste, et Stanilas Robert, syndicaliste, membres du CAUE de la Gironde. © Alban Dejong / Reporterre

Un service public en moins pour les communes rurales

Pour ce qui concerne la Gironde, les dix licenciements prévus sont liés au vote du budget du département. Ce dernier s’attendait à collecter 10,5 millions d’euros de taxe d’aménagement, mais la chambre régionale des comptes lui suggère de revoir ce montant à la baisse, autour de 6 millions d’euros. Une fois validée d’ici la fin juin, cette somme devra être ventilée entre le CAUE et les « espaces naturels sensibles » du département. Dans le meilleur des cas, l’association s’attend à devoir composer avec 1,3 million d’euros de budget, alors que son besoin est d’1,8 million d’euros.

« On défend nos emplois mais surtout nos missions de service public, défend Stanislas Robert, architecte-conseiller et syndiqué CGT du CAUE de la Gironde. Notre affaiblissement aura des conséquences pour les communes rurales. »

Dans le sud du département, Stanislas Robert a notamment accompagné le projet de la commune de Pujols-sur-Ciron : un réaménagement du centre-bourg avec la construction d’une halle de marché. Le maire de cette commune de près de 1 000 habitants, Dominique Clavier, est venu soutenir la mobilisation. « Les élus ont des idées, mais n’ont pas l’expertise, on a besoin de ce service », appuie l’élu. À ses côtés sur le parvis du bâtiment, Robert Roncoli, maire de Fargues, 1 650 habitants, embraye : « Et en plus c’est gratuit ! On n’aura pas les moyens de payer des bureaux d’étude à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Pourtant, ça reste une obligation légale. »

Ces deux maires, Robert Roncoli et Dominique Clavier, se sont déplacés pour soutenir la mobilisation. © Alban Dejong / Reporterre

« Victime d’un arbitrage politique »

D’après le rapport d’activité 2025 de l’association, détaillé durant l’assemblée générale tenue ce même jour, le CAUE 33 a accompagné 231 dossiers auprès des collectivités en 2025 contre 300 en 2024. De même, la structure a réduit son nombre de permanences auprès des particuliers de 61 à 39, du fait des licenciements.

Sur le temps du midi, la mobilisation se poursuit devant le siège de la préfecture girondine. Une délégation CGT devait y rencontrer la préfète et la Direction régionale des Affaires culturelles de Nouvelle-Aquitaine à 14 heures, avec l’espoir de trouver une solution. « Il y a des marges de manœuvre, avance Stanislas Robert. On pourrait avoir une avance sur la taxe d’aménagement 2027, un fonds d’urgence, ou utiliser les fonds propres de la préfecture, sachant que la collecte de la taxe d’aménagement devrait s’améliorer pour 2027 d’après la DGFIP. »

La paysagiste Émilie Partaud, du CAUE de la Charente, espère que cette mobilisation entraînera une réforme nationale «  d’un financement qui ne fonctionne plus  ». © Alban Dejong / Reporterre

Au cœur de la foule, Émilie Partaud, paysagiste du CAUE de la Charente, et cinq de ses collègues sont venus soutenir leurs confrères et consœurs de Gironde : « De notre côté, notre département nous soutient malgré la baisse de la taxe d’aménagement : ils ont acté que le budget 2026 serait maintenu, mais la situation est fragile. » La paysagiste espère que cette mobilisation entraînera une réforme nationale « d’un financement qui ne fonctionne plus ».

« Comment on va tourner avec dix salariés ? »

« On a la sensation d’être victime d’un arbitrage politique alors qu’on représente 0,1 % du budget du département », témoigne de son côté François Junjaud, juriste du CAUE 33, t-shirt de la structure enfilé par-dessus son polo rouge. « Comment on va tourner avec dix salariés ? Surtout dans un département où la dynamique territoriale est forte », se questionne Élodie Vouillon, directrice du CAUE 33, en lisière du regroupement.

En poste depuis quinze ans, elle s’avoue pessimiste : « Un fonds d’urgence avait été discuté dans le projet de lois de finance 2026 avant le 49.3, maintenant c’est trop tard. À moins que la préfète change la situation. » Si les licenciements sont maintenus, une nouvelle mobilisation est prévue le 29 juin par les salariés du CAUE de la Gironde.

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