A Bristol, la monnaie locale se porte à merveille et en anglais

Durée de lecture : 4 minutes

4 juin 2013 / lagazette.fr

Guy Poultney est conseiller municipal à Bristol. En septembre 2012, cette ville du Royaume-Uni (430 000 habitants) a lancé sa propre monnaie : le Bristol Pound.


Comment, pourquoi créer une monnaie locale ? – Interview de Guy Poultney qui a lancé le Bristol Pound

Pourquoi la ville de Bristol a-t-elle lancé sa propre monnaie, le Bristol pound ?

A l’origine, le Bristol pound est un projet indépendant. La mairie a décidé de se joindre à cette initiative et de la soutenir. Dans un contexte économique difficile, un tel projet est quelque chose que les gens peuvent s’approprier ici et maintenant et voir concrètement l’impact de leur argent.

En plus, cela renforce les liens sociaux. Autres avantages pour la ville : les habitants sont incités à acheter local, ce qui permet de réduire l’empreinte écologique de Bristol. Cela encourage également la diversification de l’économie locale pour aider à la création d’emplois, en plus de qualité. Enfin, le Bristol pound contribue à la résilience économique locale et crée de la croissance économique grâce à la circulation plus rapide de la monnaie locale.

Est-ce que les habitants de Bristol ont été impliqués ?

Oui, des centaines d’habitants se sont inscrits pour soumettre leurs idées de dessins destinés à être imprimés sur les billets et des centaines d’autres ont participé, à travers la ville, à des rencontres pour tester la faisabilité du projet. Des douzaines d’entreprises ont également été consultées et ont contribué à structurer le projet.

Comment ont été choisis les dessins qui figurent sur les billets ?

Des panels de personnes, représentatives des différentes communautés (ethniques, artistiques, écologiques, activistes et culturelles) de la ville, ont choisi les symboles des billets de 1, 5, 10 et 20 Bristol pound (1 Bristol pound équivaut à 1 livre sterling). Sur le billet de £B5, on voit un tigre en train d’écrire ce tag sur un mur : « Oh Liberté » !

Quels sont les premiers résultats ?

Au bout d’un mois d’activité, l’équivalent de 50 000 livres sterling est en circulation, sous forme de billets, et l’équivalent de 25 000 livres sterling sont en dépôt virtuellement. Nous avons atteint des millions de personnes. Il est important de souligner qu’il devrait y avoir une accélération de la consommation puisque cet argent est fait pour être être dépensé et non économisé, stimulant ainsi le secteur indépendant.

Où les habitants peuvent-ils échanger leur argent ?

Pour l’instant, il y a sept espaces d’échange répartis dans la ville. Les gens peuvent aussi simplement recevoir des Bristol pounds lorsqu’on leur rend la monnaie. Nous avons également commencé à faire la promotion du Bristol pound sur les salaires. À noter que vous pouvez payer un autre membre du réseau en ligne ou via un simple texto.

Où peut-on utiliser le Bristol pound ?

À travers toute la ville et ses environs. Nous encourageons aussi les fermiers à rejoindre le réseau via Farm-Link, une initiative qui soutient le développement de l’agriculture locale et la construction de bâtiments respectueux de l’environnement. Le réseau du Bristol pound est très large afin d’inclure toute entreprise indépendante locale. Nous nous réservons cependant le droit de refuser un membre si nous estimons que son activité sape la réputation et le fonctionnement du projet.

Quel est le montant du budget alloué par la municipalité ?

Le conseil municipal de Bristol a versé 5 000 livres sterling pour les recherches initiales et le travail de faisabilité. Nous apportons aussi un soutien en nature dans le sens où nous prêtons gracieusement des bureaux à l’équipe du Bristol pound, situés dans le centre ville, sans oublier le temps de travail d’un agent de la ville.

Est-ce légal de créer une monnaie locale en Angleterre ?

Tout à fait légal et nous avons communiqué très ouvertement avec les autorités nationales comme la Banque d’Angleterre.

Combien de municipalités ont lancé leurs propres monnaies en Angleterre ?

D’après nos connaissances, cinq villes, pour l’instant, l’expérimentent : Bristol, Brixton, Lewes, Totnes et Stroud. Il y a beaucoup de projets plus petits basés sur le troc de biens et de savoirs ou les crédits de temps : les Local exchange trading system, les Lets (connus en France sous le nom de Systèmes d’échanges locaux, les Sel).

Existe-t-il un réseau des villes « monnaies locales » ?

Chaque initiative de monnaie locale est indépendante, mais nous réfléchissons à mettre en place des services intégrés. En attendant, nous partageons les open source software.

Quelle perception ont les Anglais de l’argent et des banques ?

Certains sont très en colère après les banquiers. Ils leur reprochent d’avoir contribué à la perturbation économique afin de se faire rapidement de l’argent pour eux-mêmes. Cela leur semble très injuste, mais ils se sentent impuissants pour changer des personnes si influentes.

Bristol est une « ville en transition ». Qu’est-ce que cela signifie ?

C’est une transition vers une économie de résilience dans laquelle les communautés peuvent répondre positivement à un contexte économique difficile, à un pic du pétrole et au dérèglement climatique. Afin d’y parvenir, nous avons besoin d’être davantage connectés et habilités à créer une économie plus juste et moins dépendante des énergies fossiles.



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Source : La Gazette.fr

Photo :
- chapô : Blog BigdaddystevieB

- Guy Poultney : Bristol 24

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