À Carcassonne, « le choc » après la déferlante RN et climatosceptique
Alix Soler-Alcaraz regardant les résultats des municipales et les scores du Rassemblement national, le 15 mars 2026. - © David Richard / Reporterre
Alix Soler-Alcaraz regardant les résultats des municipales et les scores du Rassemblement national, le 15 mars 2026. - © David Richard / Reporterre
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Municipales — À Carcassonne, le candidat climatosceptique d’extrême droite est arrivé en tête du premier tour des élections. Pour l’union de la gauche, si « l’heure est grave », les candidats l’assurent : « Carcassonne ne sera pas une prise de guerre » du RN.
Carcassonne (Aude), reportage
Sous le regard figé de Jaurès, les mines paraissent déconfites. Dans ce bureau saumon un poil suranné, Alix Soler-Alcaraz et ses proches scrutent les résultats de leur liste, Carcassonne unie — qui réunit entre autres le Parti socialiste, le Parti communiste et Les Écologistes [1]. Avec une question, sur toutes les lèvres : « Pourquoi le Rassemblement national est-il si haut ? »
Car les résultats qui remontent des bureaux de vote esquissent une vague brune : 34,52 % pour le candidat d’extrême droite, Christophe Barthès. La liste de gauche arrive troisième, avec 23,27 % des suffrages. Dans plusieurs bureaux de vote, le score du RN a doublé par rapport à 2020.
La cité audoise est dans le viseur du parti d’extrême droite depuis plusieurs mois — Jordan Bardella y est même venu défendre la liste Demain Carcassonne portée par le député frontiste de l’Aude. Malgré son mandat, Christophe Barthès a multiplié les sorties climatosceptiques, refusant de parler de réchauffement climatique ou de faire le lien entre les phénomènes extrêmes qui touchent son territoire et les émissions de gaz à effet de serre. Viticulteur, il était aussi vice-président de la Coordination rurale du département, le syndicat agricole dont plusieurs cadres sont proches de l’extrême droite.
Côté programme, l’homme ne veut pas d’adjoint à la sécurité, il promet d’en faire une « prérogative du maire ». Il compte aussi placer la statue de Jeanne d’Arc sur le parvis de la cathédrale, mettre des drapeaux tricolores dans chaque école, ou expérimenter le port de l’uniforme.
« Tenter d’empêcher cette ville de tomber dans la peste brune »
« Il n’a pas de vision pour l’avenir ni pour les habitants de Carcassonne, fustige Marion Forato, veste rouge communiste sur les épaules. Mais les gens ont voté pour celui qui représente Marine Le Pen et Jordan Bardella ici. » Comme elle, ils sont nombreux ce soir, à la fédération des socialistes de l’Aude, à expliquer ce score exceptionnel — près de 10 points de plus que ce que prédisaient les sondages — par une nationalisation du scrutin.
« Il y a une dynamique nationale en faveur de l’extrême droite, c’est indéniable », estime Christophe, tout en notant scrupuleusement les chiffres qui lui remontent des bureaux de vote. Ailleurs, le Rassemblement national a obtenu de très bons résultats à Marseille, Toulon, Nice, Nîmes… À Perpignan, Louis Alliot a été réélu dès le premier tour.
C’est d’ailleurs pour contrer cette déferlante annoncée que les forces de gauche — sauf La France insoumise — se sont présentées ici sur une même liste. « Ça n’était pas arrivé depuis dix-huit ans, rappelle Philippe Hortala, le directeur de campagne. Pendant un an, on a battu le terrain, pour tenter d’empêcher cette ville de tomber dans la peste brune. »
« On a soulevé des montagnes, veut croire Maria Conquet, le regard un brin fatigué. Mais ça n’a pas suffi, le RN a bien plus percé que ce qu’on craignait… C’est un gros choc. » Christophe Barthès jouit indéniablement d’une notoriété locale, en tant que député et enfant du pays. Lors de la campagne, il a systématiquement refusé tout débat et décliné la quasi-totalité des interviews. « Moins il parle, plus il gagne de voix », soupire la militante socialiste.
« L’heure est grave »
Dans le bureau du Parti socialiste, « l’heure est grave ». Car le choix à faire s’annonce « cornélien », selon les mots de Maria Conquet. Arrivés troisièmes — derrière le RN et une liste Horizons à 25,36 % —, Alix Soler-Alcaraz et ses colistiers peuvent se désister en faveur du second… ou se maintenir « pour offrir une voie de gauche à Carcassonne », mais au risque de laisser l’extrême droite l’emporter.
Les yeux rivés sur les écrans, le candidat de 34 ans enchaîne les calculs sur les possibles reports de voix. « Le chemin vers la victoire est très étroit », admet-il dans un murmure, tout en repoussant le sandwich jambon-beurre qu’on lui propose. Il reprend son discours, tâtonne, cherche des mots « plus combatifs ».
21 h 30, il est temps de se rendre au local de campagne, où l’attend une trentaine de sympathisants serrés sur un trottoir battu par la bise. Depuis l’intérieur, une enceinte crache « I Gotta Feeling » des Black Eyed Peas, histoire de donner une tonalité optimiste à l’instant. À deux pas de la cité médiévale, le socialiste Alix Soler-Alcaraz répète vouloir « faire rempart » au Rassemblement national : « Carcassonne ne sera pas leur prise de guerre », insiste-t-il sous les applaudissements nourris.
Mais comment faire ? Pour les militants présents, comme Nolan et Yassin, « pas question de se désister ». « 23 % c’est un bon score, qui plus est dans un bastion de droite, analysent les deux jeunes hommes. On a suscité un espoir, il faut continuer, on ne peut pas lâcher maintenant. » Eux comptent sur le report de voix, notamment des électeurs insoumis [2], mais aussi sur « un effet de remobilisation, une forme de sursaut » parmi les habitants. 40 % des Carcassonnais ne se sont pas déplacés dimanche 15 mars.
22 h 30, discours et interviews terminés, les militants n’en ont pas pour autant fini. S’annonce devant eux une longue nuit de discussion pour trancher quant à la stratégie à porter au second tour. Ils ont jusqu’à mardi 17 mars 18 heures pour déposer — ou non — leur liste pour le second tour.
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