A Coopaname travailler autrement, c’est maintenant

Durée de lecture : 5 minutes

9 janvier 2014 / Olivier Bailly (le75020.fr)



Faire société. C’est la fière devise de Coopaname. Installée dans le 20e arrondissement de Paris depuis bientôt dix ans la plus importante Coopérative d’Activités et d’Emplois (Cae) française emploie 450 salariés venus d’horizons divers. Rencontre avec Stéphane Veyer, directeur général de Coopaname.


- le75020.fr : En quoi travailler dans une Société coopérative ouvrière de production (Scop) signifie-t-il travailler autrement ?

Stéphane Veyer : Une coopérative est une société de personnes. Elle est l’outil de travail partagé des travailleurs qui la constituent. Elle n’est pas l’outil de fabrication du profit pour ses actionnaires et dans laquelle les gens qui travaillent sont des ressources. Tout tient là-dedans. La forme coopérative implique un rapport à l’entreprise complètement différent puisqu’on n’est plus le moyen, mais la fin de l’entreprise.

- Stéphane Veyer -

Coopaname est une coopérative d’activités et d’emploi (Cae). Quelle est la différence avec une Scop centrée sur une production particulière ?

Une Cae est une Scop ouverte et multi-activités. L’idée c’est de pouvoir se servir du véhicule juridique de la Scop pour créer de l’association volontaire de professionnels autour d’un outil de travail qu’on partage. N’importe qui peut venir frapper à la porte de cette Scop-là et proposer de s’y créer son propre emploi salarié. Et elle n’a pas une seule organisation du travail : elle produit, elle vend tout ce que ses membres produisent et fabriquent. Ça peut être d’une extrême diversité.

Parmi toutes ces activité l’une d’elles émerge-t-elle particulièrement ?

Il y a une sociologie parisienne qui fait qu’il y a à Coopaname une sur-représentation des métiers liés aux nouvelles technologie, à l’informatique, à la communication, au graphisme, métiers qui justement se pratiquent assez couramment en indépendant.

Coopaname c’est six cent cinquante personnes, soit la plus grosse Cae française.

Oui et de très loin. On est complètement hors norme de ce point de vue-là. Les grosses Cae font deux cents personnes. Maintenant sur ces six cent cinquante personnes, il y a à peu près deux cents personnes qui ne sont pas salariées, qui sont encore en phase de balbutiement, de démarrage, de recherche. Certaines d’entre elles ne développeront jamais d’activité spécifique.

Pourquoi un indépendant a-t-il, selon vous, intérêt à entrer à Coopaname ?

Il y a encore cinq ans, on venait principalement à Coopaname en se disant : « c’est pratique, je vais me mettre à mon compte tout en trouvant un endroit assez sécurisé et bienveillant pour m’accompagner et m’aider à faire ce que j’ai envie de faire. »

Aujourd’hui ça a changé. L’immense majorité des gens sont dans une optique différente : « Comment est-ce que je peux faire pour nouer une relation à mon travail qui soit différente de celle que je peux trouver dans une entreprise classique où je serai dans la dépendance tout en étant seul et assez précarisé. »

On vient chercher à Coopaname l’idée qu’il y a peut-être là les conditions pour créer le cadre favorable qui permettra de nouer une relation satisfaisante, émancipatrice, épanouissante à son travail. L’idée c’est d’être autonome à l’intérieur d’un collectif protecteur.

Benoît Hamon, dans son projet de loi sur l’économie sociale et solidaire, fixe comme objectif de doubler l’emploi dans les cinq ans dans les Scop. Est-ce réaliste ?

Non sans doute pas, mais ce qui est important c’est de fixer des objectifs ambitieux, après on voit comment on avance. Les Scop existantes ne sont pas plus glorieuses sur le marché que n’importe quelle entreprise. Elles embauchent peu et ce n’est pas leur croissance interne qui risque de faire doubler le nombre de salariés. Et puis il faut compter sur la création de nouvelles Scop. Or l’immense majorité des Scop en création sont constituées de deux ou trois personnes, pas plus. Donc ça m’étonnerait qu’on arrive à un doublement des effectifs. On va peut être créer énormément de coopératives, c’est sûr, mais du point de vue de l’emploi je ne sais pas si ça va changer grand chose.

Si de nombreuses coopératives se créent à l’avenir, est-ce parce que les gens ont besoin, ont envie de travailler autrement ?

Oui, c’est sûr. Et je crois que les Scop souffrent d’un manque de visibilité terrible. Si cette formule-là était davantage connue, elle aurait spontanément beaucoup plus de succès. Mais ce n’est pas connu et ce n’est pas dans les mentalités. Quand on crée une entreprise et qu’on s’adresse au réseau d’accompagnement – boutiques de gestion, chambres de métiers ou du commerce, experts-comptables –, personne ne parle jamais de la forme coopérative ou alors c’est pour en dire pis que pendre – « ce n’est pas intéressant fiscalement », « il faut un seul chef sinon ça ne marche pas. »

Les mentalités ne sont pas adaptées à cette manière de faire. Ce n’est pas la Scop qui entraîne des stéréotypes, mais l’entreprise en général. La manière de faire des Scop heurte l’idée que l’on se fait du rôle d’un chef, de la prise de risque, du lien de subordination, etc.

Parmi les stéréotypes véhiculés sur les Scop lequel est le plus tenace ?

Il y en a un qui vient de loin, qui vient de Lip, de Manufrance, etc. et qui associe la Scop à une entreprise en perdition. On aborde souvent la Scop par l’angle de la reprise d’entreprises en difficulté quand les autres solutions ont été tentées sans succès (et souvent d’ailleurs ça ne marche pas). La reprise d’entreprises en difficulté représente seulement 5 à 10 % des créations de Scop chaque année, mais c’est le stéréotype qu’ont en tête la plupart des gens.





Source et photos : le75020.fr.

Photo du chapô : Arte.
. portrait Stéphane Veyer : La Tribune.

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