« On joue notre avenir et tout le monde s’en fiche » : les lycéens étouffent pendant le bac
Plus de 700 000 lycéennes et lycéens à travers la France passent leur bac en 2026, ici à Nogent-sur-Marne. (Photo d'illustration) - © Simon Wohlfahrt / AFP
Plus de 700 000 lycéennes et lycéens à travers la France passent leur bac en 2026, ici à Nogent-sur-Marne. (Photo d'illustration) - © Simon Wohlfahrt / AFP
Des classes en surchauffe, des ventilateurs parfois absents... Les lycéens passent leur bac en pleine fournaise. En Seine-Saint-Denis, « on n’en peut plus », disent-ils. « Nous, on souffre de cette chaleur. »
Bagnolet (Seine-Saint-Denis), reportage
« On n’en peut plus », lâche Lina, 18 ans. L’élève de terminale du lycée Eugène Hénaff à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, a passé l’une de ses épreuves de baccalauréat le 17 juin. Dans son établissement, le thermomètre de la salle de classe a explosé. Localement, la température est montée jusqu’à 32 °C dans les classes. « Nous, on souffre de cette chaleur. On joue notre avenir et tout le monde s’en fiche », argue-t-elle.
Peu de végétation, pas de climatisation, pas de rideau thermique… Comme de nombreux lycées, l’établissement de Bagnolet n’est pas adapté aux fortes chaleurs. Et toutes les classes n’ont pas pu bénéficier de ventilation. « Dans ma salle, on aurait au moins aimé des ventilateurs, soupire Youssef, 17 ans. On nous avait garanti un espace de travail correct, mais nous n’avons même pas eu de bouteilles d’eau. »
Si ces lycéennes et lycéens tentent de relativiser après avoir planché sur leurs copies, ils ont peur de ne pas avoir réussi correctement leurs épreuves du baccalauréat. Lina n’a pas réussi à dormir de la nuit à cause de la chaleur. « Durant l’épreuve, j’étais fatiguée, j’avais chaud, je ne pensais qu’à ça et mon stylo me glissait des doigts. » Son amie, qui souhaite rester anonyme, a aussi été en souffrance durant plusieurs heures. Migraineuse depuis des années, ces maux de tête se sont amplifiés avec la chaleur.
De son côté, le lycée assure avoir mis à disposition des ventilateurs, précisant que la chaleur « n’a pas été un problème pour les élèves ». « Nous avons acheté quelques ventilateurs à la dernière canicule et les avons utilisés dans les salles. Les terminales étaient dans les salles les plus fraîches. Et l’infirmière scolaire était là en cas de coup de chaud », explique l’une des CPE, qui a préféré rester anonyme.
« Rien n’a été anticipé »
Ces conditions d’examen sont inacceptables pour Ryad Rani, président de l’Union syndicale des lycéens (USL) : « Le réchauffement climatique ne date pas d’hier. Ça fait des années que les élèves suffoquent durant leurs épreuves de baccalauréat, mais rien n’est fait pour que ça change. Rien n’a été anticipé. » Le syndicat demande au gouvernement que toutes les épreuves, oraux compris, se déroulent obligatoirement le matin, et que les centres d’examen soient dans les normes et adaptés aux fortes chaleurs.
« J’ai peur de me louper »
Pour le moment, le gouvernement a annoncé que les épreuves de baccalauréat ne devraient plus se dérouler l’après-midi à partir de l’année prochaine. « On ne peut plus se permettre d’avoir des épreuves aujourd’hui en mai ou en juin, entre 14 et 18 heures, ce n’est pas possible », a annoncé le 14 juin Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale.
Mais même si ces directives sont envisagées par le gouvernement, Lina et ses camarades de terminale n’ont pas encore terminé leurs épreuves. Des oraux ont encore lieu du 22 juin au 1er juillet, dates durant lesquelles les températures avoisineront 40 °C à Bagnolet. « J’appréhende beaucoup la semaine prochaine. Je passe à 13 heures et je ne vois pas comment je vais pouvoir me concentrer. J’ai peur de me louper », confie la lycéenne.
Inégalités des chances
Dans un entretien à Reporterre, Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et membre du Haut Conseil pour le climat, a dénoncé la passivité de l’État face à ces canicules : « Encore une fois, le gouvernement a réagi à la dernière minute. En mai, des lycéens ont passé leur bac professionnel sous des températures insupportables. »
Une injustice qui intensifie l’inégalité des chances. Au total, 1 Français sur 2 vit dans une passoire thermique. Pour les adolescentes et adolescents, les conditions de révision et de repos ne sont pas les mêmes. À cela s’ajoute l’état des lycées et leurs matériels pour rafraîchir les classes. « Certains lycées, surtout dans les grandes villes et dans les beaux quartiers, peuvent s’adapter aux températures extrêmes [avec les moyens alloués]. Ce qui est loin d’être le cas dans des banlieues par exemple », ajoute le président de l’Union syndicale des lycéens. En Île-de-France, près de 30 % des lycées franciliens sont en très mauvais état.
Et c’est ce qui inquiète Ryad Rani. Si les lycéennes et lycéens d’aujourd’hui suffoquent pendant leurs examens, qu’en sera-t-il pour ceux de demain ?