A Paris, les associations environnementales mettent la pression sur les candidats

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17 janvier 2014 / Marc Ambroise-Rendu et Agnès Popelin (IDFE)



Les associations environnementales ont-elles mangé du lion ? Elles s’affirment en effet déterminées à se faire entendre dans la campagne qui commence pour les élections municipales à Paris. Les enjeux : bruit, voitures, tours et béton.


Du jamais vu depuis 40 ans. Les environnementalistes interviennent dans la campagne pour l’élection du maire de Paris. Il est vrai que la dégradation des conditions de vie dans la capitale par le tapage, la pollution de l’air, la réapparition des tours, l’occupation de l’espace public par les voitures, les motos et les terrasses de bistrots, l’insuffisance chronique de la verdure, tout cela les exaspère, Et l’indifférence des élus face à leurs réclamations les révolte encore davantage.

Résultat : une floraison sans précédent d’associations thématiques : elles luttent contre le bruit, les excès de l’automobile, l’insuffisance des transports, l’abandon du patrimoine, etc. D’autres se cantonnent à un arrondissement, un quartier, parfois une rue. Agressé par l’extension de Roland-Garros et l’énorme musée privé de l’oligarque Bernard Arnault, le XVIe arrondissement a vu se constituer douze groupes de citoyens qui multiplient les embuscades juridiques pour sauvegarder le Bois de Boulogne et faire respecter la loi. Au total, on recense plus de soixante-dix associations dont les plus anciennes et les plus organisées se retrouvent au sein d’Ile-de-France Environnement (IDFE), union de 350 associations franciliennes.

Mais au lieu de descendre dans la rue, ces citoyens enragés et engagés ont préféré faire fonctionner leurs méninges. Pariant sur l’intelligence collective ils ont listé en commun cinquante-cinq idées concrètes et positives dans un mémorandum qu’ils vont offrir aux candidats. « Incluez cela dans vos programmes. Il n’y aura pas de droit d’auteur », leur disent-ils.

Le mémento à télécharger :

La démarche est un retour aux origines du mouvement. Lors des présidentielles de 1974, un mécontentement équivalent (les tours grimpaient à Montparnasse, Jussieu, Italie et sur le front de Seine, alors que l’automobile déferlait) avait suscité la création d’un « Bureau de liaison des associations », l’ancêtre d’IDFE. Celui-ci s’était tant remué qu’il avait fait insérer ses préoccupations dans le programme du candidat Giscard d’Estaing. Résultat : l’arrêt des gratte-ciel dans Paris durant quatre décennies.

Les même cause produisent les mêmes effets. Les funestes projets d’immeubles de très grande hauteur étrangement appuyés par l’actuelle équipe municipale suscitent une nouvelle levée de boucliers. Mais aussi la douteuse complaisance des mêmes édiles envers les sportifs professionnels qui chassent les amateurs et envers les tenanciers de débits de boisson qui prétendent faire leurs affaires aux dépens du sommeil des riverains.

Ainsi retrouve-t-on ces thèmes dans les propositions citoyennes. Par exemple : « Repenser la politique sportive de la Ville de manière à privilégier les équipements de proximité ouverts aux scolaires et aux adultes (piscines, stades de plein air, gymnase) au détriment des équipements pour les sports-spectacles pratiqués par des professionnels ». Et aussi parmi les six réformes proposées pour améliorer l’ambiance sonore : « Négocier avec les ’usagers de la nuit’ un protocole garantissant aux Parisiens le droit au sommeil ». Des mesures d’équité et de bon sens dont on s’étonne qu’elles aient été « oubliées » par une municipalité socialiste.

Les associatifs vont beaucoup plus loin dans leur appel aux futurs élus. Ils avancent des projets de réformes pour ramener la qualité de l’eau, des sols et de l’air. Dans ce domaine une mesure simple qui, inexplicablement, n’a pas encore été prise : « Remplacer progressivement les véhicules diesels de la flotte municipale et obtenir la même mesure de la RATP. » Ils mettent en avant pas moins de sept idées pour favoriser la nature en ville et autant afin de rendre moins pénibles les déplacements intra muros. Par exemple : « Encourager la RATP à équiper progressivement ses stations d’escaliers mécaniques et d’ascenseurs de manière à permettre l’accès du métro aux personnes à mobilité réduite, aux mères de famille et aux voyageurs avec bagages. »

L’imagination des citadins s’est également exprimée sur les chapitres des déchets, de la surpopulation, du paysage urbain, de l’alimentation bio, des économies d’énergie, de la culture populaire et même des activités économiques. Ainsi proposent-ils aux politiques de limiter la construction de nouveaux bureaux, mais d’encourager la création de locaux pour artisans et petites entreprises, au besoin en leur consentant des loyers modérés. Bien entendu les grands desseins ne sont pas oubliés : prolonger le tram des Maréchaux vers l’Ouest, reconquérir au profit des piétons les berges des canaux et de la Seine, mettre en valeur et ouvrir au public la Petite ceinture, revaloriser les Bois de Boulogne et de Vincennes, poumons verts de l’agglomération.

- La petite ceinture -

Enfin les associations unanimes ne se contentent plus des formalités de la démocratie élective. Elles veulent participer aux décisions qui les concernent à tous les niveaux (opérations d’aménagement, quartier, arrondissement et ville entière). L’esprit général du mémorandum est finalement celui-ci : améliorer la qualité de vie des Parisiens et rendre ainsi la ville plus durable tout en assurant son attractivité.

Ce mémorandum a été remis en main propre (avec commentaires) à trois des chefs de file de la campagne : Anne Hidalgo (PS), Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP) et Christophe Najdovski (EELV). Il a été également envoyé à soixante têtes de listes d’arrondissement. Et ce n’est pas fini. Les associatifs vont faire monter encore la pression. Déjà, ils constatent que jamais les candidats n’avaient autant parlé d’environnement. D’ailleurs, le mémorandum lui-même n’est pas figé. Comme dans un brain storming, il va encore s’enrichir durant les mois précédant le scrutin. Ensuite il servira de plate-forme au mouvement environnementaliste parisien durant les six années de la prochaine mandature, quelque soit l’équipe au pouvoir. Cela non plus n’était pas arrivé depuis longtemps.





Source : Courriel à Reporterre

Marc Ambroise-Rendu et Agnès Popelin sont membres d’Ile-de-France Environnement (IDFE).

Illustrations :
. chapô : maxitendance
. affiche des Amis de la Terre : Expo.eelv
. bruits de voisinage : ladepeche.fr
. vue de la petite ceinture : parifuni

Lire aussi : Le rêve de la mairie de Paris : des antennes relais partout, contre l’avis des habitants et des élus.



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