À toi Fabrice, le journaliste, le militant, l’ami. Tiens bon ‏

Durée de lecture : 2 minutes

10 janvier 2015 / Annie Thébaud Mony

L’association Henri-Pézerat, qui a pour but le soutien aux luttes pour la santé en lien avec le travail et l’environnement, et dont Fabrice Nicolino est un militant actif, lui adresse son soutien. « Nous devons résister ensemble à ceux qui veulent nous faire peur, et, ce faisant, nous faire taire. Tiens bon, Fabrice. Nous sommes avec toi. »

Tu étais à Charlie, ce mercredi 7 janvier 2015, face au crime qui t’a blessé et qui a tué tes frères de journalisme, de ce journalisme d’investigation libre, impertinent, insolent, fraternel, dont nous avons tant besoin. Vous avez toujours eu à cœur de produire des informations rigoureuses, refusant les apparences, les faux-semblants.

Vos seules armes : cette rigueur justement, alliée à l’humour, la dérision, mais aussi l’exigence d’une information qui refuse les apparences pour aller au cœur de réalités que tant et tant de politiques, de journalistes ou de citoyens ne veulent pas voir...

Dans nos sociétés dominées par le terrorisme financier, la violence des inégalités, le mépris et l’arrogance des puissants, votre vigilance de journalistes sans concession devient une menace pour tous ceux qui veulent faire régner la peur. Quelles mains ont armé ceux qui ont tué ? Ils s’en sont pris à ce symbole de liberté que vous représentez.

Pourquoi Charlie, dans cette impasse du 11e arrondissement, et non les symboles de l’impiété la plus absolue qui est celle de riches empires financiers tellement plus radicalement méprisants à l’égard des valeurs fondamentales de justice, de fraternité et de dignité que toutes les caricatures de Cabu, Wolinski, Charb et les autres ?

Aujourd’hui, tu es vivant mais blessé et nous tous qui t’aimons, nous sommes avec toi. Car la blessure est non seulement physique, mais elle est celle, profonde, d’une souffrance de ce crime qui, atteignant tes amis, tes frères, te blesse toi aussi cruellement au plus profond de toi.

C’est aussi la souffrance doublée de sidération qui nous a tous bouleversés en apprenant cette terrible nouvelle. Il y a en nous tous aujourd’hui une interrogation lancinante : comment en est-on arrivé là ?

Ce crime nous oblige à regarder en face le monde, la société dans laquelle nous vivons. Non, il n’est pas possible de se débarrasser des lourdes questions que fait surgir ainsi la mort des nôtres. A qui profite ce crime ?

L’association Henri-Pézerat a pour but le soutien aux luttes pour la santé en lien avec le travail et l’environnement. Tu en es l’un des militants les plus actifs. Nous devons résister ensemble à ceux qui veulent nous faire peur, et, ce faisant, nous faire taire.

Tiens bon, Fabrice. Nous sommes avec toi. Il te faut soigner tes blessures, prendre le temps nécessaire pour le faire. Nous sommes de tout cœur avec toi et les tiens, pour te soutenir dans cette autre forme de lutte pour retrouver ce qui nous est indispensable à tous, ta capacité à nous faire réfléchir, lucidement, à ce que nous ne devons pas accepter, à ce à quoi nous ne devons pas nous habituer.

Pour tous,

fraternellement,

Annie



Lire aussi : Fabrice Nicolino : « Il a mal, mais il est là »

Source : Courriel à Reporterre de Annie Thébaud-Mony

Annie Thébaud Mony est présidente de l’Association Henri-Pézerat

Photo : Néo planète

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