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Allez, décroissons, ce n’est pas si difficile !

30 octobre 2015 / Vincent Liegey



L’idée de la décroissance fait son chemin et ses partisans sont de moins en moins traités par le mépris. Pourtant, des blocages subsistent, alors qu’il suffirait que chacun fasse de « petits pas de côté » pour atteindre la « masse critique » favorable à un « changement de société ».

Vincent Liegey.

Tous les mois, Vincent Liegey, « décroissant », porte son regard sur l’actualité. Comme les chroniques et tribunes publiées sur Reporterre, il exprime un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui du Quotidien de l’écologie.


Il y a quelques années, en tant que « décroissant-e-s », nous étions rarement les bienvenus. Au mieux, on faisait sourire, on agaçait ; au pire, on était considérés comme de dangereux « khmers verts »... Lors de débats publics, depuis le fond de la salle, on essayait d’alerter sur les limites physiques et culturelles de la croissance. Ces remarques étaient souvent balayées avec mépris par la tribune. Les journalistes nous évitaient, ou ne cherchaient qu’à nous caricaturer, limitant la « décroissance » à quelques écogestes. J’observe que les choses changent très vite, du moins dans certains milieux...

Rêver d’une autre vie

Ces derniers jours, j’ai rencontré quelques amis journalistes. Toutes et tous se sont sentis obligés de s’excuser de ne pas parler plus de décroissance, par manque de temps et surtout parce que leurs rédactions en chef les bloquent. Même situation à Vienne, où j’enchaîne les rencontres pendant une après-midi à l’université, plus précisément à la faculté d’économie. Tout d’abord, je suis invité à présenter Un projet de décroissance, ce qui aurait été impensable il y a encore quelques années. L’organisateur, en off, s’excuse de ne pas pouvoir faire plus de décroissance et garde, face au public, ses distances, m’expliquant que cela n’est pas bien vu par les instances décisionnelles. Après cette rencontre, qui reçoit un accueil enthousiaste de la part des étudiants, je me retrouve dans une réunion avec une représentante du bureau du premier ministre pour voir comment intégrer la décroissance dans une conférence qu’ils co-organisent l’année prochaine. Sont aussi présents Attac et les verts autrichiens. Là aussi, que de doubles discours : « Personnellement, je suis entièrement d’accord avec la décroissance, mais il faut que je ménage ma direction, mon institution... »

J’arrête là la liste, mais ça va dans le sens de cette étude publiée sur la COP 21 auprès de 15-30 ans en France. Outre le fait que ces jeunes n’ont pas entendu parler de la COP 21, ou qu’ils n’en attendent rien, leurs préconisations sont intéressantes et loin de l’approche technocratique et économiciste qui domine. Ainsi, 34 % d’entre eux préconisent de changer totalement nos modes de vie et de prôner la décroissance, 21 % de relocaliser et 17 % sont favorable à l’économie du partage. Ces ordres de grandeur devraient nous interpeller.

Je reviens à mes amis journaliste, en particulier à l’une qui travaille pour une rédaction nationale et nous rend visite à Cargonomia. Elle explique sa frustration de ne plus pouvoir exercer son métier de journaliste, qu’elle aime, évoque les pressions, le stress, l’absence de moyens. Elle se dit rêver d’une autre vie, avec plus de temps, d’activités manuelles et aussi de liberté pour faire du journalisme qui a du sens. Ça me rappelle cette autre étude vue récemment : « Près de la moitié des Français estime passer à côté de sa vie »... Mon amie continue : « Oui, mais force est de reconnaître que, vu la situation, je ne suis pas malheureuse, j’ai un CDI, j’ai quand même des moyens pour travailler... et je peux voyager... »

Combien de personnes dans nos sociétés sont prêtes à faire le pas, des petits pas, et se réapproprier le sens qu’elles souhaitent donner à leurs vies ? Combien s’autocensurent, se l’interdisent ? Et oui, les chaînes de ce pseudo-confort offert par ce système sont fortes. L’inconnu est effrayant. Il faut être un peu fou pour faire ces pas de côté. Plus nous serons nombreux à le faire, plus ce sera facile.... La masse critique n’est pas loin. Et si les vrais blocages à un changement de société, construits et entretenus par ce système dominant, étaient en nous ? Alors, décroissantes et décroissants endormis, réveillez-vous à votre rythme, à votre niveau, les nouveaux mondes sont en construction et vous attendent !




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Lire aussi : « La décroissance permet de s’affranchir de l’impérialisme économique »

Source : Vincent Liegey pour Reporterre

Photos :
. Chapô : graffiti sur un mur de Neuchâtel. Wikipédia (Martouf/CC0)
. Affiche : antipub.net

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