Après le retrait de son étude, le Pr. Séralini a enfin accès à un droit de réponse

20 mai 2014 / CRIIGEN

L’éditeur de Food and chemical toxicology applique deux poids deux mesures en matière de publication en faveur de l’industrie. Face à cette partialité flagrante, la revue a enfin publié un droit de réponse de l’équipe Séralini.


Plus d’un an après publication [1], le rédacteur en chef de Food and chemical toxicology (Fct), Dr A. Wallace Hayes, retirait l’étude de toxicologie de long terme sur deux produits de monsanto, le maïs ogm (NK603) et son herbicide associé (Roundup) de l’équipe Séralini & al, tout en reconnaissant [2] ni fraude ni mauvaise interprétation intentionnelle.

Dans un nouvel article publié dans les colonnes de Fct, grâce à la pression du groupe éditorial Elsevier, les chercheurs expliquent pourquoi ils n’acceptent pas les conclusions du Dr Hayes : ils dénoncent l’absence de sérieux des raisons scientifiques évoquées, réfutent la prétendue sensibilité des rats et précisent les statistiques approfondies portant sur les paramètres sanguins et urinaires perturbés, confirmant les pathologies hépatiques, rénales, et les tumeurs mammaires.

L’éditeur en chef de Fct avait justifié le retrait [3] de la publication sur le fait qu’il n’était pas possible de conclure sur un lien entre OGM et cancer, alors qu’à aucun moment le mot cancer n’y a été employé.

Toutes les tumeurs ne sont pas des cancers, mais elles induisent en général la mort à cause d’hémorragies internes et de compressions d’organes vitaux. Hayes arguait par ailleurs que dix rats par groupe, de la souche Sprague-Dawley, ne permettaient pas d’atteindre la puissance statistique autorisant à conclure sur la toxicité d’un OGM

Or Fct a publié deux études (Hammond & al [4], 2004 et Zhang & al [5], 2014), mesurant le même nombre de rats de la même souche, sans remettre en cause leur puissance statistique et plus encore leur résultat : l’innocuité des OGM concernés !

La toute récente étude de Zhang & al concerne, comme celle de Séralini & al, les potentiels effets chroniques de la consommation d’un OGM (riz transgénique produisant un insecticide Bt modifié) et utilise, au-delà de la souche et des effectifs de rats, également le même protocole.

Pour le professeur Séralini : « force est de constater que la décision du journal Fct n’est donc pas conditionnée par la rigueur du protocole et de la démarche scientifique de l’étude, mais par les résultats des auteurs : Zhang & al concluent en effet que le riz transgénique testé est aussi sûr et nutritif que le riz conventionnel. Ce cas de deux poids, deux mesures ne peut s’expliquer que par des compromissions et des facilités de publication faites aux industriels des biotechnologies et des pesticides pour faire accepter les Ogm et le Roundup.

L’intégration de Richard Goodman, ancien salarié de Monsanto, au sein du comité éditorial de Fct, et ce juste après publication de l’étude NK603, en est l’illustration la plus flagrante. Pire, ce prisme pro-industrie touche également les autorités réglementaires, telles que l’EFSA (agence européenne de sécurité des aliments), qui justifient leurs autorisations de mise sur le marché sur des études scientifiquement médiocres, tout en écartant systématiquement celles des chercheurs indépendants aboutissant à des conclusions discordantes. »

L’utilisation de ces « doubles standards » scientifiques sur des sujets aussi sensibles nuit gravement à la santé publique et remet profondément en cause la garantie de qualité et d’indépendance de l’édition scientifique.

- Le droit de réponse de Séralini & al à télécharger  :

Référence : Séralini, G.-E., Mesnage, R., Defarge, N., Spiroux, J. (2014) Conclusiveness of toxicity data and double standards [6]. Food and chem. tox. doi 10.1016/j.fct.2014.04.018 -


Notes :

[1] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691512005637

[2] http://www.criigen.org/communique/78/display/Retrait-abusif-de-l-etude-NK603-et-Roundup-restaurer-l-ethique-scientifique-face-a-la-confusion

[3] http://www.elsevier.com/about/press-releases/research-and-journals/food-and-chemical-toxicology-editor-in-chief,-a.-wallace-hayes,-publishes-response-to-letters-to-the-editors

[4] http://www.sourcewatch.org/images/8/87/Hammond_Study_NK603.pdf

[5] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691513007102

[6] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691514002002



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Source : Courriel à Reporterre du CRIIGEN

Photo : Le Figaro

Lire aussi :
.Contre la censure scientifique, Reporterre place en ligne l’étude originale de Gilles-Eric Séralini et de son équipe
. OGM : une nouvelle offensive est lancée contre l’étude de l’équipe Séralini
. OGM : si on leur appliquait les mêmes critères qu’à l’étude de Séralini, les autres études devraient être annulées



Documents disponibles

  Sans titre
16 juillet 2018
À Bayonne, la fraternité chemine avec les migrants
Reportage
14 juillet 2018
BD - Gentilles les fourmis ? Pas, mais vraiment pas, les fourmis envahissantes
Info
14 juillet 2018
Radio Bambou : La Bièvre, ou l’histoire de la renaissance d’une rivière
Chronique


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre