Faire un don
83040 € récoltés
OBJECTIF : 120 000 €
69 %
Pour une presse libre comme l'air ! Soutenir reporterre

Bové contre les lobbies européens

Durée de lecture : 3 minutes

19 mars 2014 / Fabrice Nicolino (Reporterre)

Dans Hold up sur l’Europe, José Bové décrypte le système de lobby qui a gangrené les institutions européennes. Le livre est bon. Mais, note Fabrice Nicolino, « Bové ne se rend peut-être pas compte qu’il livre aussi une critique sans appel de l’Europe réellement existante ».


Les livres politiques sont rares, et celui que vient de faire paraître José Bové, Hold-Up à Bruxelles, l’est encore davantage, car il est bon.

Le député européen incarne plusieurs formes du combat politique et pour cette raison, laisse rarement indifférent. Il a été au cœur de la grande mobilisation pour le Larzac, il y a quarante ans, puis cofondateur et porte-parole de la Confédération paysanne, avant d’échouer en prison pour avoir démonté le magasin MC Do de Millau, en 1999.

On l’a vu ensuite militer au premier rang contre le référendum de 2005 sur la Constitution européenne, puis animer une candidature plus « gauchiste » qu’écologiste à la présidentielle de 2007. D’où la surprise de le voir devenir député européen en 2009 et proche de Daniel Cohn-Bendit, enthousiaste partisan de l’Europe "réelle".

Écrit à la première personne, le plus souvent au présent, son livre doit beaucoup dans la forme – très agréable - à la plume de Gilles Luneau, qui collabore depuis longtemps avec Bové. Sur ce plan là, la réussite est évidente, mais sur le fond aussi.

On peut critiquer Bové, mais nul doute qu’il a conservé une combativité introuvable ailleurs dans la classe politique. Ce qu’il raconte dans son bouquin est une rencontre édifiante avec les vrais pouvoirs à l’œuvre dans les agences européennes, et autour de la Commission. On ne peut détailler tous les dossiers passés en revue – le tabac, les pesticides, les gaz de schiste, les OGM, la PAC -, mais un mot tout de même à propos de l’affaire Banati.

Nous sommes en juillet 2010, en pleine bagarre contre la pomme de terre transgénique Amflora. Bové rentre à son bureau en se demandant ce que signifie International Life Sciences Institute (Ilsi), dont on vient juste de lui parler. Il ouvre son ordinateur, et commence à pianoter en compagnie de son assistant, Jean-Marc Desfilhes.

Et c’est le début d’une histoire véridique qui conduira à la démission, en mai 2012, de la présidente de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), la Hongroise Diana Banati. L’Ilsi est le plus grand lobby agro-industriel au monde, et Banati fait partie, fort discrètement, de son conseil d’administration, illustrant un conflit d’intérêt majeur.

Aussi incroyable que cela paraisse, Bové n’a jamais entendu parler, en cet été 2010, de la structure d’influence au service des OGM et de la malbouffe ! On suit avec un grand intérêt les suites de l’aventure dans les méandres bruxellois, fort peu favorables à la démocratie.

Telle est peut-être la grande limite du livre : tout occupé à raconter ses beaux combats, Bové ne se rend peut-être pas compte qu’il livre aussi une critique sans appel de l’Europe réellement existante.

Arrivé au terme de son récit, il note ainsi : « Dans ces conditions, je comprends les doutes et le manque d’entrain de mes concitoyens pour, le jour venu, aller glisser leur bulletin dans l’urne européenne ».

On ne peut se défaire d’une impression de naïveté, car en effet, si les lobbies mènent la danse de bout en bout, où pourrait donc être notre place ?

- Fabrice Nicolino


Hold-Up à Bruxelles, par José Bové et Gilles Luneau, éd. La Découverte, 260 pages, 17 €



Source : Fabrice Nicolino pour Reporterre

Consulter par ailleurs : La bibliothèque de Reporterre.


Pour une information libre sur l’écologie, soutenez Reporterre :

25 juin 2019
La 5G ignore les enjeux écologiques
Enquête
24 juin 2019
6.000 activistes ont neutralisé le charbon allemand
Info
24 juin 2019
Avec la 5G, demain, tous surveillés
Enquête




Du même auteur       Fabrice Nicolino (Reporterre)