CHRONIQUE - La clé de l’avenir de la Grèce est solaire

29 janvier 2015 / Noël Mamère



« La victoire de Syriza est un tournant et une bonne nouvelle pour l’Europe. » Mais « la transition suppose de remettre en cause non seulement la Commission européenne, ses traités et ses pratiques, mais aussi le modèle de développement qui a présidé à ses dérives. »


- Noël Mamère -

La victoire de Syriza est un tournant et une bonne nouvelle pour l’Europe. Le peuple grec a montré qu’il refusait la punition infligée par une Troïka irresponsable, qui a plongé dans la misère et la régression sociale des millions de familles, privatisé des services publics stratégiques, abaissé les salaires et les pensions des retraités, créé une situation humanitaire alarmante sur les plans alimentaire et sanitaire…

Ce peuple, saigné à blanc, a répondu démocratiquement en chassant la « Nouvelle Démocratie » et le Pasok pour avoir été, durant quarante ans, les agents d’un régime corrompu, clientéliste, affairiste, puis les serviteurs zélés d’une politique des mémorandums imposés de l’extérieur.

Tournant écologiste ?

Mais ce triomphe de la gauche grecque est-il aussi un tournant pour l’écologie ? Cette question mérite d’être débattue. Certes les écologistes grecs - le Parti Vert - sont des partenaires de Syriza, mais comme on l’a vu en France, les accords d’avant élection ne tiennent pas nécessairement lieu de feuille de route le jour où il faut les mettre en œuvre. D’autant que les Verts ne comptent en Grèce qu’un seul député et qu’ils ne pèsent pas plus de 0 ,5 % dans l’électorat.

Alexis Tsipras est le leader d’une formation de culture keynésienne, qui parle en permanence de croissance, mais qui ne dit pas grand-chose sur sa nature. Dans le cas de la Grèce, confrontée depuis des années à la récession sans fin, cela peut se comprendre. Se chauffer, avoir de l’électricité, répondre aux besoins de première nécessité, sont autant de questions d’urgence.

Mais la transition ne peut se réduire à une dimension humanitaire ; elle ne peut être seulement politique, sociale et économique ; elle ne peut se contenter de remplacer un système vermoulu et à bout de souffle, par un système productiviste renationalisé.

La transition suppose de remettre en cause non seulement la Commission européenne, ses traités et ses pratiques, mais aussi le modèle de développement qui a présidé à ses dérives.

Mouvement social et environnemental

Or, la Grèce possède des atouts écologiques non valorisés qui peuvent être décisifs : la mer, le soleil, le vent, sont des puissants ingrédients des énergies renouvelables. Il serait par exemple inconcevable de développer deux centrales à charbon, figurant dans le programme de Syriza, alors que l’on peut dynamiser une économie verte, moteur d’une stratégie audacieuse de transition énergétique.

Les questions d’extraction des hydrocarbures dans les fonds marins, de l’exploitation des mines d’or ou encore la destruction du littoral par des mégas projets touristiques, seront des enjeux centraux dans les mois à venir. Si l’attention reste pour le moment centrée sur l’urgence sociale et la dette, la nécessité d’une reconstruction du pays passera nécessairement par ces débats sur la transition énergétique.

De leur issue dépendra le rapport de forces qui s’exercera sur le terrain comme dans les coulisses du pouvoir. On en connaît déjà les acteurs : lobbyistes du pétrole, du charbon, armateurs et promoteurs, affairistes en tout genre, contre société civile.

Ce combat là ne peut se réduire à la Grèce. Pour les écologistes, le contenu et la forme de la solidarité internationale passe d’abord par le soutien résolu au mouvement social et environnemental.




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Source : Noël Mamère pour Reporterre

Photo : Wikimedia (Mstyslav Chernov/CC)

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