COP 21 : le gouvernement freine la participation de la société civile

27 octobre 2015 / par Lorène Lavocat (Reporterre)



A moins de six semaines de la COP21, des représentants de la société civile s’inquiètent du silence du gouvernement quant aux problèmes d’hébergement et de visas. Un manque de réactivité qui pourrait compromettre leur participation au Sommet. Et le gouvernement va rétablir le contrôle aux frontières, et freine l’arrivée de citoyens du Sud qui veulent venir participer aux événements.

Actualisasation 29 octobre - - La France introduit le contrôle aux frontières pour la durée de la COP 21

L’obtention des visas pour les milliers de citoyens de pays du sud qui veulent venir participer aux événements et actions de la COP 21 est un parcours du combattant. Par exemple, le président d’Attac Togo vient de se voir refuser son visa. Et ça ne devrait pas s’arranger dans les semaines à venir... Le site d’informations Basta ! publie ce jeudi 29 octobre une note du gouvernement français concernant « la réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures avec la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et l’Espagne à l’occasion de la COP 21 ». Ces mesures exceptionnelles, qui entreront en vigueur dès le 13 novembre, seraient justifiées par « des menaces graves pour l’ordre public et la sécurité intérieure. »


Les premiers tweets estampillés « #privésdecop21 » ont commencé à pleuvoir à 10 h précises, lundi 26 octobre. Adressés à François Hollande ou à Anne Hidalgo, la maire de Paris, leur message est clair : « Le gouvernement veut nous priver de la COP21 ! »

L’opération, baptisée « tempête de tweets », vise à alerter les pouvoirs publics : en l’état actuel des choses, la participation active de la société civile à la COP21 est compromise.

Le réseau social se fait ainsi l’écho d’une colère grandissante au sein de la Coalition Climat 21, qui coordonne l’action de 130 organisations en vue du Sommet de Paris. « Nous avons le sentiment de ne pas être entendus », explique Juliette Rousseau, porte-parole de la coalition. « C’est comme si les pouvoirs publics faisaient tout pour nous décourager. »

Hébergement : des tentes dans les jardins publics en plein hiver ?

Au centre des préoccupations, la question du logement. Près de 40.000 personnes sont attendues début décembre dans la capitale. Et la Coalition Climat 21 demande depuis des mois plus de 20.000 places d’hébergement. « Pour le moment, on nous assure à peine 1.000 places, et la Ville de Paris traîne des pieds », dit la porte-parole, selon qui « les logements vides ne manquent pas. »

Sur Twitter, les militants s’emportent : « 60 millions d’euros de subventions pour les Jeux olympiques, mais 7.500 € pour accueillir les milliers de participants de la COP ! » En mars dernier, la maire s’était pourtant engagée à être « exemplaire en termes d’hébergement. »

La situation est urgente, car « le blocage actuel pousse certains de nos partenaires internationaux à remettre en question leur venue », explique-t-on dans les bureaux de la Coalition.

Les ONG ont donc envoyé un courriel lapidaire à Anne Hidalgo : « Ces personnes, qui portent la voix de celles et ceux touchés par le réchauffement climatique, sont-elles les bienvenues à Paris ? Jusqu’à présent, nous pouvons en douter, tant vous êtes restée sourde à nos demandes. »

Contactée par Reporterre, la Ville de Paris n’a pas répondu à nos questions.

Anne Hidalgo, maire de Paris, « mobilisée pour le climat », mais sans la société civile ?

« Quoiqu’il en soit, les gens vont venir », poursuit Juliette Rousseau. « Donc soit on gère intelligemment en amont, soit on gère dans l’urgence, avec des risques pour la sécurité des personnes. » On imagine déjà les parcs parisiens pris d’assaut par des tentes, le thermostat affichant péniblement 5° C.

D’ailleurs, les Jeunes écologistes viennent d’annoncer qu’ils camperaient sous la Tour Eiffel si aucune solution ne leur était proposée. « Nous cherchions des logements et des salles pour animer des ateliers, mais en vain. Puis nous avons eu cette super idée : nous devons camper », explique Léa, chargée de l’hébergement, dans un communiqué.

Autre problème, l’obtention des visas pour les milliers de participants venant de pays du sud. Déjà débordés, consulats et ambassades peinent en effet à répondre aux nombreuses demandes. « Ils se montrent très difficiles », déplore la porte-parole. « Ce qui nous donne la désagréable impression de ne pas être les bienvenus. »

Pourtant, le Président de la République le rappelait lui-même début septembre : le succès de Paris « dépendra bien sûr de la capacité, de la volonté des États, mais aussi de la force des peuples, des mouvements que vous [les ONG] représentez. »

En mars dernier, le Secrétaire général à l’organisation de la COP, Pierre-Henri Guignard, expliquait : « Le gouvernement a pris la décision d’associer très largement la société civile à la COP 21. » Symbole de cette volonté de dialogue, le « village de la société civile » au Bourget, devrait permettre de réunir ONG, entreprises et autres acteurs politiques. « Il s’agit d’un espace éloigné de Paris, restreint et piloté par le gouvernement », souligne Juliette Rousseau. « Si nous voulons une mobilisation la plus large possible, nous avons besoin au contraire d’espaces ouverts et inclusifs, auto-gérés par les citoyens. »

Même si Pierre-Henri Guignard assure entretenir « un dialogue constant » avec la société civile, les membres de la Coalition regrettent leur manque de participation : « On ne nous a pas donné le rôle d’acteur, seulement celui de consommateur d’espace contrôlé », s’emporte Juliette Rousseau.

Face à ce qu’elle qualifie de « manque de volonté politique », la militante s’interroge : « Quelle société civile veut-on avoir ? » Nombre d’ONG membres de la Coalition partagent ce sentiment d’exclusion : « Les politiques choisissent ceux, parmi les ONG et les mouvements sociaux, qu’ils ont envie d’entendre. »


Remarque : Reporterre a tenté de joindre les différents Ministères concernés, ainsi que la Ville de Paris. Personne n’a donné suite à nos questions, « en raison de délais trop courts ».

Lire aussi : Tribune publique de la Coalition Climat 21




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Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos :
. chapô : Tolito

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