Ces décideurs qui ont une balle de golf à la place du cerveau

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16 février 2015 / Saint Hilaire Durable

Nos décideurs ont une balle de golf à la place du cerveau. Il n’y a pas d’autre explication possible à la volonté obstinée d’implanter des zones golfiques à des endroits qui ont besoin de tout, sauf d’un golf. Exemple avec cette nouvelle ZAD de Saint Hilaire, dans le Gard, réunissant toutes les tares des Grands Projets Inutiles qui pullulent en France.

L’expression GTI (Grands Travaux Inutiles) a désigné, à partir des années 1980-90, des infrastructures qui se sont a posteriori avérées économiquement inutiles et/ou déficitaires et, au niveau environnemental, souvent désastreuses. L’expression s’est ensuite étoffée et GPII (Grands Projets Inutiles et Imposés) désigne aujourd’hui des projets dont l’utilité est remise en cause par la population vigilante avant leur réalisation, avant que les dégâts irréversibles ne soient commis.

Tout se passe en effet comme si la société civile, les associatifs étaient les seuls à prendre en considération les alertes lancées par les organismes nationaux et internationaux sur le dérèglement climatique et ses conséquences irréversibles, le bétonnage massif, la perte des terres agricoles, la préservation de la biodiversité, la pollution (air, eau, sol), etc.

Le point commun à tous ces GPII qui impactent aussi dangereusement l’environnement que les finances publiques, c’est qu’ils ne sont jamais discutés préalablement avec les citoyens : les décisions sont prises par une poignée d’élus en connivence avec une technostructure, sous l’œil impatient des « milieux d’affaires ».

La démocratie n’a pas sa place, l’intérêt général n’est jamais clairement identifié ou alors il est « sublimé » par de gros enfumages, des études biaisées qui masquent par contre de réels intérêts privés.

Pendant ce temps, des besoins réels de la population ne sont pas satisfaits, faute de financement...

Ce mouvement d’opposition touche de nombreux pays comme le prouve le Forum Mondial qui regroupe les opposants aux GPII. En France, si l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est le « Grand Projet » emblématique, contestable et contesté, il existe sur le territoire national une centaine de projets qui sont remis en cause par des citoyens et, parmi eux, figure en bonne place celui de la ZAD golfique de Saint Hilaire de Brethmas.

Un projet local « exemplaire » de GPII : la ZAD golfique de Saint Hilaire de Brethmas

Sortie en 2004 de l’imagination d’un adjoint golfeur et de ses amis, cette ZAD (Zone d’Aménagement Différée, devenue Zone à Défendre) qui concerne le quart de la commune (360ha/1400) n’a fait l’objet d’aucune concertation. Les habitants n’ont pris connaissance du projet que lors de l’enquête publique du printemps 2013.

Malgré l’échec cuisant de ce premier projet (avis défavorable à l’enquête publique) et, en mars 2014, l’élection d’une nouvelle municipalité qui a mis en tête de son programme « l’abandon du projet golfique », l’Agglo veut toujours imposer sa zone golfique.

Peu de modifications : la zone économique est déplacée derrière le CAPRA de Méjannes les Alès et un centre équestre a été rajouté sur 15 ha. Pour le reste, la logique du premier projet demeure : expropriations pour un golf-immobilier, destruction des terres agricoles, urbanisation massive (400 logements + projets privés), eau pompée dans la nappe du Gardon et acheminée par une conduite de 4 km pour alimenter un gigantesque bassin de stockage, coût et déficit à la charge des contribuables mais profit probable pour les deux gros propriétaires privés… et suprême astuce, tout est rebaptisé du label éco : éco-site, éco-golf, éco-habitat, éco-hôtel, éco-centre équestre !

N’y a-t-il pas de vraies priorités ?

En réalité, ne pouvant passer en force sur la totalité de la ZAD, l’Agglo a badigeonné de vert le projet et veut le faire passer par tranches : d’abord le golf et l’immobilier, le reste suivra puisque ne resteront que quelques « îlots » agricoles (terme officiel) « protégés » par des conventions d’une durée de trois ans ! Au terme de leur première tranche de travaux, la dernière grande zone rurale ne sera plus qu’un gruyère agricole.

Personne n’est dupe. Qui ira défendre des îlots agricoles ? Si leur projet aboutit, ils auront détruit la dernière grande zone agricole et champêtre, ouverte à tous, de la commune de Saint Hilaire, tout en satisfaisant les envies et appétits de petits lobbies privés.

Au passage, l’Agglo aura pris la main sur le Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la commune puisque compte tenu du SCOT et de la loi SRU, les constructions seront interdites pendant des années dans les véritables « dents creuses » de la commune, par ailleurs très « mitée ».

En résumé, la ZAD de Saint Hilaire réunit bien des tares qui définissent un GPII : pas de concertation, mépris des citoyens et des élus locaux, mélange des intérêts publics et privés, expropriations, gaspillage de l’eau, destruction des terres agricoles, étalement urbain, saccage des prairies humides...

N’y a-t-il pas de vraies priorités sur l’Agglo ? La réduction des risques d’inondations, la dépollution du merlon-décharge de St Martin de Valgalgues ou des écoles amiantées, la construction de crèches ou de maisons de retraite, la rénovation urbaine, une collecte des poubelles à la hauteur ?



Lire aussi : En Auvergne, un absurde projet de golf dévore des terres agricoles

Source et photos : Courriel à Reporterre de l’association Saint Hilaire durable

Photo chapô : Wikipedia (CC BY 2.0)

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