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ReportageMontagne

Après le projet de Tony Parker, le Vercors encore courtisé pour un complexe touristique

La station de Corrençon-en-Vercors, dans le massif du Vercors, en 2014.

La construction d’une résidence touristique portée par un proche de Tony Parker inquiète dans le Vercors. Le projet immobilier de l’ex-basketteur a quant à lui été stoppé par l’État.

Villard-de-Lans (Isère), reportage

Il y a deux mois, à Villard-de-Lans, le projet de résidence touristique de 700 lits porté par Tony Parker, ex-basketteur reconverti en homme d’affaires, était retoqué par l’État. Dans le massif du Vercors, si les habitants opposés au projet se sont réjouis de cette décision — qui n’empêchera pas le dépôt d’une nouvelle demande d’autorisation —, ils n’ont pas crié victoire trop tôt. En parallèle, un autre projet immobilier, lui aussi issu de la « galaxie Tony Parker » et pensé en lien avec le premier, avance silencieusement.

À quelques kilomètres, dans la commune de Corrençon-en-Vercors, se dessine une autre résidence touristique, dont le permis de construire a été validé le 24 novembre par la mairie. Selon la municipalité, le projet comprendra 81 logements, dont 51 appartements en résidence de tourisme « prêtes à vivre » (contre un total de 138 logements prévus initialement), sans précision du nombre de lits, 350 m² de surface commerciale, 790 m2 d’espace recevant du public et 122 places de stationnement, dont 66 couvertes. Le tout sur 2 hectares au pied des pistes de la station de ski de Villard-Corrençon. 

Le projet immobilier est porté par la SCCV de la Balme, une société lyonnaise dirigée via un enchaînement de holdings et de sociétés immobilières par Ruben Jolly, proche de Tony Parker et administrateur, tout comme l’ex-basketteur, de la société des remontées mécaniques de la station de ski de Villard-Corrençon.

La résidence immobilière doit être située au Clos de la Balme, au pied des pistes de la station de ski de Villard-Corrençon.

Des lits occupés 4 semaines par an

Au sein de l’association Vercors Citoyens, créée en opposition au projet immobilier de Tony Parker à Villard-de-Lans, on s’inquiète de la création d’une énième résidence qui risque de devenir un fantôme immobilier. « Il n’y a pas de conversion possible pour ce genre de bâtiment, cela finira inévitablement en lits froids [des lits touristiques occupés moins de quatre semaines par an] », dit Vincent Pidoux, membre de l’association. 

« Personne n’est pour la mort du tourisme dans le massif », explique le militant et habitant de Corrençon-en-Vercors. Mais pour lui, les deux projets immobiliers « ne correspondent pas au tourisme que l’on veut pour le Vercors. Nous sommes attachés à un tourisme familial, qui implique le tissu local ». La mairie de Corrençon-en-Vercors, qui n’a pas répondu aux multiples sollicitations de Reporterre, estime quant à elle dans un communiqué publié le 28 novembre que « le programme mixte est clairement dimensionné pour apporter à la fois un habitat permanent, des logements saisonniers et une offre touristique, dans le respect de la vocation montagne et touristique du territoire ».

Une partie de la parcelle sur laquelle veut s’implanter la résidence touristique a été illégalement déboisée entre l’été 2019 et l’été 2020.

De premières autorisations avaient été données au projet de Corrençon-en-Vercors par la préfecture de l’Isère, fin août dernier, pour le défrichement de la parcelle nécessaire pour permettre l’installation de la résidence touristique. Problème : un premier défrichement de 0,77 hectare avait été effectué illégalement entre l’été 2019 et l’été 2020 par les particuliers auxquels appartenait la parcelle avant son rachat par le porteur de projet. Une infraction qui s’était soldée, en septembre 2022, par une amende transactionnelle de 8 000 euros, alors qu’ils encouraient une amende pénale de 150 euros par mètre carré, soit… plus de 1 million d’euros.

Le plan des pistes de la station de Villard-de-Lans et de celle de Corrençon-en-Vercors.

Une étude d’impact jugée incomplète

Or l’autorisation de défrichement donnée par la préfecture se fonde sur une étude d’impact fournie par le porteur de projet ne prenant pas en compte le défrichement illégal. « Cette étude est donc forcément incomplète, et c’est ce qui nous amène à la contester », explique Elodia Bonel, juriste pour France Nature Environnement (FNE) Isère. L’association a effectué le 23 octobre un recours gracieux contre l’autorisation préfectorale aux côtés de Vercors Citoyens et d’une autre association, Biodiversité sous nos pieds. La préfecture dispose de deux mois pour répondre, son silence valant rejet de la demande.

Un autre point alerte les associations environnementales : la présence avérée d’une espèce protégée, la buxbaumie verte (Buxbaumia viridis), l’une des rares mousses protégées en France, sur la parcelle. « L’étude d’impact qui a été produite ne permet pas de démontrer qu’il n’y aurait pas d’impact sur les espèces protégées, et notamment sur la buxbaumie verte », explique Elodia Bonel.

La buxbaumie verte est l’une des rares mousses protégées en France. Wikimedia Commons / CC0 1.0 / HermannSchachner

L’arrêté préfectoral demande cependant au porteur de projet de prendre des mesures de préservation pendant les travaux, notamment via une signalétique autour des zones à protéger, et avec la surveillance d’un écologue spécialement missionné.

« De nouveaux lits touristiques vont augmenter les besoins en eau »

Les associations considèrent aussi que le projet de Corrençon-en-Vercors doit être apprécié à l’échelle du territoire. Sachant que celui-ci pourrait accueillir le projet de Tony Parker à Villard-de-Lans, mais aussi en prenant en compte le projet d’extension du dispositif d’enneigement artificiel de la station de ski, qui pourrait entraîner le doublement de la capacité d’une retenue collinaire. « Si on crée de nouveaux lits touristiques, on va augmenter les besoins en eau et en traitement des eaux, ce qui peut poser problème dans un massif karstique comme le Vercors », dit Elodia Bonel. 

Sollicités à plusieurs reprises par Reporterre, la préfecture de l’Isère tout comme le maire de Corrençon-en-Vercors, Thomas Guillet, n’ont pas donné suite. Le porteur de projet n’a pas pu répondre dans les délais.

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