Téléphérique sur le glacier de la Girose : le projet freiné grâce à des oiseaux protégés
Le téléphérique de La Grave, ici en 2024, dont la construction d'un futur troisième tronçon divise la population. - © Thibaut Durand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Le téléphérique de La Grave, ici en 2024, dont la construction d'un futur troisième tronçon divise la population. - © Thibaut Durand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Le gypaète barbu va-t-il sauver le glacier de la Girose ? Le 26 mai, le tribunal administratif de Marseille a jugé que la société d’aménagement touristique de La Grave (SATG), qui souhaite construire un troisième tronçon de téléphérique sur ce glacier à plus de 3 000 mètres d’altitude, devrait déposer une demande de « dérogation à la destruction ou à la perturbation d’espèces protégées ».
Dans le jugement consulté par Reporterre, le tribunal conclut que ce futur téléphérique sera survolé par « des gypaètes barbus, y compris par des jeunes gypaétons inexpérimentés » et pointe des risques de collision avec les câbles de l’appareil. Les garanties de sécurité présentées par la SATG ne sont pas « suffisamment caractérisé », ont estimé les juges.
Pour Thierry Favre, du collectif d’opposants La Grave autrement, qui avait porté ce recours juridique, cette décision « fissure le béton du T3 ». Seul regret : l’absence de prise en compte de l’androsace du Dauphiné, une fleur rare découverte par les naturalistes sur le site du futur chantier « Elle a été considérée comme une nouvelle espèce et les juges ont estimé qu’elle ne faisait pas partie de la liste des espèces protégées », regrette Thierry Favre.
Si la SATG veut relancer son projet de troisième tronçon de téléphérique, elle devra donc demander une dérogation à la destruction ou à la perturbation d’espèces protégées. Un processus qui prendra du temps selon Vincent Neirinck, de Mountain Wilderness. « Il faudra qu’elle démontre qu’il y a une raison impérative d’intérêt public majeur de porter atteinte à une espèce protégée pour l’obtenir. »
Un projet qui divise
L’opération pourrait s’avérer délicate. En effet, en 2023, Emmanuel Macron avait promis de placer la totalité des glaciers français sous protection forte. Plusieurs textes et circulaires ont depuis fait avancer cette déclaration un peu floue.
Tout d’abord, des mesures de protection ont été inscrites dans la stratégie nationale bas carbone 3, ainsi que dans la stratégie nationale pour les aires protégées (Snap) à la suite d’une circulaire envoyée en février 2025 par la ministre de la Transition écologique de l’époque, Agnès Pannier-Runacher. Tous ces documents sont actuellement entre les mains des préfets et autres autorités compétentes, qui devront statuer sur une éventuelle demande de dérogation pour construire le téléphérique.
Au vu du contexte, les opposants imaginent mal le troisième tronçon obtenir le label d’utilité publique. Mais ils restent sur leurs gardes : en février, le tribunal administratif de Marseille avait rejeté le recours qu’ils avaient déposé contre le permis de construire.
L’histoire de ce téléphérique divise le village de La Grave depuis des années. En 2023, des membres des Soulèvements de la Terre avaient installé une zad pour empêcher le lancement des travaux sur le glacier de la Girose, point d’arrivée du futur téléphérique.
Depuis, le projet est à l’arrêt, et l’État a lancé une concertation publique rassemblant à la fois les habitants, les socioprofessionnels, les commerçants et les associations écologistes. « L’enjeu est de travailler à l’avenir du territoire et de faire valoir ses atouts. Il faut mettre en valeur la montagne pas seulement pour les équipements qu’on installerait dessus », dit Vincent Neirinck.