Ces villages gèrent une microcentrale électrique avec une coopérative

Durée de lecture : 4 minutes

1er avril 2014 / Nicolas Bérard (L’Âge de Faire)

Les villages de Guillestre et Ceillac, dans les Hautes-Alpes, exploitent depuis 1998 une microcentrale électrique. Le syndicat intercommunal est désormais l’un des plus gros fournisseurs d’Enercoop.


Les communes de Guillestre et de Ceillac, petits villages des Hautes-Alpes situés au cœur du parc naturel du Queyras, affichent fièrement trois mille habitants à elles deux. Dans les années 90, le maire de Guillestre de l’époque, Louis Abrard, émet l’idée de profiter du torrent du Cristillan pour construire une microcentrale et produire de l’électricité. Le projet voit le jour en 1998, lorsque les deux communes se regroupent au sein d’un syndicat intercommunal, le Sivu.

« Ça rapportait un peu d’argent à nos communes », explique tout simplement Bernard Leterrier, l’actuel maire de Guillestre (EELV) et président du Sivu. La production n’est pas négligeable : 10 GWh/an (gigawatts-heure par an), soit l’équivalent de la consommation de trois mille sept cents foyers hors chauffage et eau chaude électrique. Afin de ne pas mettre en péril la vie du torrent, des « débits réservés » sont prévus : il s’agit de laisser passer une certaine quantité d’eau afin de permettre aux poissons de survivre.

Depuis, le temps a passé, la petite centrale a toujours bien fonctionné, et le marché de l’électricité a été ouvert à la concurrence au milieu des années 2000. Après avoir prolongé sa collaboration avec l’opérateur historique, le Sivu a lancé un nouvel appel à manifestation d’intérêt en fin d’année dernière, alors que son contrat le liant à EDF arrivait à échéance. Plusieurs prestataires se sont montrés intéressés, et c’est finalement la coopérative Enercoop qui a été retenue pour les trois prochaines années.

« Un choix politique »

Au sein du Sivu, et pour diverses raisons, ce choix ne faisait pas forcément l’unanimité. Bernard Leterrier, lui, a rapidement « été séduit par le projet d’Enercoop ». « Je ne le cache pas, c’est un choix politique, explique le maire écologiste. Je trouve qu’il est important de promouvoir et d’encourager une énergie qui ne soit pas issue du nucléaire. Et puis nous nous trouvons au cœur du parc naturel du Queyras, et la charte de ce parc précise que nous devons nous orienter vers tout ce qui est renouvelable. »

Le choix était pour lui d’autant plus naturel que les prix de rachat proposés par Enercoop étaient légèrement plus élevés que ceux proposés par EDF. « Notre atout, c’est que nous pouvons compter sur environ 18 000 consommateurs qui, par militantisme, sont prêts à payer un peu plus cher leur électricité pour avoir une énergie propre », explique Jérôme Lelong, d’Enercoop Paca.

Restait encore le problème des garanties : signer un accord avec EDF est toujours plus rassurant que de le faire avec un nouveau venu… « Il a fallu que nous montrions que nous étions sérieux, et que nous avions, nous aussi, de réelles garanties », détaille Jérôme Lelong.

Six coopératives régionales

La première coopérative Enercoop a été fondée en 2005 au niveau national par des organisations écologistes et de l’économie sociale, qui voulaient replacer le citoyen au cœur de la production d’énergie. Depuis, six coopératives régionales ont été créées. Toutes font appel au sociétariat citoyen, et l’ensemble du mouvement a aujourd’hui dépassé les dix-huit mille consommateurs et onze mille sociétaires.

Enercoop Paca, l’une des dernières nées, a démarré en 2013 après plusieurs mois de préparation sous forme associative. Alors que de nombreux contrats liant les centrales hydro-électriques à EDF arrivent à échéance, la coopérative a pour objectif d’élargir son parc de producteurs.

En intégrant Enercoop, le Sivu donne bel et bien un coup de pouce aux énergies renouvelables, puisque tous les bénéfices de la SCIC (société coopérative d’intérêt collectif, à but non lucratif) sont réinvestis dans de nouveaux projets de production d’électricité « propre ».

Or, avec ses 10 GWh/an, la microcentrale hydroélectrique du Cristillan devient le second plus gros producteur d’Enercoop. Le syndicat intercommunal a intégré la coopérative en tant que sociétaire.

« C’était important pour nous car le Sivu pourra nous apporter sa double vision de collectivité locale et de producteur », indique Jérôme Lelong. Cette centrale située en montagne, dans un parc naturel, fait également figure de symbole pour Enercoop.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Article transmis par L’Âge de Faire dont Reporterre est partenaire.

Lire aussi : Stop au gaspillage d’électricité, vive la lumière des étoiles !.

12 novembre 2019
Pour les jeunes des centres sociaux, « la nature parle mais les hommes ne l’écoutent pas »
Reportage
9 novembre 2019
L’effondrement de l’URSS et de son agriculture industrielle a été bénéfique pour le climat
Info
12 novembre 2019
Qu’est-ce qu’un nano-plastique ?
1 minute, 1 question