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Eau et rivières

Chili : bientôt plus d’eau aux robinets de Santiago ?

La rivière Mapocho asséchée au Chili, en 2020.

À Santiago, le moment tant redouté est arrivé : les autorités ont annoncé un plan de rationnement de l’eau potable. Confrontées à douze années de sécheresses consécutives, la capitale et sa région se préparent à une pénurie extrême.

Chili, correspondance

La rivière Mapocho, qui traverse la métropole installée au pied de la cordillère des Andes et de ses glaciers, est asséchée. Son débit aurait baissé de 57 % en 2021, quatrième année la plus sèche enregistrée au XXIe siècle, selon la Direction météorologique du Chili.

Face à cette situation inédite, le gouverneur de l’agglomération de Santiago, Claudio Orrego, a annoncé le 11 avril que « pour la première fois dans son histoire, Santiago a [désormais] un plan de rationnement de l’eau, conséquence de la gravité du dérèglement climatique ». Il a ajouté qu’« une ville ne peut pas vivre sans eau », et qu’il faut se préparer « au fait qu’il n’y ait pas suffisamment d’eau pour tous ceux vivant ici ». Désormais en vigueur, ce protocole ne s’appliquera qu’en cas de besoin en fonction de la disponibilité en eau, et restera actif jusqu’à nouvel ordre du gouverneur.

Afin d’éviter le fameux « jour zéro », date limite où l’eau ne coule plus au robinet, la région de Santiago — où vivent 8 millions d’habitants — a proposé un plan graduel de restrictions, en fonction de la disponibilité en eau. Les deux premiers paliers réduisent l’usage des eaux non indispensables (principalement celles utilisées pour irriguer les jardins ou pour les piscines) et la baisse de la pression au robinet. Le niveau rouge, palier le plus élevé, prévoit des coupures rotatives pouvant aller jusqu’à 24 heures. Les entreprises qui fournissent de l’eau potable ont désormais le droit d’effectuer ces coupures tous les 12, 6 et 4 jours, selon le déficit à couvrir.

Le Mapocho asséché, traversant Santiago, en 2016. Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0/Alvareznelson

« Il est important de souligner que le rationnement ne concerne que trois municipalités de Santiago [environ 1 million d’habitants sur les 8 millions de la région métropolitaine], où la consommation d’eau par habitant est la plus élevée, explique à Reporterre Chloé Nicolas Artero, géographe spécialisée sur les questions hydriques au Centre des sciences du climat et de la résilience du Chili (CR2). Ce sont les quartiers les plus cossus, comme Lo Barnechea qui consomme environ 500 litres par habitant par jour [notamment pour arroser et remplir les piscines]. Alors qu’à deux pas de Santiago, dans les zones rurales, des centaines de milliers d’habitants se font livrer par camions-citernes 50 litres d’eau par jour, minimum établi par l’Office national des urgences du Chili. »

La consommation d’eau potable dans la région métropolitaine à Santiago est proche de la moyenne nationale, environ 160 L/hab/jour, à l’exception des communes du secteur oriental, avec une demande significativement majeure (conséquence de l’arrosage résidentiel, entre autres). © SISS

« Une surconsommation d’eau » liée à l’exportation

La « méga-sécheresse », comme elle est désormais souvent appelée, devient une réalité pour les habitants de la capitale, mais elle l’est déjà depuis une décennie pour les populations rurales. Les petits paysans abandonnent leurs cultures et les éleveurs ont perdu des milliers de têtes de bétail. « Il y a deux principaux facteurs à la sécheresse au Chili. Le premier est d’ordre naturel, lié au dérèglement climatique », précise Chloé Nicolas Artero. La baisse des précipitations a atteint 30 % entre 2010 et 2019 selon le CR2, son centre de recherche climatique.

Le deuxième facteur est d’ordre social et anthropique. « On constate au Chili une surconsommation d’eau dans l’ensemble des bassins versants, liée à l’activité exportatrice : au nord, l’industrie minière ; au centre, l’agro-industrie qui exporte avocats, raisins ou amandes vers le nord du globe ; et au sud, des monocultures d’eucalyptus et de pins qui réduisent les capacités des sols à absorber l’eau. » Au Chili, l’agriculture et les industries forestière et minière consomment 90 % des ressources en eau. L’usage domestique ne représente, lui, que 10 %.

Selon Claudio Orrego, « Santiago et le Chili sont amenés à mener une véritable révolution hydrique. Nous devons créer une culture de la pénurie d’eau où les entreprises, l’agriculture, l’État et les citoyens protègent la ressource ». Le jeune président Gabriel Boric, quelques jours après sa prise de fonction début mars, avait évoqué d’« éventuels rationnements d’eau, vu le niveau de la crise ».

La question de l’eau au Chili est centrale. La Convention constitutionnelle qui rédige le nouveau texte fondamental vient d’accorder à l’or bleu le statut de « bien commun inappropriable », première étape symbolique pour mettre fin au modèle privé de l’eau, instauré par la Constitution de 1980, adoptée pendant la dictature de Pinochet.

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