Copenhague blues

20 décembre 2009 / Attac, Greenpeace, Parti de Gauche

Trois réactions sur les résultats de la COP 15 de Copenhague.


ATTAC France

Copenhague ou le fardeau légué par les riches

« Le plus grand rendez-vous de l’histoire de l’humanité » selon Jean-Louis Borloo se solde par un échec politique historique, un déni du réel et des savoirs scientifiques, une honte morale, une insulte aux plus pauvres.

Alors que sous la pression des opinions publiques, plus de cent chefs d’État ou de gouvernement étaient réunis, aucun accord digne de ce nom n’a pu être conclu. Les pays riches, en refusant de prendre des mesures qui reconnaîtraient leur responsabilité historique dans le changement climatique, ont précipité l’échec. Soumise aux lobbies du green business et enfermée dans des logiques diplomatiques héritées des périodes coloniales, la tribu des pays riches n’a pas su voir que le chaos climatique, subi déjà par nombre de pays du Sud, rendait dérisoires leurs tentatives de division. Les manipulations néocoloniales de Nicolas Sarkozy en direction de l’Afrique n’ont pas suffi !

Ils n’ont pas su voir, eux qui se pensent toujours les maîtres du monde et de la nature, qu’une nouvelle configuration des relations entre le Nord, à bout de souffle, et le Sud est en train de se dessiner et qu’on ne négocie pas avec la nature, comme le scandaient de nombreux manifestants.

Après avoir expulsé des négociations les ONG qui contestaient le fiasco en gestation, après avoir concocté des textes dans des salles obscures au mépris des règles multilatérales minimales, ils s’en prennent désormais à l’ONU, où il est vrai, la Bolivie, les pays de l’ALBA , Tuvalu, et tant d’autres peuvent s’exprimer en principe à égalité avec des pays dont la superpuissance s’avère dérisoire face aux enjeux. Pourtant le texte final a été concocté, en dehors de toute procédure onusienne, par le MEF (Major Economies Forum), équivalent du G20. Un texte qui ne mentionne pas d’objectif de réduction des émissions à court, moyen et long terme, un texte dont le principal motif est de refuser tout traité international contraignant pour les pays riches. Un texte qui met à nu la logique des intérêts privés.

Après avoir tenté de criminaliser les multiples mouvements sociaux présents à Copenhague par des techniques policières d’arrestation de masse, ils ne sont pas venus à bout d’un mouvement pacifique, déterminé, massif et imaginatif, un mouvement international, porteur d’un nouvel espoir et conscient de ses responsabilités. Desmond Tutu a déclaré : « il est préférable de ne pas avoir d’accord plutôt qu’un mauvais accord. » Nous y sommes. Et Copenhague n’est qu’une étape pour que la déclaration des peuples, issue du forum alternatif et lue dans l’enceinte de l’ONU, devienne la base d’un accord entre les peuples.

À Copenhague, une convergence inédite entre mouvements sociaux, mouvements écologistes, mouvements de solidarité internationale a fait naître un nouvel espoir et constitue un tournant du mouvement altermondialiste. Plus que jamais, nous avons à poursuivre partout sa construction, à nous engager dans des initiatives locales, à faire pression sur les élus, et nous serons présents aux prochains rendez-vous jusqu’à Mexico, fin 2010. C’est leur échec, ce n’est pas le nôtre !


GREENPEACE

"Copenhague : une bataille essentielle est perdue. Le combat continue…"

Copenhague, 19 décembre 2009 – Après une nuit mouvementée ; les États membres des Nations unies ont clôturé le sommet mondial de Copenhague dans le chaos, l’amertume et la confusion. Les représentants des pays les plus vulnérables ont fini par perdre leur dernière bataille : l’assurance d’obtenir un accord juridiquement contraignant l’année prochaine, au Mexique.

Copenhague n’ouvre même pas la voie à un accord contraignant

« La conférence n’a même pas réussi à imposer la conclusion d’un accord juridiquement contraignant pour 2010. Certes, les négociations se poursuivront l’année prochaine. Mais il va falloir repartir de la case départ. Nous voilà exactement là où nous étions à Bali, il y a deux ans », déplore Pascal Husting, directeur de Greenpeace France.

Face à ce désastre, Greenpeace condamne fermement l’arrogance et l’égoïsme des chefs d’État et de gouvernement des pays les plus puissants au monde, qui ont tenté d’imposer un texte « à prendre ou à laisser », négocié entre eux et vendu aux médias avant même d’être présenté aux Nations unies.

Immense déception provoquée par les pays industrialisés

Principal responsable du désastre de Copenhague, le président des Etats-Unis, dont la venue avait soulevé d’immenses espoirs. Barack Obama a terriblement déçu en s’inscrivant dans la droite lignée de George W Bush son prédécesseur.

L’Europe a fait la preuve de son impuissance totale, incapable d’améliorer son objectif de réduction de ses émissions comme de chiffrer son soutien aux pays en développement après 2012. Incapable aussi de parler d’une seule voix. En témoignent les initiatives aventureuses et isolées de Nicolas Sarkozy, par exemple. A la tribune onusienne, le président français a certes interpellé avec vigueur ses homologues avec une série de provocations sur le mode « Qui osera dire ? ». Mais il s’est montré incapable de passer des belles paroles aux actes et laisse sans réponse la seule question vraiment importante : « Qui osera faire »…

Quant à la Chine, elle n’a certes pas facilité les négociations, mais il faut admettre qu’elle n’a pas à assumer comme les pays riches la responsabilité historique de la situation de crise climatique actuelle.

Les politiciens parlent, les leaders agissent

Le leadership n’est pas venu des pays responsables du dérèglement climatique et qui auraient pu faire de Copenhague un succès. Il est venu des millions de personnes qui se sont mobilisées pour les pousser à agir. Il est venu des pays les plus vulnérables, qui ont résisté jusqu’au bout de la nuit à l’accord que tentait de leur imposer une poignée de pays riches, leur donnant une leçon méritée de gouvernance mondiale.

« Des millions de personnes, riches ou pauvres, au Nord comme au Sud, ont pris conscience que notre avenir commun est en jeu et dépend des solutions que nous apporterons à la plus grande menace qui pèse sur notre planète. Si cette conférence est un échec, elle a ouvert la porte à un débat mondial sur la nécessité d’agir pour sauver la planète, c’est une première. Et la seconde étape c’est Mexico, l’année prochaine, conclut Karine Gavand, responsable de la campagne climat à Greenpeace France. Nous ne pouvons changer la science, alors il faut changer la politique. Et si nous ne pouvons changer de politique, alors changeons d’hommes politiques ! »

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PARTI DE GAUCHE

Le compromis pourri du G20 déguisé en Sommet de Copenhague

C’est bien d’un "compromis pourri" qu’il s’agit. Le Sommet de Copenhague, qui aura réuni pendant deux semaines près de 200 pays du monde entier, vu défiler les « grands » dirigeants de la planète, rassemblé près de 100.000 citoyen-ne-s dans les rues de la capitale Danoise... Tout ça se résume finalement à un accord politique au rabais, une déclaration d’intention scandaleusement vide et à une gifle infligée aux pays du Sud, aux mouvements citoyens et à la planète toute entière.

On espérait encore assister à un sursaut à Copenhague, on récolte pire qu’un échec : une régression honteuse.

Un déni de concertation multilatérale...

En guise de négociations multilatérales et transparentes, de ce Sommet sort un texte rédigé en huis clôt par un petit groupe de moins de 30 pays, menés essentiellement par les États Unis, la Chine, le Brésil et l’Afrique du Sud. Il y aurait donc une concertation à deux vitesses ? Les pays qui comptent et ceux qui n’ont pas voix au chapitre ?! C’est à une mascarade de G20, déguisé en Sommet international, qu’on a assisté. Dont ont en outre été écartées les délégations pourtant dûment accréditées des ONG. Loin des regards on s’entendrait donc mieux entre « grands de ce monde » ?

... aux relents néocolonialistes

Les pays industrialisés, au premier rang desquels les États Unis et la France, ont été à la manœuvre pour diviser les pays du Sud, ils se sont une fois de plus montrés prêts à tout pour pouvoir annoncer un accord et continuer à se partager les juteux droits à polluer sur le marché carbone. La demande initiale de financement du groupe Afrique est ainsi curieusement passée par pertes et profits après la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre d’Ethiopie Meles Zenawi ; les plus coriaces des négociateurs philippins ont été évincés après la rencontre entre Hillary Clinton et la présidente des Philippines Gloria Arroyo. On est en droit de s’interroger sur ce qui s’est réellement passé dans les coulisses du Bella Center et quelle a été la nature des pressions exercées.

Les pays africains et insulaires sacrifiés

Les pays africains et insulaires savent pourtant bien, eux, ce que signifient les effets du changement climatique. Et ce à quoi les condamne l’absence d’accord contraignant. L’objectif de limitation de la hausse des températures à 2°C en 2050 inscrit dans le texte correspondrait à une augmentation de 3 à 3,5°C en Afrique. Selon le Pan African Climate Justice Alliance, cela signifierait 55 millions de personnes de plus souffrant de famine, et 350 à 600 millions de personnes de plus victimes du stress hydrique. Les victimes climatiques présentes et à venir se souviendront de la diplomatique pondération du texte de Copenhague.

Une coquille vide

Le texte indique la volonté de limiter la hausse des températures à 2°C mais ne prévoit ni moyens, ni engagements, ni objectifs chiffrés, ni mécanismes de contrôle ! C’est une farce bien amère. Il ne comprend aucun engagement chiffré de réduction des émissions d’ici 2020, ni même d’ici 2050. L’Union Européenne, malgré pendant ses annonces la nuit, reste sur ses positions de 20% en 2020, les autres pays sont censés faire connaître leurs engagements début 2010.

Le texte ne comprend aucun mécanisme contraignant. Le projet d’une instance internationale de contrôle a été abandonné devant le refus sans appel de la Chine. Au nom de la souveraineté nationale, le texte se contente donc d’inviter les pays à rendre compte de leurs efforts devant les Nations Unies tous les deux ans, sans aucune contrainte juridique. En ce qui concerne la protection des forêts, le texte en reconnaît l’importance mais se contente de proposer des mesures incitatives.

Plus qu’un échec, Copenhague entérine donc un recul violent par rapport à Kyoto. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour dire qu’il aurait mieux valu ne pas avoir d’accord du tout. Bref, c’est le règne de la pensée magique : tout ceci est bigrement important, on l’écrit noir sur blanc, on signe tous en bas et ouf, on a sauvé le monde... Nos dirigeants nous prendraient-ils pour des imbéciles ?

Pour un contrôle citoyen : la balle est dans notre camp !

Ce texte est une gifle à la face du monde. Il ne sert que la cause des chefs d’État, en sacrifiant les populations les plus pauvres et les générations futures. Insulte aux pays du Sud, attitude néocoloniale, suprématie des logiques capitalistes et des intérêts privés, égoïsme des nations et aveuglement des dirigeants. La balle est désormais dans notre camp.
Nous sommes nombreux, comme l’ont prouvé les déclarations des dirigeants de Bolivie et du Venezuela, les positions fermes et courageuses de nombreux pays du Sud, et les milliers de manifestants qui ont défilé dans les rues pour réclamer une justice sociale et climatique malgré la répression et les tentatives de musellement des forces de l’ordre.

L’opinion publique doit se faire entendre et sanctionner durement ces dirigeants sans morale qui bafouent l’intérêt général au nom de la logique économique et diplomatique. Les mouvements écologistes et altermondialistes qui se sont découverts forces militantes durant ce Sommet doivent poursuivre la convergence avec les syndicats, partis politiques, mouvements populaires, pour que se mette en place un véritable contrôle citoyen de notre avenir commun.

Prochains rendez-vous des représentants des gouvernements à Bonn dans 6 mois, puis à Mexico fin 2010... On y sera. Et d’ici là ils n’ont pas fini de nous entendre.




Source : Courriels à Reporterre

Lire aussi : Le jour d’après http://www.reporterre.net/spip.php?...



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