EXCLUSIF - La carte des portraits de Macron réquisitionnés pour le climat

Durée de lecture : 4 minutes

25 avril 2019 / Alexandre-Reza Kokabi et Émilie Massemin (Reporterre)

Parce qu’ils jugent la politique climatique et sociale du gouvernement inexistante, les activistes d’Action non violente-COP 21 « réquisitionnent » dans tous les coins de France des portraits présidentiels. Reporterre propose une carte de ces actions symboliques, actualisée au 9 juillet 2019.

Carte des « réquisitions » et des « apparitions » des portraits présidentiels - actualisée au 30 août 2019

La carte en plein écran est DISPONIBLE ICI


Légende :

«Apparitions» des portraits sur des terrains de lutte.

«Réquisitions» des portraits d'Emmanuel Macron dans des mairies.


Ce jeudi 25 avril 2019, à 18 heures, Emmanuel Macron s’exprimera au Palais de l’Élysée. Le président de la République devrait annoncer des mesures destinées à répondre au mouvement des Gilets jaunes et aux souhaits des Français, recensés sur la plateforme du « grand débat national ». Les enjeux écologiques seront-ils pris en compte dans son allocution ? Rien n’est moins sûr, si l’on se fie au « projet d’allocution » récupéré par l’AFP.

Jusqu’à présent, le compte n’y est pas. Pour Action non violente-COP 21 (ANV-COP21), le président de la République et le gouvernement ne sont pas à la hauteur du défi posé par la crise écologique. Depuis le 21 février 2019, le mouvement tente de forcer un changement de cap à travers des actions symboliques. Ses activistes ont réquisitionné plus de trente portraits d’Emmanuel Macron dans des mairies de toute la France. Leur souhait : « illustrer symboliquement le vide de la politique climatique et sociale du gouvernement Macron en laissant des murs vides à la place des portraits que nous décrochons », explique Pauline Boyer, porte-parole d’ANV-COP21.

Les portraits sont conduits dans des lieux tenus secrets. Ils seront restitués quand les activistes jugeront l’action du gouvernement à la hauteur des enjeux écologiques. En attendant, ils sont exhibés « dans des endroits où on peut entendre la colère sociale et climatique, dit Pauline Boyer. Nous dénonçons le double discours d’un gouvernement qui a des propos assez radicaux sur le dérèglement climatique mais qui freine la transition énergétique en continuant de valider des projets néfastes. » Connivences avec les lobbies pollueurs, chantier du grand contournement ouest de Strasbourg (GCO), projet de pont autoroutier au-dessus de la Loire près d’Orléans ou encore enfouissement des déchets industriels ultimes dans Stocamine près de Wittelsheim… les griefs des écologistes contre Emmanuel Macron et son gouvernement ne manquent pas.

Plusieurs ministres ont condamné ces réquisitions de portraits. Le 21 février, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a tweeté que « les décrochages du portrait du président de la République sont inacceptables. On ne porte pas atteinte aux symboles de la République. Soutien aux maires ». Le ministre chargé des collectivités territoriales, Sébastien Lecornu, a condamné ces actions avec « la plus grande fermeté ».

Face aux réquisitions des portraits, les autorités ont contre-attaqué. Mardi 23 avril au soir, 68 personnes avaient été auditionnées, 33 gardées à vue, 31 perquisitionnées. La gendarmerie a même reçu des directives particulières contre ces activistes : elle doit « s’assurer qu’une procédure judiciaire de flagrance soit systématiquement ouverte pour vol aggravé (en réunion) » et « recueillir les plaintes des maires ou à défaut, celles des préfets en substitution ». Elle est également encouragée à prendre attache avec le bureau de lutte antiterroriste (Blat) « afin de déterminer les modalités à mettre en œuvre pour rechercher la responsabilité morale de l’association ».

« Ils défendent un symbole, mais nous, on défend la vie. »

Cinq procès ont d’ores et déjà été annoncés : le 28 mai à Bourg-en-Bresse, le 26 juin à Strasbourg, le 2 septembre à Lyon, le 11 septembre à Paris et le 4 novembre à Paris. Accusés de « vol en réunion », les activistes risquent 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende. « C’est une répression inédite, souligne Pauline Boyer. C’est la première fois que le bureau de lutte antiterroriste est sur le coup. On n’a jamais eu autant de procès pour toutes les actions qu’on a menées avant. Eux défendent un symbole, mais nous, on défend la vie. »

Malgré les risques encourus, les activistes ne baissent pas les bras. Ces prochaines semaines, ils promettent de nouveaux décrochages. « Il est essentiel de les multiplier pour contraindre Emmanuel Macron à faire ce qu’il devrait faire. Nous sommes dans une urgence climatique et sociale telle que le Président devrait utiliser tous ses pouvoirs pour faire en sorte que la société devienne soutenable. Soit il le fait, soit il s’en va. »


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Source : Alexandre-Reza Kokabi et Émilie Massemin pour Reporterre

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