En Australie, les fausses informations sur les incendies se répandent comme une trainée de poudre

Durée de lecture : 4 minutes

11 février 2020 / Lilas-Apollonia Fournier (Reporterre)



Les « fake news », ou infox, ont gangréné le débat sur la crise des incendies en Australie. Certains hommes politiques et médias minimisent le rôle du changement climatique et accusent les Verts de s’opposer à la réduction des risques des feux.

  • Melbourne (Australie), correspondance

Les activistes du mouvement Extinction Rebellion se tiennent prêts. Ils protesteront en mars devant les immeubles du groupe médiatique News Corporation, à Melbourne, pour demander à ce que le plus gros groupe de presse d’Australie, qui détient deux tiers des quotidiens dans le pays, « dise la vérité sur le changement climatique ». Son actionnaire principal, le milliardaire Rupert Murdoch, influence le débat politique sur les incendies depuis des mois et ses médias contribuent à répandre de fausses informations depuis le début de la crise. The Australian, son quotidien le plus influent, a assuré en janvier que les pyromanes étaient la principale source des feux et que les incendies n’étaient pas plus graves que les années précédentes, information démentie par les scientifiques. « Les médias de News Corp ont un pouvoir énorme et mènent un argument négationniste du climat depuis des années », explique Denis Muller, expert en éthique des médias à l’université de Melbourne. Les réseaux sociaux et des personnalités politiques ont alimenté cette rumeur, à l’image du sénateur du Parti libéral Eric Abetz, qui a parlé d’un niveau d’incendies criminels « sans précédent ». La police du Victoria a nié les faits, démontrant que ses dernières données sur le sujet remontent à septembre 2019 pour les douze derniers mois, et comptaient le taux d’incendies criminels le plus bas en dix ans, avec 21 délits.

Comme le sénateur Eric Abetz, beaucoup d’Australiens ne veulent pas entendre parler du changement climatique. Pour Greg Mullins, porte-parole du Conseil climatique en Australie, c’est « une distraction dangereuse de suggérer que le changement climatique n’est pas la cause principale des incendies ». C’est pourtant ce qu’a affirmé le ministre des Affaires intérieures, Peter Dutton, le 5 février. L’organisation indépendante qu’est le Conseil climatique a notamment reproché au Premier ministre, Scott Morrison, un récent discours proclamant que la réduction des risques était aussi importante que la réduction des émissions de gaz à effets de serre. « Nous devons agir sur la cause profonde [des feux], l’aggravation du changement climatique. Faire valoir que ces incendies ont été causés par un manque de réduction des risques est simpliste et tout simplement faux », dit Greg Mullins.

« Les États conservateurs et miniers ne se rebelleront pas, la politique ne changera pas » 

« C’est la faute des Greenies [les écologistes] », préfèrent accuser certains Australiens. Les réseaux sociaux et News Corp ont alimenté la théorie du complot selon laquelle les Verts sont opposés aux mesures de prévention des feux de forêt, bien que le parti ait récusé cette accusation. « L’Australie est un pays très conservateur, c’est pourquoi il est facile de trouver un public prédisposé à croire ce genre de mensonges, car il pense que les Verts sont trop radicaux, analyse Denis Muller. Contrairement aux Français, les Australiens ne prennent pas la politique au sérieux et croient ce qu’ils voient à la télé. »

Manifestation devant les bureaux de News Corp à Sydney, le 31 janvier 2020.

En niant la crise climatique, les conservateurs cherchent à faire taire le débat de fond sur la longue relation qu’entretient le pays avec le charbon. L’Australie est le premier exportateur mondial de cette matière première. « Bien que de plus en plus de manifestations pour le climat s’organisent dans le pays, tant que le Queensland et l’Australie-Occidentale, les États conservateurs et miniers ne se rebelleront pas, la politique ne changera pas », affirme Denis Muller.

Le débat qui fait rage ferait presque oublier que les mégafeux continuent de détruire une partie du sud-est du pays. Rien que dans l’État de Nouvelle-Galles du Sud, 42 feux sont toujours actifs, bien que les inondations qui frappent actuellement une partie de l’État les ait réduits d’un tiers. Au total, 33 personnes ont perdu la vie depuis septembre et 11 millions d’hectares ont été réduits en cendre.


EN BREF

Inondations — Des pluies diluviennes et des vents violents s’abattent depuis plusieurs jours sur Sydney et une partie de la Nouvelle-Galles du Sud, provoquant des inondations importantes. 100.000 personnes ont été privées d’électricité.

Pollution — Le Territoire de la capitale australienne et Asthma Australia travaillent ensemble pour élaborer des directives sur la gestion de la qualité de l’air dans les écoles de Canberra. La capitale de l’Australie a connu l’une des pires qualités de l’air au monde à cause de la fumée des incendies cette saison.





Lire aussi : Malgré les mégafeux, l’Australie ne rompt pas avec l’industrie du charbon

Source : Lilas-Apollonia Fournier pour Reporterre

Photos :
. chapô : Le 4 février, en Australie. Ian Seabrook sur Twitter
. manifestation : Pauline Lockie sur Twitter

DOSSIER    Les feux en Australie

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