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En Autriche, l’extrême-droite cultive les thèmes écologistes

Durée de lecture : 4 minutes

3 décembre 2016 / par Violette Bonnebas (Reporterre)

Dimanche 4 décembre aura lieu l’élection présidentielle en Autriche. Elle avait déjà eu lieu en février, permettant au candidat écologiste, Alexander Van der Bellen, de l’emporter, mais la justice a imposé de refaire l’élection. Il est opposé au candidat d’extrême-droite, Norbert Höfer. Qui invoque lui aussi l’écologie. Le différend porte sur d’autres thèmes : l’immigration, l’Europe.

- Berlin, correspondance

Il s’oppose au nucléaire et aux OGM, défend l’agriculture biologique, réclame la fin des énergies fossiles en Autriche. Norbert Hofer n’est pourtant pas le candidat écologiste à l’élection présidentielle autrichienne, mais son adversaire… d’extrême-droite. Vice-président du parlement, il est membre du FPÖ, le puissant parti fondé par d’anciens nazis de la petite république alpine. Le candidat serait-il alors un “Vert contrarié”, comme le suggérait le quotidien autrichien Die Presse en mai dernier ?

Norbert Hofer, le candidat de l’extrême droite

Il y a de quoi être dérouté. Son parti, par la voix de son chef Heinz-Christian Strache, assurait pourtant l’an dernier que l’Homme n’était pas responsable du changement climatique et que le protocole de Kyoto ne servait qu’à “faire du business”.

La candidature d’un représentant de l’aile libérale du parti témoigne sans aucun doute d’une volonté des populistes de droite de lisser leur image pour accéder au pouvoir. Mais pas seulement. Une partie de l’extrême-droite autrichienne a hérité du vif intérêt des nazis pour la nature.

Le IIIe Reich, dont l’Autriche faisait partie, promouvait en effet l’idéologie raciste “Blut und Boden” (littéralement, “sang et sol”), selon laquelle “la terre, le paysage, la forêt germaniques forgent le caractère du peuple germanique, explique le journaliste spécialiste de l’extrême-droite Toralf Staud. Pour préserver le peuple, il faut donc préserver la terre.”

Ce fondement de la pensée national-socialiste justifia l’appropriation de territoires et l’anéantissement d’autres peuples, mais aussi une volonté de conserver la soi-disant “pureté” de cette nature nourricière. La propagande d’Etat faisait de l’Autrichien Adolf Hitler et de son ministre Hermann Göring les anges-gardiens des animaux, interdisant notamment la vivisection et l’abattage par égorgement - des pratiques attribués aux Juifs, “ennemis de l’humanité”.

En 1935, les autorités adoptèrent la première loi de protection de la nature (“Reichsnaturschutzgesetz”), qui créa des zones naturelles protégées et introduisit la notion d’espèces protégées. Le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau devait même devenir “une station d’expérimentation paysagère” selon les mots de son commandant, Rudolf Höß.

Si cette politique a été peu à peu délaissée par le régime nazi au profit de l’industrialisation massive à des fins de guerre, l’idéologie “Blut und Boden” se retrouve aujourd’hui en Autriche et en Allemagne chez les “Grüne Braune” (“les bruns verts”). Sous couvert de protection de l’environnement, ces petites communautés d’extrême-droite diffusent leur idéologie dans les campagnes en se lançant dans l’agriculture biologique et en organisant des opérations de “nettoyage national des forêts”.

Le candidat d’extrême-droite à la présidentielle autrichienne a lui aussi adopté cette rhétorique. A l’instar du NPD, le parti néo-nazi allemand, Norbert Hofer a fait sien le slogan “Umweltschutz ist Heimatschutz” (en français : "protéger l’environnement, c’est protéger la patrie"). Il aime à citer en exemple l’Etat du Burgenland dont il est originaire. Cette petite région agricole, à la frontière avec la Hongrie, a deux grandes particularités. D’une part, c’est un modèle d’autonomie énergétique grâce notamment à l’éolien. D’autre part, c’est aussi la première région co-dirigée par les sociaux-démocrates… et l’extrême-droite, depuis mai 2015.

Les énergies, « une question nationale », selon M. Hofer

“Pour le FPÖ, la question de l’utilisation de l’énergie est une question nationale, affirmait Hofer en 2006, parce que nous voulons être indépendants de l’étranger. Et nous ne le pourrons que si nous utilisons nos ressources renouvelables.”

Si leur idéologie est radicalement différente, Norbert Hofer et son concurrent Alexander van der Bellen, l’ancien chef des Verts autrichiens, ont de nombreuses revendications écologiques en commun, si bien qu’il est difficile pour un électeur non averti de les différencier sur ce thème. “Norbert Hofer chasse sur les terres de son adversaire”, résume Mathias Auer, éditorialiste à Die Presse.

L’écologie est devenue consensuelle dans un pays champion de l’agriculture biologique, des énergies renouvelables et du recyclage. La campagne électorale se joue sur d’autres sujets, miroirs des angoisses des Autrichiens : l’immigration, perçue par Hofer comme une “invasion de musulmans” ; la place de l’Autriche dans l’Union européenne, que le candidat FPÖ souhaiterait remettre en cause ; les liens avec la Russie et la Turquie.

Alexander Van der Bellen, le candidat des écologistes

En mai dernier, Norbert Hofer avait perdu de peu l’élection présidentielle mais le scrutin n’avait pas été validé en raison d’un vice de procédure lors du dépouillement. Les mois supplémentaires de campagne ne lui auraient pas donné de net avantage sur son adversaire : si l’on en croit les sondages, il est toujours au coude-à-coude avec Alexander van der Bellen.


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Lire aussi : Face à l’extrême-droite, un écologiste est élu président de l’Autriche

Source : Violette Bonnebas pour Reporterre

Photos :
. chapô : Ville de Hallstatt (© Cha Gia José)
. Norbert Hofer : FPÖ
. Alexander van der Bellen : ©Manfred Werner/Tsui
. éoliennes près de la ville de Mönchhof : © Martin Schachermayer

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