Face à l’extrême-droite, un écologiste est élu président de l’Autriche

Durée de lecture : 4 minutes

24 mai 2016 / par Violette Bonnebas (Reporterre)

Le candidat d’extrême-droite pouvait l’emporter à la présidentielle autrichienne. Mais c’est un écologiste qui a finalement gagné : Van Der Bellen est le premier chef d’Etat écologiste en Europe élu au suffrage universel.

- Berlin, correspondance

Un écologiste comme rempart à l’extrême-droite. Au terme d’une élection à suspense, les Autrichiens ont élu lundi 23 mai à la présidence de la République l’ancien chef du parti vert, Alexander Van der Bellen, préféré sur le fil au candidat xénophobe Norbert Hofer : M. Van der Bellen a obtenu 50,3 % des voix contre 49,7 % à son adversaire. Ce dernier avait pourtant réuni 35 % des suffrages au premier tour, loin devant la concurrence, et il était donné gagnant dans de nombreux sondages d’entre-deux-tours.

Surnommé respectueusement par la presse et les militants “Herr Professor”, qualifié par son adversaire populiste de “candidat des milieux chics” ou de “fasciste vert”, le nouveau président autrichien a longtemps enseigné l’économie et la finance à l’université. Mais surtout, à 72 ans, il est l’une des figures majeures de l’écologie politique dans son pays.

D’abord encarté chez les sociaux-démocrates du SPÖ, “Herr Professor” observe avec intérêt l’un des actes fondateurs de l’écologie autrichienne, en 1984 : l’occupation de la Hainburger Au - plaine alluviale du Danube - par des milliers d’activistes de gauche. Il épouse pour de bon la cause verte quelques années plus tard, poussé par l’un de ses étudiants de l’université de Vienne. M. Van der Bellen grimpe peu à peu les échelons jusqu’à prendre la tête du tout jeune parti Die Grünen - Die grüne Alternative en 1997.

En une dizaine d’années, il transforme un mouvement d’opposition en parti de gouvernement, quatrième formation politique du pays. A la tête des Verts, les thèmes qu’il a portés sont, entre autres, la mise en oeuvre d’une réforme fiscale écologique, le développement des emplois verts, la lutte contre les OGM et le rejet de l’adhésion à l’OTAN. En guise d’héritage, M. Van der Bellen a laissé un parti qui co-dirige cinq des neuf Etats fédéraux : Salzbourg, le Tyrol, la Haute-Autriche, la Carinthie et Vienne.

Le programme du parti trouve un écho de plus en plus favorable auprès d’une population historiquement sensible aux thématiques environnementales : “L’Autriche a interdit l’énergie nucléaire par référendum il y a déjà des décennies (en 1978, ndlr), l’approvisionnement en énergie fonctionne en grande partie grâce aux centrales hydrauliques, explique à Reporterre le journaliste autrichien Philip Artelt. L’agriculture paysanne est plus importante que chez le voisin allemand, il y a bien moins de fermes-usines par exemple.”

Sur le plan économique, Van der Bellen est un libéral, mais opposé au TAFTA

Van der Bellen en 2013

Pourtant, c’est sans l’étiquette Die Grünen que M. Van der Bellen s’est soumis au vote du peuple cette fois. A ceux qui lui ont demandé pourquoi il n’avait pas cherché l’investiture de son parti, il a répondu : “Avez-vous déjà été à un congrès national des Verts ?” Si M. Van der Bellen a préféré s’épargner une campagne en interne, c’est en réalité parce qu’il n’était pas sûr de l’emporter, contesté régulièrement par la base du parti pour son adhésion au libéralisme économique.

Officiellement indépendant, le candidat a choisi d’afficher des positions centristes, jugées plus rassembleuses. Une éditorialiste du grand hebdomadaire autrichien de centre-gauche Profil racontait en avril dernier l’intérêt d’une telle stratégie. “L’homme a raison, il est beaucoup plus “bankable” que son parti. [...] Van Der Bellen a toujours été l’intellectuel plein d’humour parmi les figures écologistes. Avec lui, on peut être à peu près sûr qu’il ne passe pas son temps libre à bricoler des tunnels à crapauds.” En d’autres termes, l’universitaire est un pragmatique, ouvert au consensus, loin de l’image de “hippies” radicaux qui continue de coller à la peau des militants écologistes dans les villages alpins.

Sa campagne a toutefois été soutenue et financée par son ancienne formation politique, son programme fortement inspiré par elle : lutte contre le réchauffement climatique, rejet du traité transatlantique TAFTA, solution transnationale à la crise des réfugiés, opposition au retour des frontières intérieures en Europe. Le discours europhile et tolérant de cet “enfant de réfugiés”, fils d’un aristocrate russe et d’une Estonienne ayant fui le stalinisme, a particulièrement séduit les zones urbaines, les catégories socio-professionnelles supérieures et les femmes.

Lundi soir, ses partisans ont célébré les résultats avec soulagement dans les rues de Vienne. Pour autant, les écologistes ne doivent pas trop espérer de ce nouveau président, dont la fonction est avant tout symbolique et morale. Dans son discours de victoire, marqué par la sobriété et l’appel au dialogue entre les citoyens, pas un mot n’était d’ailleurs consacré à l’écologie.


ECOLOGISTE ELU PRESIDENT AU SUFFRAGE UNIVERSEL, UNE PREMIÈRE

C’est la première fois qu’un écologiste est élu président d’un pays au suffrage universel. En Lettonie, l’écologiste Raimonds Vejonis a aussi été élu en 2015, mais par le Parlement, et donc au suffrage indirect.


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Lire aussi : Une région autonome en énergie ? C’est possible, c’est en Autriche

Source : Violette Bonnebas pour Reporterre

Photos :
. chapo : "Ensemble pour Van Der Bellen (Manfred Werner).
. portrait 2013 : Franz Johann Morgenbesser

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