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ReportagePollutions

En Tunisie, la révolte populaire contre l’industrie chimique s’intensifie

Manifestation contre les usines chimiques en Tunisie, le 25 octobre 2025.

Depuis un mois, des milliers de Tunisiens se mobilisent pour exiger le démantèlement des usines chimiques de Gabès. Victimes de graves intoxications, ils sont aussi exposés à une pollution chronique depuis plus de 50 ans.

Gabès (Tunisie), reportage

Le 31 octobre, devant les grandes usines chimiques du nord de Gabès, une foule hétéroclite se rassemble pour crier une nouvelle fois sa colère : « Le peuple exige le démantèlement des usines ! » Cette manifestation est la dernière d’une série de protestations amorcées au début du mois, reprenant à chaque fois le même slogan. Celle du 31 octobre est encore une fois parvenue à réunir « entre 5 000 et 7 000 personnes », selon Aziz Chebbi, membre du collectif citoyen Stop pollution, fondé en 2012 dans ce grand port industriel du sud tunisien.

Le mouvement social en cours à Gabès est inédit en Tunisie depuis juillet 2021 et le coup de force institutionnel du président Kaïs Saïed. En plus des marches pacifiques, la ville a été le théâtre de plusieurs nuits d’émeutes en octobre, lors desquelles des dizaines de manifestants ont été arrêtés.

À l’origine de la révolte : une série d’intoxications qui touchent la population depuis le 9 septembre, et ont déjà entraîné l’hospitalisation de plus de 300 personnes pour des symptômes allant des difficultés à respirer aux pertes de connaissance et aux paralysies.

Manifestation contre les usines chimiques en Tunisie, le 25 octobre 2025. Facebook/Stop pollution

Même si aucune explication officielle n’a encore été fournie sur l’origine des incidents, tous les habitants interrogés attribuent ces intoxications à des émanations de gaz venant du gigantesque complexe du Groupe chimique tunisien (GCT), une entreprise publique installée au nord de la ville depuis les années 1970. Contacté par Reporterre, le groupe n’a pas répondu à nos sollicitations ni à celles des autres médias.

La colère a explosé le 10 octobre, alors qu’une nouvelle vague d’intoxications envoyait plusieurs dizaines de collégiens aux urgences. Les manifestants s’étaient alors introduits à deux reprises sur le site du GCT, pourtant une zone protégée par l’armée, avant d’en être chassés par des gaz lacrymogènes.

Un enjeu de pollution chronique

Spécialisées dans la transformation du phosphate et de ses dérivés, les usines du GCT polluent l’air et les eaux de Gabès depuis leur entrée en activité. Suite à un premier cycle de mobilisation après la révolution de 2011, le collectif Stop pollution et les habitants avaient obtenu l’engagement du gouvernement à déplacer des usines loin des zones habitées en juin 2017. Une décision pas encore mise en œuvre à ce jour, et qui avait été à l’origine de manifestations au printemps 2025.

Lire aussi : Supporters de foot, agriculteurs... Une ville tunisienne unie contre la pollution

Les habitants dénonçaient alors déjà l’implication de l’Allemagne dans le développement d’unités de production d’hydrogène et d’ammoniac « verts », dont la production décarbonée aurait cependant rejeté encore une fois de lourds polluants dans l’environnement de la ville.

En 2023, une enquête du média Vakita révélait aussi que le groupe français Roullier était un important acheteur des engrais du GCT. L’entreprise française dispose d’ailleurs toujours d’usines à Gabès produisant des compléments alimentaires phosphatés destinés aux animaux d’élevage.

La foule forçant l’entrée du GCT le 10 octobre 2025. © Driss Rejichi / Reporterre

En plus de l’implication d’acteurs étrangers, la colère des habitants est surtout alimentée par l’absence de réactions des autorités tunisiennes. Le président Kaïs Saïed a reconnu le 17 octobre la nécessité de trouver des « solutions urgentes et immédiates » tout en fustigeant la présence des « comploteurs » parmi les manifestants, et sans apporter de réponse concrète à la crise des intoxications.

Le 31 octobre, la foule manifestait ainsi devant des usines encore en activité. Raison pour laquelle Stop pollution appelle, dans son dernier communiqué, à « poursuivre une lutte organisée et responsable », alors que de nouvelles manifestations devraient avoir lieu en novembre.

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