« Il est possible que le RN obtienne une majorité absolue »
Place de la République à Paris, le 30 juin 2024. - © Nnoman Cadoret / Reporterre
Place de la République à Paris, le 30 juin 2024. - © Nnoman Cadoret / Reporterre
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Le premier tour des législatives a été une grande victoire pour le Rassemblement national, explique le politiste Simon Persico. Le RN a mobilisé un énorme électorat, créant un écart qui sera difficile à combler au second tour.
Simon Persico est enseignant-chercheur en science politique à Sciences Po Grenoble et au laboratoire Pacte. Il commente pour Reporterre le premier tour des législatives, dont les résultats ont été annoncés le 30 juin, à 20 heures. Pour le spécialiste, c’est clair : c’est une victoire massive pour le Rassemblement national. Le parti pourrait obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale le 7 juillet à l’occasion du second tour.
Reporterre — Comment interprétez-vous ces résultats ?
Simon Persico — Dissoudre l’Assemblée nationale et décréter extrêmement rapidement des élections législatives, juste après les Européennes, a posé un agenda de campagne clair : un, est-ce que le Rassemblement national peut arriver au pouvoir ? Et deux, comment mettre un terme à l’exercice du pouvoir par la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron ? Il n’y avait aucune raison pour les électeurs hésitant à voter RN de ne pas se mobiliser. Dimanche, la réponse à ces deux questions a donc été oui.
Concernant la mobilisation exceptionnelle, elle a profité aux trois blocs : la gauche, l’extrême droite et le camp présidentiel. Ce qui est d’ailleurs un fait nouveau : depuis les Européennes de 2019, il y a vraiment une tripolarisation de l’espace politique.
Cette mobilisation n’a pas nui au RN. Il n’y a pas eu de front républicain, mais une participation massive pour une élection à énorme enjeu et très conflictuelle.
Quel bilan pour chacun des trois blocs ?
Le premier bilan à tirer, c’est l’échec cuisant du camp macroniste. Ce sont eux qui ont clairement souffert d’un puissant vote sanction, déjà constaté aux Européennes, et qui s’est confirmé.
Côté RN, c’est une victoire massive. Le parti double quasiment son score par rapport aux législatives de 2022 en mobilisant un électorat très important : 10,7 millions d’électeurs. Ce soir, l’hypothèse de voir le RN obtenir une majorité absolue devient plus crédible qu’avant les élections européennes.
Quant à la gauche, elle se maintient pour l’essentiel. Elle accroit sa domination dans les métropoles mais continue sa décrue dans les milieux ruraux. Le Nouveau Front populaire n’a pas mené à une dynamique aussi forte que les responsables politiques de gauche pouvaient l’espérer.
Quel sera l’enjeu du second tour ?
L’enjeu reste le même qu’au premier tour : est-ce que le RN peut obtenir une majorité absolue des sièges et gouverner la France ? Le parti et ses alliés ont obtenu un score historique de voix au premier tour — à la présidentielle de 2022, Marine Le Pen était très loin du nombre de députés qu’ils sont en mesure de faire élire aujourd’hui. Ils ont élargi et solidifié très fortement leur socle électoral et sont en tête dans une grande majorité de circonscriptions, et sinon sont en deuxième position. Ce n’était pas du one-shot.
Même s’il y a beaucoup de gens qui ont envie de sanctionner le pouvoir exercé par Emmanuel Macron, il y a clairement une dimension d’électeurs qui sont fiers de voter pour le Rassemblement national. Ils ont enfin l’impression d’être dans le camp des gagnants, et ça c’est quelque chose qui a changé dans la vie politique française ces dix dernières années. Cela va donc être assez difficile pour les autres partis.
La consigne de vote du camp présidentiel, de se désister en faveur du candidat le mieux placé pour battre le RN, peut-elle changer la donne ?
C’est incertain. Se désister, c’est un acte important, c’est toujours plus de voix pour celui qui se retrouve en duel face à un candidat RN. Mais est-ce que ça suffit pour inverser la tendance ? Franchement, j’en doute. Ça dépend des circonscriptions évidemment, mais il y a beaucoup d’endroits où les écarts sont très durs à rattraper. Je ne suis pas sûr que la logique du front républicain fonctionne à ce point, et surtout en une semaine.