On vous présente les nouveaux députés RN, climatosceptiques et anti-écolos
- © Camille Besse
- © Camille Besse
Durée de lecture : 6 minutes
« Totalitarisme vert », « propagandistes du Giec »... Des députés du Rassemblement national fraichement élus à l’Assemblée sont connus pour leur remise en cause du changement climatique et leur haine des écologistes.
La dénonciation d’une soi-disant « écologie punitive » est devenue un mantra au Rassemblement national (RN). Le parti se positionne contre les zones à faibles émissions ou l’objectif zéro artificialisation nette, contre l’interdiction de la location des passoires thermiques ou celle de la vente des voitures thermiques d’ici 2035… Mais peine à proposer des mesures concrètes, préférant se targuer de défendre la « vraie écologie » du « bon sens ». Cette posture dérive vers des propos climatosceptiques et une aversion envers les écologistes chez certains députés élus aux élections législatives. Tour d’horizon.
- Les climatosceptiques :
La réalité du dérèglement climatique n’est pas partagée unanimement dans les rangs du tout nouveau groupe RN à l’Assemblée. En juin 2019, quelques jours avant le début d’une canicule, Guillaume Bigot, député du Territoire de Belfort, estimait sur X (ex-Twitter) que « le réchauffement est objet de débats scientifiques. Rien ne prouve l’effet de serre du CO2. Nos ancêtres ont connu des accroissements de températures rapides et massifs sans conséquences dramatiques. Enfin, dire aux jeunes : “on saccage votre avenir“ sera lourd de conséquences. »
« Climato-manipulateurs »
La canicule due au réchauffement et à la pollution ? Des « mensonges », a relayé l’élu de Seine-Maritime, Patrice Martin, sur son compte Facebook. « Les changements climatiques sont-ils anthropiques et dus aux actions humaines ? La réponse est NON », assenait l’élue de Dordogne Florence Joubert, sur X en septembre 2023. « Douche froide pour les climato-manipulateurs qui s’emploient à culpabiliser les vilains humains qui refusent de se soumettre à l’agenda des mondialistes-progressistes », concluait-elle. Pourtant « l’origine humaine du réchauffement fait officiellement consensus depuis au moins 15 ans », rappelle le CNRS.
La députée de Gironde, Edwige Diaz, préfèrait quant à elle parler du « dérèglement climatique » et d’« urgence climatique » entre guillemets pour dénoncer un « catastrophisme écologique », dans un communiqué publié en juillet 2019. Avant d’affirmer que « l’hypothèse d’un changement climatique sert des intérêts particuliers au service d’un « “green business” très juteux et une idéologie majoritairement rejetée par les Français ».
- Les détracteurs du Giec :
Dans le domaine climatique, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) reste l’une des cibles privilégiées des députés RN. Tout récemment, pendant la campagne des législatives, Hervé de Lépineau, réélu dans le Vaucluse dès le premier tour, écrivait sur le réseau social X : « Les propagandistes du GIEC ont un côté effrayant. Bientôt ils suggéreront l’extermination de l’espèce humaine, au motif qu’elle constituerait une catastrophe pour le climat et la biodiversité. »
Toujours sur X, le 13 février dernier, René Lioret, désormais député en Côte-d’Or, écrivait : « Tous les scientifiques n’approuvent pas le Giec. » Alors que les rapports du Giec reflètent le consensus scientifique en matière climatique, le député RN s’appuyait sur une publication d’un blog d’extrême droite datant de 2014.
- 43 °C en Suède
Christophe Barthès, député réélu dans l’Aude, nie quant à lui l’existence du réchauffement planétaire en confondant météo et climat. En janvier 2024, face à la chute des températures dans l’Hexagone, il affirmait sur X : « La Suède a enregistré les températures les plus basses depuis 25 ans, avec - 43 °C. À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du Giec. Ils ne se sont toujours pas manifestés. »
Les critiques contre le Giec fusent à toutes les saisons. En pleine canicule d’août 2023, Thomas Ménagé, alors porte-parole du groupe RN à l’Assemblée nationale, affirmait que les experts du climat « ont parfois tendance à exagérer ». « Si on suit bêtement les données du Giec, on risque de contrevenir à la qualité de vie des Français », avait ajouté le député qui vient de se faire réélire dans le Loiret.
- Les écologistes insultés et caricaturés :
Les scientifiques en prennent pour leur grade, et les écologistes qui se basent sur leurs conclusions aussi. Au premier rang desquels Greta Thunberg. Lorsque la militante suédoise a été reçue à l’Assemblée nationale en juillet 2019, elle a été traitée d’« enfant du déluge qui nous prévoit la fin du monde du haut de ses 16 ans », par le porte-parole du RN et député en Moselle, Laurent Jacobelli. L’âge de l’activiste semblait aussi préoccuper le député du Nord Sébastien Chenu qui tweetait : « Si je dis que je ne veux pas aller me prosterner devant @GretaThunberg, cette enfant de 16 ans invitée à l’Assemblée devant la représentation nationale, je sors (encore ?) du politiquement correct ? »
Les députés écologistes ne sont pas épargnés. Sur France Info, en février dernier, Julien Odoul, député de l’Yonne les qualifiait de « fanatiques islamogauchistes » et d’« ayatollahs verts ». En août 2023, sur Cnews, il accusait déjà les Verts d’être « passés du réchauffement climatique au réchauffement islamiste ». Frédéric Falcon, député dans l’Aude, en a rajouté une couche sur X, lorsqu’il s’en est pris à « cette gauche anti ruralité, adepte d’une écologie punitive qui pourrit depuis des années la vie des agriculteurs et des Français, qui pactise avec l’islamogauchisme en s’alliant avec les amis du #Hamas ». Reprenant les mots du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, il parle des Soulèvements de la Terre comme d’une « organisation écoterroriste ». Ces « écologistes extrémistes » subissent aussi les foudres de Julien Rancoule, député dans l’Aude, qui a tweeté à la sortie de sa rencontre avec des agriculteurs de la FDSEA la semaine dernière.
« Dictateurs verts » et jets privés
Préoccupée par le « danger » de la taxation du kérosène et de l’objectif zéro émission de CO2 des voitures neuves en 2035, Hélène Laporte, réélue dans le Lot-et-Garonne, fustigeait un « totalitarisme vert », sur X en juillet 2021. Même constat pour Antoine Villedieu, député RN en Haute-Saône, selon qui les députés écologistes ne sont rien de moins que des « dictateurs verts » aux « mesures totalitaires ». Farouchement opposé à l’interdiction des vols en jets privés, il estime qu’ils ne « représentent qu’une infime partie des émissions et des vols en France ». Or, selon l’ONG Transport & Environnement, un vol en jet privé est de 4,5 fois à 14 fois plus émetteur de CO2 qu’un vol en avion de ligne, et 50 fois plus que le même trajet sur une ligne de train européenne. Par ailleurs, selon Greenpeace, la France est le pays comptant le plus de vols en jet privé dans l’UE.