Irène et Fabrice, autonomes dans un havre de permaculture

27 juin 2014 / Anthony, Thomas et Nicolas (Reporterre)



En Dordogne, Irène et Fabrice vivent d’une façon que l’aliénation actuelle nous pousserait à qualifier de « radicale » et qui pourtant parait simplement naturelle, logique… En autonomie énergétique et alimentaire quasi complète, ils ont créé autour de leur ferme un équilibre beau et précieux.


Quand on arrive à la ferme de Sourrou, à la sortie de la commune de Bourrou en Dordogne, on découvre un lieu hors-du-commun, à l’image de ceux qui l’habitent et l’ont construit eux-mêmes.

Irène et Fabrice y vivent depuis presque quinze ans ; la construction de leur maison – qu’ils ont bâtie eux-mêmes - a commencé en 1997 et s’est achevée en 1999, en tout cas en ce qui concerne les parties principales ; Irène et Fabrice ne comptent effectivement pas s’arrêter en si bon chemin et continuent à l’agrandir au fur et à mesure, et ce toujours en totale autonomie.

Ce lieu est hors-du-commun pour un certain nombre de raisons, et ne sachant pas par laquelle commencer (il y en a tellement…), commençons, ou continuons, avec la maison ; en effet cette dernière n’est pas seulement étonnante parce qu’entièrement bâtie par Irène et Fabrice, mais aussi parce qu’elle n’est pas reliée au réseau électrique d’EDF, mais est alimentée en énergie par deux éoliennes dans le jardin, et des panneaux solaires sur le toit.

De plus cette maison est bioclimatique, un terme technique qui signifie qu’elle a été conçue pour tirer profit au maximum du climat et de l’environnement qui l’entoure, comme, par exemple, de l’ensoleillement et de l’inclinaison des rayons du soleil.

Voici une photo explicative tirée du flickr d’Irène (qui est active sur internet !) : On peut y voir leur maison et les rayons du soleil en fonction des saisons.

La raison qui pousse Irène et Fabrice à faire tout cela c’est peut-être leur volonté de vivre en autonomie, d’avoir le contrôle, d’être les maitres de leur existence. Initialement considérés comme des marginaux un peu fous, de par la nature de leur démarche, les mentalités des gens autour d’eux évoluèrent au fur et à mesure de l’accomplissement de leur projet.

Lors de la tempête de 1999 par exemple, leur maison était la seule du village avec du courant ; ce qui explique que plusieurs voisins vinrent chez eux recharger téléphones portables, ordinateurs, etc.

Tout autour de la maison, sur une surface d’environ un hectare, on retrouve le jardin d’Irène, qu’elle cultive en suivant les principes de la permaculture (principes qui sont aussi à l’origine de la construction bioclimatique de leur maison).

Le terme permaculture, contraction de « permanent agriculture », désigne en effet une façon de vivre respectueuse de l’environnement, durable, et englobe donc pour cela des principes agricoles, architecturaux, etc. Une des idées directrices de la permaculture c’est l’absence de déchets, la permaculture considère en effet qu’il n’y a pas de déchets, seulement des ressources que l’on doit apprendre à réutiliser.

Une illustration bien connue de cette idée c’est la récupération des déjections animales pour faire du fumier, pour ensuite enrichir le sol. Ce que font bien évidemment Irène et Fabrice.

Il y pousse des centaines d’espèces de plantes différentes, de la Stevia aux Potirons, en passant par les baies de Goji, et par plusieurs variétés de framboises, qu’Irène apprécie particulièrement. La vie y est omniprésente, dans le sol comme à sa surface, les insectes pullulent. A proximité de la maison, se trouve aussi l’enclos des chèvres (angora), ainsi qu’un grand poulailler, que Fabrice a construit.

En vous promenant dans le jardin vous risquez aussi de croiser quelques dindons, dindes, canards, oies, poules, poussins, et d’autres encore…

Le reste de la propriété se compose d’un grand enclos de pâturage pour leurs moutons, d’un parc cynégétique (avec quelques sangliers) – où les chasseurs peuvent venir entraîner leurs chiens à la chasse du gibier – et d’une plantation de céréales, principalement du maïs.

Irène et Fabrice payent le minimum requis d’impôts et de taxes et tirent pour cela un petit revenu de la vente (via internet) de produits manufacturés en laine Angora, grâce à leurs chèvres.

Irène, qui vient du Royaume-Uni, y était une consultante en management reconnue. Elle découvrit la permaculture là-bas dans les années 80, puis vint en France afin de mener ce qu’elle appelle une « vie permaculturelle ». Elle fit ici la rencontre de Fabrice, avec qui elle mène depuis, cette « permacultural life ».

Dans le cas de Fabrice, il est intéressant de préciser qu’au niveau des pratiques agricoles, il n’y a pas eu de changement radical, en effet les principes agricoles de la permaculture sont souvent une redécouverte de savoirs et de connaissances anciennes, qui ont parfois perduré dans les campagnes françaises…

Nous y étions en avril 2014, et lorsque nous avons leur avons demandé la date de leur dernière sortie pour aller faire des courses, ils nous ont répondu « un peu avant Noël ». Irène et Fabrice achètent très peu de choses, et se regroupent avec d’autres sous forme coopérative quand ils ont besoin de refaire leur stock de riz, de farine, des choses qu’ils ne peuvent produire à la ferme.

Ils utilisent aussi énormément le troc, avec une communauté d’habitants du coin, que ce soit en termes d’échanges d’objets, ou de services. Le troc s’inscrit directement dans l’idée d’une permacultural life ; c’est en effet une démarche qui s’inscrit dans le cadre du local, et qui implique un réel lien, une confiance, une équité entre les différentes personnes qui l’utilisent !

A l’instar de beaucoup d’activistes politiques, écologiques, Irène et Fabrice aimeraient que le système économique et politique, change, et que notre « civilisation » se rapproche d’un modèle réellement durable, et équitable, mais à la différence de beaucoup d’activistes, ils ont choisi une façon d’agir que l’aliénation actuelle nous pousserait à qualifier de « radicale », et qui pourtant parait simplement naturelle, logique…

Merci à eux de nous avoir accueillis, et merci d’être la preuve et l’exemple qu’un autre monde est possible, qu’une autre façon de vivre existe !


Vous pouvez retrouver tout un tas de photos très intéressantes sur divers sujets (construire sa maison, conserver des aliments, etc.) sur le flickr d’Irène !




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Source et photos : Anthony, Thomas et Nicolas pour Reporterre

Anthony, Thomas et Nicolas animent Le quatrième singe

Lire aussi : En Provence, un coin de paradis soigné en permaculture


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