L’artichaut du Jardin sans pétrole n’en était pas un !

10 décembre 2016 / Christine Laurent (Reporterre)



Le froid de l’hiver recouvre le jardin sans en geler complètement le sol. La récolte du jour : salade, carottes, poireaux, un kiwi et des côtes de cardon. Un cardon trompeur...

C’est le bitume blanchi de l’hiver qui défile sous les roues de ma bicyclette tandis que je pédale vers le jardin. Il y a encore de la glace par endroits dans les fossés et de la poudre de neige. Je respire enfin à pleins poumons après plusieurs jours d’apnée dans la capitale.

L’anticyclone se traduit par une absence d’eau et les feuilles, au lieu de se décomposer, se sont envolées. Il faut recommencer à charrier quelques brouettes pour combler les endroits où la terre est à nu.

La terre n’est pas encore trop gelée et l’on peut ramasser des carottes et quelques poireaux. La roquette et les cressons alénois et de Turquie résistent bien. La mâche est éparse, envahie par la cardamine hirsute. Une scarole de Vérone semée au printemps 2015 fait de la résistance — protégée par Jean-Marie. Je l’aurais volontiers enlevée cet été, ses larges feuilles amères étant absolument immangeables. Mais, avec une bonne taille et le retour de l’hiver, elle produit à nouveau de jolies feuilles rouge-carmin savoureuses. Toutes ces herbes mélangées feront une bonne salade.

Il y a quelques semaines, j’ai fini par me rendre à l’évidence. Cette plante achetée sous l’appellation d’artichaut, qui atteint des sommets l’été venu, surmontée de quelques fleurs plutôt piquantes, est en fait un cardon.

Cardon et artichaut dérivent tous les deux du chardon sauvage (Cynara cardunculus), « espèce dans laquelle on aurait développé, par la culture, ici les côtes et les feuilles, là le réceptacle des fleurs. Le cardon est plus grand que l’artichaut, d’une végétation plus vigoureuse, mais les caractères botaniques et l’aspect général des deux plantes présentent la plus grande analogie », précise le catalogue Vilmorin de 1925. 

Il est vrai que jamais nous n’avons dégusté les fleurs. Considérant leur taille réduite, nous avons pensé qu’elles étaient plus utiles aux abeilles qu’à nos estomacs.

Le cardon est royal : il offre ses fleurs aux butineurs et ses côtes se dégustent en hiver. Il faut les faire blanchir trois semaines en les cachant de la lumière, ce que nous avons fait avec du carton.

En attendant le gratin de cardon, je repars avec salade, carottes, poireaux et l’unique kiwi de notre actinidia… que je déguste dans le RER du retour.




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Lire aussi : Au jardin sans pétrole - L’incroyable pousse de l’artichaut

Source : Christine Laurent pour Reporterre

Photos : © Christine Laurent/Reporterre sauf :
. chapô : une fleur de cardon. (CC0)

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