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La Grèce subit une « catastrophe sanitaire »

28 octobre 2016 / Christine Chalier



Le régime d’austérité que subit la Grèce a précipité le pays dans une crise sanitaire. Près d’un tiers de la population ne peut plus se soigner et le système de santé est à la dérive. L’auteure de cette tribune raconte comment des dispensaires sociaux et solidaires se sont multipliés comme autant de résistances à cette situation.

Christine Chalier est membre du collectif Solidarité France-Grèce pour la santé. Ce collectif et d’autres qui lui sont liés ont organisé une Caravane solidaire pour acheminer des fonds et du matériel médical et paramédical aux dispensaires sociaux et solidaires grecs.


Le 1er octobre, une caravane solidaire avec le peuple grec est partie de plusieurs endroits de France. De la pointe du Raz, de Brest, de Coutances, de Caen, de Narbonne et d’Auxerre, une dizaine de véhicules ont convergé vers Vénissieux avant de s’embarquer pour la Grèce. À chaque étape, les caravaniers ont organisé des événements festifs dans le but d’informer sur la situation sanitaire en Grèce et de collecter des fonds et du matériel médical et paramédical pour les dispensaires sociaux et solidaires grecs, qui en ont cruellement besoin. La caravane a rallié sa première étape grecque le 19 octobre, la grande ville de Thessalonique, visitant son dispensaire autogéré et l’usine autogérée VioMe, pour faire le plein de produits solidaires. Elle a rejoint ensuite Athènes, puis Volos… [1].

Cette magnifique et folle entreprise est l’expression d’une solidarité concrète qui s’exerce en France depuis trois ans déjà avec le peuple grec soumis aux diktats de la « Troïka » [2] et étranglé par l’austérité qui lui est imposée. Depuis 2013, et dans le sillon du collectif Solidarité France-Grèce pour la santé, de nombreux collectifs ont essaimé dans toute la France pour affirmer leur soutien à toutes les résistances à l’austérité en Grèce, et particulièrement au mouvement des dispensaires sociaux et solidaires, qui en sont une émanation frappante.

L’essai d’un plan qui sera bientôt appliqué à l’échelle de l’Europe

Ce soutien n’est pas déconnecté des principaux concernés. En mai 2015, le collectif Solidarité France pour la santé a constitué une délégation unitaire de 26 personnes formée de professionnels de la santé, de syndicalistes, de membres organisés et inorganisés, qui s’est rendue à Athènes pour visiter une dizaine de dispensaires, rencontrer les volontaires de ces structures autogérées de résistance et d’émancipation, mais aussi les personnels hospitaliers de deux grands hôpitaux d’Athènes ainsi que d’un hôpital psychiatrique, des syndicalistes, des députés et le ministre et son ministre délégué de la Santé.

De ce séjour à Athènes, de ces rencontres riches en émotion, en compréhension mutuelle et en appréhension du fait que ce qui est en train de se passer en Grèce n’est que la phase expérimentale d’un plan qui sera bientôt appliqué à l’échelle de l’Europe, est né le désir d’écrire un livre pour coucher sur le papier et partager cette expérience. Ce livre, Les Dispensaires autogérés grecs, publié en septembre aux éditions Syllepse, est l’unique ouvrage de référence sur les dispensaires sociaux et solidaires autogérés en Grèce, dont la montée est concomitante avec l’effondrement du système de santé.

Les premiers mémorandums appliqués en 2010, qui prétendaient vouloir « redresser » la Grèce, ont provoqué une vague de chômage massive avec des répercussions catastrophiques au niveau sanitaire. En Grèce, la couverture sociale est liée à l’emploi, sa perte équivaut donc de façon systématique à sortir du système de santé. La CMU n’existe pas. Plus de 30 % de la population grecque est dans l’impossibilité de se soigner. Dans le même temps, acculé par les directives et les préconisations européennes, le réseau hospitalier n’a eu de cesse de subir des restructurations, tandis que le secteur privé est florissant. En mai 2015, 400 postes étaient non pourvus sur les 1.400 existants. On estime qu’environ 35.000 lits d’hospitalisation ont ainsi disparu au niveau national, et que les effectifs des personnels soignants ont baissé de 25 % (départs en retraite non remplacés, licenciements des contrats précaires). Le nombre de médecins qui ont quitté les hôpitaux est estimé à 6.000 et celui des médecins partis à l’étranger faute de travail, à 7.000, tout comme celui des jeunes diplômés. Une véritable hémorragie des cerveaux.

Une cinquantaine de dispensaires sociaux et solidaires sur le territoire grec 

En mai 2015, Andreas Xanthos, le ministre grec de la Santé, a affirmé à la délégation de Solidarité France-Grèce pour la santé, que la Grèce vit « une catastrophe sanitaire ». Les conséquences sont la réapparition de pathologies qui avaient quasiment disparu comme la malaria, la hausse des suicides, des malades chroniques, comme le diabète et l’hypertension, qui manquent de traitements, la flambée du VIH, des cancers au traitement raccourci ou carrément plus soigné.

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Discussion entre les caravaniers et les membres du dispensaire d’Illion.

En 2008, c’est pour répondre aux besoins des migrants échoués sur l’île de Crête qu’Andreas Xanthos, alors médecin microbiologiste, a contribué à fonder le premier dispensaire social et solidaire, à Réthymnon. En 2011, c’est la grève de la faim de 300 ouvriers migrants qui luttaient pour leurs droits qui a favorisé la création du dispensaire social et solidaire de Thessalonique. On en compte aujourd’hui une cinquantaine sur le territoire grec. À partir de 2012, ces dispensaires, qui soignent gratuitement et procurent médicaments, mais aussi écoute et accompagnement vers l’accès au droit et l’autonomie, ont accueilli de plus en plus de citoyens grecs. Ces dispensaires se sont organisés selon trois principes : le travail bénévole, les soins gratuits, l’indépendance. Ils sont généralement constitués de professionnels de santé qui offrent leur temps, mais aussi d’habitants du quartier qui participent à l’entretien (ménage, tâches administratives...) et à la vie du dispensaire. Soignants, encadrants et patients ont la possibilité de participer à l’assemblée générale qui décide des tâches et des orientations de la structure, de ses choix, de son fonctionnement. Cette démarche a permis à de nombreuses personnes de rester « debout ». Elle a aussi entraîné une modification de la relation soignants-soignés, puisqu’il n’y a plus de relation marchande. Les dispensaires sociaux et solidaires grecs sont aussi des organes d’organisation et de mobilisation de la population pour le droit à la santé, avec une dimension militante importante.

Nous, citoyens français, avons beaucoup à apprendre des mouvements de résistance qui se développent et continuent de tenir tête à l’austérité en Grèce.


- Les dispensaires autogérés grecs. Résistances et luttes pour le droit à la santé, par Christine Chalier, Éliane Mandine, Danielle Montel, Bruno Percebois, Jean Vignes, éditions Syllepse, 160 p., 8 €.




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[1Le carnet de route de la caravane est disponible ici.

[2Le Fonds monétaire international, l’Union européenne et la Banque centrale européenne.


Lire aussi : En Grèce, la clinique solidaire soigne les blessés de la guerre économique

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photos :
. chapô : Le comité dispensaire des caravaniers solidaires. © DR
. autres photos : https://solidariteaveclagrececollectifs.wordpress.com

DOSSIER    Grèce

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