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La bataille de Venise contre les paquebots monstrueux

A Venise, des paquebots de la taille d’un grand immeuble empruntent sans discontinuer les canaux de la cité, au risque de l’endommager. La bataille est engagée pour les proscrire.


Samedi 5 avril, à Venise, le MSC Preziosa fonçait dans un quai de la gare maritime. Bilan : un couloir d’embarquement mobile détruit.

La capitainerie du port lançait ses avocats contre l’armateur, MSC Croisières, sis au Panama, pour négocier les dommages et responsabilités. L’affaire tombait mal pour le port, et réjouit les ennemis du défilé de paquebots plus hauts que les toits dans les eaux vénitiennes. Car depuis des années, les amoureux de Venise protestent contre l’intrusion de ces monstres dans le canal San Marco et le canal de la Giudecca, où ils passent au ras des quais de la Cité des Doges.

Le Preziosa, par exemple, 330m de long et 38 m de large, compte 18 ponts, 1 750 cabines dont des suites de luxe, trois restaurants, et un parc aquatique à son sommet, doté d’un toboggan de 120 mètres de long, transparent dans la partie au-dessus des vagues, le plus long du monde sur un bateau.

Dans pareilles conditions, rares sont les passagers qui descendent dans la ville à leurs pieds : à peine un quart d’entre eux, estime le collectif No Grandi Navi (Non aux grands navires), qui est soutenu par le collectif No TAV des opposants au Lyon-Turin, déjà vainqueurs du projet cinglé de TGV dans les caves du vieux Florence.

No Grandi Navi s’est fait connaître, à l’automne 2013, par une manifestation immergée dans l’eau du canal de La Giudecca, un autre circuit favori des mastodontes ; ils les ont ce jour-là empêché de passer. Habituellement, les paquebots parcourent ce canal au rythme de six par jour dans les deux sens, et parfois même jusqu’à 26 passages, comme le 21 septembre 2013… On imagine les dégâts des vagues de sillage sur une ville posée sur de vieux pieux de bois, sensibles aux vibrations amplifiées dans l’onde.

Suite à cette manifestation, le gouvernement a réuni un sommet pour réfléchir au problème, début novembre 2013, et a décrété qu’il faudrait le régler avant un an. Contrant le lobby des croisières, qui fait valoir que les paquebots rapportent 222 millions d’euros par an à la ville.

A quoi Giuseppe Tattara, professeur d’économie à l’université Ca’Fosccari, répondait qu’au contraire, ils coûtaient de l’argent : « Les comptons-nous comme vénitiens les saumons chiliens, la viande argentine ou les langoustes de Baltimore ? En réalité, ils diminuent notre produit brut de 1,9% ». Et la ville décidait leur interdiction dans ses eaux, au 1er janvier 2015.

Toutefois, la capitainerie du port, le terminal des passagers, une dizaine d’entreprises portuaires et le Comité Cruise Venice déposaient ensemble un recours près du Tribunal administratif. Et le 23 mars, le verdict est tombé : la mairie n’a pas compétence pour régler la circulation des bateaux, tant que les dégradations ne sont pas prouvées.

Il pouvait s’appuyer sur un article publié dans la revue scientifique Nature attribuant l’affaissement de Venise au poids des travaux dans les maisons. Le manège peut donc continuer "jusqu’à ce qu’on ait trouvé une solution alternative" pour les paquebots.

Mais pour Dario Franceschini, le ministre des Biens culturels : « un minimum de bons sens suffit » pour voir le danger des gros bateaux. Le gouvernement semble disposer des moyens légaux pour interdire Venise aux paquebots à compter du 1er janvier 2015. Les Vénitiens attendent… avec anxiété.

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