La téléphonie 4 G augmente le niveau d’exposition électromagnétique

Durée de lecture : 5 minutes

15 avril 2014 / Janine Le Calvez (Silence)

Dans la quasi-indifférence, la technologie 4 G de téléphonie mobile se répand dans le pays. Mais elle est encore plus problématique pour la santé que les systèmes antérieurs.


A peine la génération technique 3 G de téléphonie mobile s’est-elle généralisée que la 4 G est répandue par les opérateurs et l’Etat. Justification : pouvoir recevoir toujours plus de données sur les appareils mobiles. Conséquence : un niveau d’exposition accru de la population aux ondes électromagnétiques.

Pour y voir plus clair, Silence a interrogé Janine Le Calvez, présidente de l’association Priartem (Pour une réglémentation des implantations d’antennes relais et de téléphonie mobile).

A quoi sert la 4 G ?

Janine Le Calvez - Après la 2 G, dont l’objet était de permettre de téléphoner d’un téléphone mobile et donc de transmettre à distance de la voix, est venue la 3 G qui permet de transmettre non seulement de la voix mais aussi des données, des images, des vidéos…

Mais cette dernière technologie ne permet pas d’avoir un accès aussi important (limite de volume) et aussi rapide aux données que l’internet domestique, d’où la justification d’une nouvelle génération de technologie communicante, la 4 G. Selon les opérateurs, elle permet un accès aussi rapide sur les mobiles que les liaisons internet filaires pour des volumes aussi importants.

Ceci répond-il à un besoin social ? Pour les opérateurs, ce n’est pas le problème. Il s’agit, pour eux, de renouveler toujours plus rapidement leurs offres afin de multiplier les ventes d’appareils et de forfaits.

La 4 G accroît-elle le niveau de champ électromagnétique ? Qu’en est-il des antennes-relais intégrées dans les box” internet ?

Les différentes générations de téléphonie mobile ne se substituent pas les unes aux autres mais se superposent, superposant également les réseaux qui les sous-tendent. Donc aujourd’hui non seulement nous n’avons pas un réseau par opérateur mais plusieurs réseaux pour chacun des opérateurs.

Cette multiplication d’antennes et d’applications différentes a une incidence directe sur le niveau d’exposition de la population. Celle-ci a été évaluée lors des travaux d’expérimentation de réduction des expositions qui ont fait suite au Grenelle des ondes. Dans le rapport final de ces expérimentations, rendu public, en août 2013, on lit ainsi :

"L’ajout de la 4 G dans les simulations dans sept communes pilotes illustrant les différents 
types d’environnements géographiques montre que l’exposition augmente, tout en restant inférieure aux seuils réglementaires. 
Sur la base des hypothèses prises par le COPIC et en général, l’exposition moyenne simulée avec l’ajout d’antennes 4 G théoriques augmente au sol et en façade, de 50% environ… »

Le développement de la 4 G, tel qu’il se fait aujourd’hui, apparaît donc en contradiction avec la recommandation de réduction des expositions formulée par l’Agence de sécurité sanitaire - AFSSET devenue ANSES – dès 2009 et confirmée en 2013.

Par ailleurs, la 4 G utilise des fréquences qui lui sont propres, le 800 MHz fréquence libérée lors du passage à la TNT et le 2600 MHz. Cette dernière non utilisée jusqu’alors va venir s’ajouter aux fréquences antérieures : 900 MHz, 1800 MHz, 2100 MHz, 2400 MHz. Or des études ont montré qu’à chaque fréquence se trouvent associés des effets spécifiques. On vient ainsi de complexifier encore le contexte électromagnétique dans lequel nous vivons sans qu’en soient évaluées les conséquences sanitaires.

L’arrivée du quatrième opérateur – Free – ainsi que le développement des réseaux 4G posent de façon accrue les difficultés rencontrées dans la recherche de nouveaux sites pour installer les antennes-relais. D’où l’idée lumineuse, lancée grandeur nature en premier lieu par Free, dès la 3G, d’intégrer dans les “box” internet de petites antennes-relais appelées femtocells, activées par défaut.

« La femtocell est une mini station de base. L’ordre des grandeurs se décrémente ainsi : macro, micro, pico, femto. Cette dernière est connectée à un accès internet pour relier le réseau de l’opérateur mobile. Cette cellule va permettre de couvrir l’intérieur des bâtiments (indoor) de manière parfaite et à faible coût. » Voilà ce que l’on peut lire sur le site Univers freebox.

Au premier abord on peut être tenté de penser que c’est une bonne chose puisque cela peut éviter l’installation d’un certain nombre de stations de base extérieures. Le gros problème est que cela en fait une source d’émission proche, voire très proche, ce qui se traduit par une augmentation du niveau d’exposition intérieur. Il s’agit là donc d’une très mauvaise idée d’autant qu’elle s’accompagne d’une absence totale d’information.

Comment peut-on bloquer l’installation d’antennes ?

La jurisprudence a réduit fortement les possibilités d’agir des élus locaux et de recours des riverains.

Le Conseil d’Etat par des arrêts en date du 26 octobre 2011 a limité les pouvoirs des élus en stipulant que seules les autorités de l’Etat désignées par la loi (ministre, ARCEP, ANFR) sont compétentes pour réglementer de façon générale l’implantation des antennes relais de téléphonie mobile.

Le Tribunal des conflits, par sa décision du 14 mai 2012 a limité les possibilités de recours des riverains.

La seule possibilité est donc de mettre en œuvre une mobilisation citoyenne suffisante pour bloquer l’installation. Ce n’est pas facile mais nous n’avons pas le choix si nous voulons pouvoir continuer à agir sur notre environnement.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Article transmis par la Revue Silence, dont Reporterre est partenaire.

.Photos :
. FocuSur
. Janine Le Calvez : Zebulon.
. antennes : lacroix.fr.

Lire aussi : La loi sur les ondes a été réduite à néant, les lobbies sont contents

20 novembre 2019
Dans sa ferme, Anita prend soin des chèvres... et des humains
20 novembre 2019
Les plastiques sont-ils toujours toxiques pour les organismes marins ?
21 novembre 2019
Nous avons visité Milipol, le salon de la répression